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Échos de lactualité, humeurs ou réflexions personnelles sur lhistoire de lart. *Lhistoire de lart sur appels doffre. (mars 2009) *Lenseignement de lhistoire de lart obligatoire? (2007-2009) *Situation de la discipline (2006) *Lavis conforme des Architectes des Bâtiments de France (2009) * Les Conservateurs des Antiquités et Objets dArt (2010) *Écologie et humanisme (2008) *Patrimoine et écologie (2007) *Inaliénabilité des oeuvres dart (2008) Anniversaires (2005) Plan du site - Contacts |
Pour Monique Billat et Patrick Poupel, qui mont donné,
chacun à leur manière, Les Conservateurs des Antiquités et Objets dArt. Mis en ligne le 22 avril 2010 |
![]() Un début |
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Il y a plus de vingt ans, je me suis retrouvé pris dans une aventure humaine, esthétique et scientifique : lexposition témoignant de la richesse du patrimoine religieux de Seine-et-Marne. Ce fut loccasion de tournées parfois homériques et dune multitude de découvertes qui devaient déboucher sur une manifestation très suivie, unanimement saluée - et sur le plan personnel, sur lélaboration du thème qui allait faire la substance de ma thèse. Mon approche du patrimoine artistique était jusqualors très muséale, plutôt figée. Tout un pan méconnu sinon inconnu souvrait à moi, beaucoup plus important quantitativement que ce que pouvaient contenir les musées; plus divers, plus vivant aussi, car souvent dans un contexte correspondant à la fonction première de loeuvre ou lobjet. Sachant que cette vie qui les tenait là ressemblait pour beaucoup à de la survie, sinon au péril de mort. Je maperçus aussi que ce que lon pouvait encore appeler les Beaux-Arts rassemblait un personnel attaché à sa conservation plutôt disparate, dont les parents pauvres étaient précisément ceux qui étaient directement en contact avec ce patrimoine : les Conservateurs des Antiquités et Objets dArt. La situation en Seine-et-Marne faisait déjà partie des exceptions que je souhaiterais voir devenir règle : Monique Billat, CAOA en poste pour soccuper de la protection du patrimoine mobilier départemental, disposait dune rémunération décente et travaillait au sein dune équipe consacrée à lensemble du legs départemental de nos prédécesseurs architectes, urbanistes, artistes ou artisans. Cette exception était due à une volonté locale puisque cest le Conseil général de Seine-et-Marne qui la instaurée. Or le poste relève initialement de lEtat. Le centenaire de sa création en France a été célébrée en 2008. En son commencement, il prenait place dans un processus de prise de conscience du péril de tout un patrimoine dont les fondements avaient disparu : objets déracinés, lieux désinvestis de leur fonction première du fait des changements de régime politique et, ce qui était tout récent, de laffirmation de la laïcité de la République par la loi de séparation des Eglises et de lEtat, en 1905. Les inventaires généraux faits dans les premiers temps de la Troisième République (en Seine-et-Marne, en 1878, puis environ dix ans plus tard) témoignaient tout de même dun héritage assumé, notamment sous limpulsion de Philippe de Chennevières, directeur des Beaux-Arts. La loi de 1905 demandait un récolement et, devant la crainte daliénations, un dispositif pour la protection du patrimoine jugé digne dintérêt désormais revendiqué par le pouvoir temporel. Des inspecteurs furent mis en place, au nombre de 5 pour toute la France, puis 9, et pour les épauler, on fit appel à des personnalités locales reconnues pour leur compétence susceptibles, contre indemnité, de consacrer du temps sur leurs loisirs à ces tâches. |
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Les mesures de classement furent dabord provisoires puis pérennisées. Le bénévolat contre une indemnité symbolique aussi, hélas! Je nentre pas plus dans le détail des origines de cette fonction, le catalogue accompagnant la célébration du centenaire (Icones et idoles. Regards sur lobjet Monument Historique, sous la direction dHélène Palouzié) le fait très bien à travers les contributions de Servane Desmoulins-Hémery, CAOA de lOrne et présidente de lAssociation des CAOA, et Judith Kagan, Conservateur en chef du Patrimoine en charge du bureau de protection du patrimoine mobilier et instrumental, auparavant membre du corps des Inspecteurs des Monuments Historiques aujourdhui démantelé. |
![]() Un monument pour les objets dart |
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Je vous recommande le dossier en annexe de cet ouvrage (p. 452-456), sur la chronologie et la bibliographie en la matière, réuni en collaboration avec Gaëlle Pichon-Meunier. Vous y trouverez des indications sur lampleur du domaine concerné. Quil me suffise ici de dire, pour mesurer la faible reconnaissance dun rôle pourtant essentiel dans la constitution de notre patrimoine national (participant de lidentité du même nom, apparemment) et de sa conservation, quà leur création, on recensait environ 4000 objets classés sur tout le territoire. La seule Seine-et-Marne en compte aujourdhui 2500, à quoi il faut ajouter en nombre au moins équivalent ceux figurant sur lInventaire supplémentaire, crée en 1970 - le classement, dans lusage, concernant les éléments dintérêt national, linscription se rapportant à celui local. Il y a encore tout le patrimoine non protégé, qui lest de moins en moins puisque les CAOA doivent régulièrement présenter des commissions proposant classements et inscriptions. Car bien sûr, ce qui est classé reflète un ou plutôt des goûts et des intérêts qui peuvent changer avec le temps et certains départements (comme lAllier) ont affecté du personnel spécifiquement à cette part du patrimoine. La notion même de patrimoine a profondément évolué, et comme jai déjà eu loccasion de le dire, lhéritage scientifique ou industriel fait désormais partie des objets susceptibles dune mesure de protection. La tâche du CAOA ne sarrête pas là. Il faut encore, comme pour toute fonction de ce type, faire des récolements, et concevoir tout type daction pour la préservation de leur objet : restaurations, recherches, mise en valeur et en sécurité... La diversité des cas (archivistes, ecclésiastiques, enseignants, tant dautres parfois étonnants), des implications possibles, les enchevêtrements avec les autres corps de conservateurs, notamment du Service de lInventaire, dont certains membres sont dailleurs CAOA, contribuent à la faible perception dun travail certes inégal mais pourtant essentiel et quil faudrait pouvoir tout simplement valoriser. Le volume, remarquable, publié à loccasion du centenaire sy emploie sur le plan scientifique mais témoigne aussi des occasions manquées, notamment la décentralisation, pour mettre un terme à la précarité de la fonction. Jai retiré le même sentiment résigné de lentretien que ma accordé Monique Billat dont ces lignes témoignent. La cohérence voudrait que la prise en compte dans son ensemble du patrimoine historique et artistique (antiquités et objets dart) passe par la professionalisation de tous les personnels attachés à sa conservation. Ceci passe par la définition dun statut clair impliquant, il faut le dire, une rétribution décente. Aujourdhui, les titulaires qui en bénéficient, encore minoritaires, sont nommés par lEtat et rémunérés par les Départements. Malheureusement, la politique actuelle de désengagement de lEtat, les projets de réforme des collectivités territoriales et les difficiles relations entretenues par les différentes parties prenantes nincitent guère à loptimisme celles et ceux qui souhaitent comme moi quenfin, ce travail essentiel soit reconnu et soutenu. Un ouvrage dressant un bilan de laction de la Conservation des Antiquités et des Objets dArt de Seine-et-Marne depuis 15 ans est en préparation et devrait paraître dans lannée. Je ne manquerai pas de vous en faire part. S. K. Melun, avril 2010 |
Patrimoine et Environnement. Précisions sur lavis conforme des Architectes des Bâtiments de France. Mis en ligne le 21 mars 2009 - Retouche le 12 octobre 2009 |
![]() Névache, chapelle Notre-Dame des Grâces |
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Le Parlement a examiné récemment la fin de lavis conforme des Architecte des Bâtiments de France, soit la réponse faite pour une construction dans le périmètre dun Monument Historique. On trouvera des éléments du dossier sur le site de La tribune de lart, lorsque le projet fut annoncé, commenté par la Ministre de la Culture et enfin adopté. Étant donné certains propos tenus sur le présent site, il me semble nécessaire dapporter un commentaire pour préciser mon point de vue. On aura pu penser que je puisse me réjouir dune telle suppression puisque jai dénoncé certains abus dans le conflit qui peut opposer cause écologique et défense du patrimoine historique. Il faut peut-être que je donne un exemple précis. Jai eu loccasion de séjourner dans la Vallée de la Clarée, un site naturel préservé et classé des Alpes françaises, au nord de Briançon. Sy trouve un hôtel daccueil paysan porté à la préservation de la nature et à sa découverte authentique. De fait, parmi les transformations envisagées des bâtiments, il y avait le recours aux énergies renouvelables. Lavis conforme la refusé. À mon sens, cest une absurdité : comment mieux préserver un site naturel reconnu comme exceptionnel que par le recours aux énergies renouvelables? Fut-ce motivé par des questions dordre esthétique, par rapport à un bâtiment particulier et à lencontre de la protection concernant la vallée dans son ensemble? Si on a conscience de la crise planétaire que nous traversons, il est évident que ce genre de conflit demande à être tranché en faveur de lenvironnement naturel - dautant que le caractère de visibilité et laspect inesthétique des intallations en la matière, je le répète, me semblent sujets à caution, surtout comparés aux équipements qui apportent pour linstant lénergie. Néanmoins, cela ne veut pas dire quil faille remettre en question cette disposition mais la réglementer pour en enlever larbitraire et lui permettre de répondre à des préoccupations désormais incontournables. Il est évident que le fait davoir voulu revenir sur lavis conforme ne sinscrit pas dans le souci de la préservation du patrimoine historique ou de celle de son environnement, mais plutôt dans lintention de favoriser des intérêts purement économiques susceptibles, au contraire, de leur nuire. Je me réjouis donc de son rétablissement. Puisquil est question quil soit réexaminé dans le cadre du Grenelle de lenvironnement 2, il serait bon non quil soit à nouveau supprimé mais aménagé. Une coordination entre les instances responsables des conservations du patrimoine et de lenvironnement pourrait avoir lieu dans le cadre dun travail de commission (réelle ou dématérialisée) servant de préalable à la décision dans laquelle lArchitecte des Bâtiments de France aurait une part prépondérante. Celle considérant limpact écologique serait sans doute à créer - la prise en compte de cette question étant pour lheure une activité connexe relevant de divers services à différents échelons administratifs. Il est par ailleurs nécessaire que les préoccupations de cet ordre soient désormais abordées dans la formation aux métiers du Patrimoine. Il ne ne faudrait pas que lamour de lart devienne une des causes majeures de mortalité parce quil nous aurait amené à négliger notre cadre naturel de vie. Il est donc indispensable de rejeter toute forme dintégrisme ou darbitraire pour travailler à lélaboration de compromis donnant, en dernier ressort, priorité à la vie. Pour cela, la synergie des compétences doit primer sur la défense des prérogatives respectives. Afin que le patrimoine historique puisse continuer davoir des spectateurs, les plus nombreux possibles, pour lapprécier. S. K. Melun, mars 2009 |
Précisions sur lavis conforme, P.S. (12 octobre 2009) : Le tango sur la question continue : le Sénat a réintégré lavis conforme tout en limitant les possibilités de recours - ce qui ne va pas dans le sens dun usage efficace de la concertation, qui pourrait se faire par le travail de la commission régionale du patrimoine et des sites dotée de personnalités compétentes sur la question écologique. Pour en savoir plus et prendre notamment connaissance de la problable motivation de cette insistance sur la question, voyez La tribune de lart. À propos du fait que l'avis conforme puisse être invoqué contre la mise en accessibilité pour les handicapés, je vous renvoie précisément à l'article en question du Code du patrimoine (L 641-1) citant celui de l'urbanisme où se trouve ce passage sans ambiguïté : "Les prescriptions imposées en application du présent article ne peuvent faire obstacle à l'application des règles d'accessibilité d'un immeuble bâti aux personnes handicapées mentionnées à l'article L. 111-7-2 du code de la construction et de l'habitation, sauf pour prévenir la dégradation du patrimoine concerné." Certes, on peut faire dire beaucoup de choses à un texte de loi. En l'occurrence, on ne peut être plus restrictif, sauf à envisager de rendre accessible un site ou un monument au péril de celui-ci. L'invoquer pour justifier que l'on revienne sur l'avis conforme est donc abusif. P.S. 2 (12 décembre 2009) : Les ZPPAUP et ABF : suite du feuilleton. Frédéric Mitterrand a voulu se saisir du dossier en créant une commission dont l'objet semble d'avoir été, essentiellement, d'habiller les anciennes intentions de raccrocs à peine plus neufs. Malgré des divergences sur l'impact visuel des énergies renouvelables, je ne peux qu'approuver les propos de Didier Rykner : pas question, dans la cohabitation des soucis écologiques et patrimoniaux de sacrifier les uns pour les autres; encore moins les uns et les autres au seul profit d'intérêts économiques ou locaux sinon particuliers. |
Lhistoire de lart sur appels doffre. Mis en ligne le 21 mars 2009 |
![]() Intérieur du château de Grosbois (94) |
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Depuis quelques années maintenant, une mutation sest opérée dans le travail de recherches sur le patrimoine en France. La décentralisation a conduit à un transfert des responsabilités en la matière. Comme souvent, il nentraîne pas nécessairement celui du financement, notamment en rapport avec le cadre administratif rattaché - et jaurais à revenir prochainement sur le statut des Conservateurs des antiquités et objets dart, qui ont fêté leur centenaire lan passé. Surtout, le recours à lavis dappel doffres semble avoir été la principale réponse trouvée aux besoins en la matière. Est-ce la bonne solution? Japporte ici des éléments de réponse résultant de mon expérience personnelle. Car lentreprise dont ce site est lémanation, porteuse de compétences, a par définition vocation à répondre aux demandes de missions de recherche sur le patrimoine. Avant quelle ne soit créée, jai conduit semblable travail pour linspection des Monuments historiques compétente (donc lÉtat) sur un dossier dampleur il est vrai plus modeste, au moins quantitativement : le château de Grosbois. Il sagissait de faire une sélection doeuvres encore non protégées au titre des Monuments Historiques pour les soumettre, dossier photographique et documentaire à lappui, à une mesure de classement. Un peu plus de 200 oeuvres photographiées en deux mois sur place, à peu près autant de temps pour la recherche les concernant, et le rapport fut remis au bout de six mois. Lenveloppe globale était de 15000 euros environ, il fallait en déduire les frais, notamment photographiques, soit environ 6000 euros. Il restait donc en rémunération 9000 euros. Une partie du travail fut accompli à temps partiel, en sorte que la rémunération mensuelle brute tourne autour de 2000 euros. Il faut encore en déduire les charges sociales mais somme toute, et dans lexercice de ma passion, jestime le fruit retiré acceptable. Appliqué aux opérations dinventaire darrondissement, voire de département, il en va tout autrement. Jai pourtant fait deux essais qui sont restés lettres mortes, avant den abandonner la prospection, et voici pourquoi. Dans un cas, il sagissait dinventorier, photographier et étudier plus de 10000 objets répartis dans 533 communes, sur 32 mois. Cinq fois plus de temps ... pour cinquante fois plus dobjets, et avec des problèmes dintendances dun tout autre ordre : transport, hébergement, ouvertures des édifices, surprises diverses sur les conditions de travail... Linvestissement ne peut pas être le même, non plus que la qualité du travail. Dans lautre, une tâche un peu moindre en ampleur mais somme toute comparable ... sur un an. Les dossiers que javais montés pour répondre à ces appels, avec collaborateurs à temps plein ou vacations suivant les cas, proposaient une rémunération un peu supérieure qui navait rien dexcessif (2800 euros charges comprises). Il se peut pourtant quelle ait dissuadé et que les propositions retenues aient été choisies parce que moins gourmandes. Mais un tel travail, avec un long éloignement du domicile, fatiguant à tous points de vue (la route, les édifices peu ou pas chauffés, par tous les temps...), pour à peine plus que le smic... Dautant que jaurais dû envisager de changer le statut de mon entreprise en fonction dun dépassement des cadres fiscaux du chiffre daffaires. Un tel constat tient au mode de désignation du prestataire dont la pertinence méchappe. On peut se demander sur quelle base, en fonction des données à réunir pour le dossier, le choix est fait. Si cest au moins disant financier, il y a chance pour que cela soit aussi au détriment de la qualité. Dans la mesure où lenveloppe nest pas extensible, le choix dune équipe pluridisciplinaire suppose un éparpillement de la masse salariale. Donc la réunion dune équipe de chercheurs sous-payés. Par ailleurs, une telle tâche demande un engagement exclusif sur une longue période. Cela signifie, pour un intervenant comme moi, labandon dune clientèle patiemment conquise jusque là. Cette mission ne peut être accomplie - dans ce que lon peut supposer des conditions médiocres - que par des officines rôdées à lexercice, non nécessairement par des historiens dart spécialistes ayant un parcours de chercheur déjà avancé. Il faut y voir une conséquence malheureuse de la décentralisation. LÉtat et ses instances patrimoniales ont constitué tout un appareil idéologique favorable à une considération certaine du travail des historiens de lart. Le transfert aux départements amène la prise en charge des mêmes questions par un personnel qui, pour passionné quil soit, ne bénéficie pas de cette expérience et de cette aura bienveillante. Doù le recours à une procédure de recrutement purement économique. On imagine le procédé étendu à toute la discipline, par exemple pour la conduite scientifique dexpositions : le spécialiste reconnu dun artiste honoré par semblable manifestation ne serait pas sûr de lobtenir... Les débouchés de lhistoire de lart sont étroits alors quune cinquantaine de thèses sont soutenues par an en France. Ce qui pouvait être une opportunité intéressante pour beaucoup de diplômés en quête demploi se révèle, au bout du compte, peu propice à la réalisation dun travail de qualité mettant en valeur les compétences acquises au cours du parcours de formation et de spécialisation. Ce qui implique aussi une prise en compte du patrimoine moins assurée. Apparemment, lexception culturelle ne concerne pas lhistoire de lart... S. K. Melun, mars 2009 |
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Humanisme et écologie, progrès et décroissance. Quelques réflexions à partir de lhistoire de lart. Mis en ligne le 8 septembre 2008 |
![]() Giotto, Saint François dAssise recevant les stigmates, Louvre |
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De plus en plus nombreux sont ceux qui prennent conscience que nous sommes certainement à un tournant essentiel de l'histoire de l'humanité et de la planète en son entier. Il peut être bon de s'interroger sur ce qui nous a amené là, à l'échelle des siècles. Je vous livre ici les indices dont je peux disposer sur cette évolution et qui se rattachent à l'histoire de l'art et plus largement de la civilisation qui est la nôtre, poursuivant la réflexion faite à propos des relations entre écologie et patrimoine. Un fait semble faire l'unanimité : son début sinscrit dans la Renaissance. Mais la perception en est brouillée par une vision trop centrée sur l'Occident et qui se traduit par des querelles de dates : son début se place-t-il en 1453, chute de Constantinople, en 1492, "découverte" de l'Amérique? Les développements de l'histoire non-événementielle ont permis de relativiser mais pas encore de renoncer à semblables repères d'abord commodes, mais qui ont fini par devenir encombrants. |
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L'historien de l'art que je suis sais que la Renaissance, que les contemporains percevaient comme telle en soulignant le retour au modèle antique sublimé par l'idéal chrétien, doit être placée vers 1300. Giotto en est le héros en peinture; pour la littérature, on peut citer Dante, Pétrarque ou Boccace, par exemple. L'humanisme - au sens rattaché aux études intellectuelles réunies sous l'intitulé d' "humanités" - en est l'appellation générique consacrée. C'est alors que s'opère un changement de mentalité dont la citation d'Alberti, en 1435, rendant hommage à l'orfèvre, architecte et ingénieur Brunelleschi, témoigne comme d'un fait devenu conscient - et que nous avons oublié. |
![]() Giotto, Noli me tangere, Padoue, Arena |
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Je me suis souvent étonné et attristé quun si grand nombre darts et de sciences excellents et divins, dont nous voyons par les uvres mêmes et par les histoires quils étaient très abondants dans les très vertueux temps anciens, fassent aujourdhui défaut comme sils avaient tout à fait disparu : peintres, sculpteurs, architectes, musiciens, géomètres, réthoriciens, devins et, comme ceux-ci, tous les esprits très nobles et très merveilleux, sont aujourdhui très rares ou bien peu dignes déloges. Jai alors pensé, en entendant partout cette même opinion, que cétait la nature, maîtresse des choses, maintenant vieillie et fatiguée, qui ne produisait plus ces géants ni ces esprits très grands et très merveilleux auxquels elle donnait naissance en des époques pour ainsi dire plus jeunes et plus glorieuses. Mais après ce long exil où nous autres les Alberti avons vieilli, je suis rentré dans notre patrie, la plus ornée de toutes, et jai alors compris quen beaucoup dartistes mais dabord en toi, Filippo, et en notre grand ami le sculpteur Donat(ell)o et chez Nencio (Ghiberti) encore, et Lucas (della Robbia) et Masaccio, on trouve pour toute chose digne déloge un talent qui ne vous rend inférieur à aucun des artistes de lAntiquité renommé en chacun de ces arts. Alberti, dédicace à Brunelleschi de son traité Della pittura, 1435-1436. |
![]() Maquette de la coupole du Duomo de Brunelleschi. Alberti se demande si l'ingénieux système qui lui a permis de l'élever, était connu des Anciens. |
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Auparavant, le monde était perçu comme vieillissant, et les fables mettant en scène les Dieux et les héros, et la Génèse elle-même, évoquant les Géants et les premiers ancêtres plusieurs fois centenaires, montraient en effet qu'il perdait progressivement en vigueur. Inutile d'espérer retrouver ce lustre, pouvait-on penser - mais à la vérité, il n'était pas possible d'y penser, puisque la religion chrétienne, l'Église, dépeignait le monde comme haïssable, et celui "à venir", après la mort, comme seul à espérer. Alberti souligne implicitement qu'il n'en est plus rien, et que l'on peut croire autrement. Essayer d'expliquer les raisons du changement serait considérablement rallonger cette réflexion, qui n'en a pas spécialement besoin. Que cette mutation soit établie, contre l'opinion largement répandue et colportée, suffira à ce qui nous concerne. |
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Parmi les témoins, après Alberti, figure Michel-Ange à la Sixtine. Il y représente l'histoire de la Chute comme le rapport dialectique entre matière et lumière, mais inscrit le parcours dans l'espace de telle sorte qu'il suggère qu'il soit possible de revenir à la source. Bref, que ce qui semblait encore une fois inéluctablement voué à la vieillesse et à la mort ne l'était fondamentalement pas. Sa démarche était avant tout spirituelle. Mais elle accompagnait la naissance d'un monde de plus en plus saisi par la matérialité. Les conséquences de ce changement de mentalité sont incommensurables, avec le lancement de grandes expéditions à travers le monde, puisque ce monde peut à nouveau être admiré, qualifié, quantifié , et la "découverte", ou pour mieux dire, "l'invention" de l'Amérique n'en constitue finalement qu'une sorte de point d'orgue. Cette autre invention qu'est la perspective en peinture ne peut se comprendre dans sa plénitude hors de ce contexte, et de ce souci de "mesurer le monde" et la place que doit y prendre l'être humain - ce qui rejoint le sens plus large de l'humanisme. Aussi ardue qu'en puisse être la lecture par le recours à la géométrie, je me permets de vous inviter à prendre connaissance du texte que j'ai consacré à cette étape essentielle de l'histoire de l'esprit, pour en percevoir les enjeux. Soit dit en passant, et rapidement, elle porte en germe la modélisation numérique qui envahit désormais notre univers quotidien. Mais aussi l'interrogation paradoxale qui peut être la nôtre : le point de fuite, dit-on souvent, désigne l'infini. Avec les points de distance, il sert pourtant à mesurer l'espace... Dois-je ajouter que l'infini désigné y est une illusion et que notre planète est évidemment mesurable parce que finie? |
![]() Michel-Ange, Plafond de la chapelle Sixtine, Vatican . |
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Sur le plan économique, je ne ferais que souligner - toujours avec le "bout de la lorgnette" artistique - que le capitalisme naît à cette époque : les Médicis, à Florence, par exemple sont des banquiers, des financiers, comme toute une partie des grands mécènes du temps. Ce nouveau modèle économique s'associe à l'exploitation du monde réinvesti - si j'ose dire. |
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Je ne m'étends pas plus et renvoie à la littérature historique consacrée aussi bien à cette question qu'à la puissance des financiers, par exemple, en France au XVIIè ou au XVIIIè siècles. Mais il a pour conséquence la désagrégation du corps social fonctionnant en vase clos et de façon implacable (la hiérarchie féodale), au profit d'un système ouvert s'appuyant sur la promotion de l'individu. Cela est sensible, à nouveau, dès la citation d'Alberti. Un pas décisif se produit, en France, au XVIIè siècle, au moment de la Fronde. La crispation du pouvoir se matérialise ensuite dans le chantier de Versailles, qui peut aussi bien être considéré comme une prison dorée pour la noblesse que comme un exil du roi, fuyant la capitale et le pouvoir financier et judiciaire. |
![]() Pierre Patel, Vue du château de Versailles, Versailles, Musée national du château . |
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Le monde que nous connaissons prend racine dans le XIVè siècle, et repose sur ce point de vue : les biens terrestres doivent être recherchés, le développement est possible, comme accroissement quantitatif et "progrès". La science qui en a résulté ayant beau mettre en lumière le principe d'entropie, rien à faire, nous rechignons à l'idée de ne plus pouvoir ainsi repousser les limites du fini. Nous continuons d'exploiter plus que de raison le monde qui nous entoure. Nous nous entêtons à placer l'homme en son centre, quand il faudrait le replacer dans son contexte naturel, environnemental, écologique, global. C'est évidemment à un nouveau renversement de mentalité qu'il faut procéder. Abandonner, de fait, la notion d'humanisme comme référence pour appeler à un équilibre planétaire dans lequel l'homme ne serait plus central ni la mesure de toute chose. Un retour à l'humilité et à l'interaction, et la fin de l'exploitation, de la (sur)consommation. Ce qui passe par une phase de décroissance qu'il nous faut intégrer pour ne pas simplement subir la crise globale - climatique, écologique, économique - qui se profile dans des conditions que nous n'aurions pas pu préparer, anticiper, adoucir, pour tout dire. L'erreur serait de concevoir ce revirement comme la condamnation sans appel de l'ancien schéma de pensée. Il ne s'agit pas de renoncer, par exemple, à l'approche empirique de la science, dont j'ai rappelé qu'elle nous avait enseigné l'entropie. Mais d'une part avoir conscience des limites que son principe même (l'expérience) implique, et surtout ne plus la mettre au service de l'exploitation du monde, mais, à partir de ses apports, d'une synergie évolutive par l'interaction entre l'homme et son environnement. S'il faut encore parler d'humanisme, on s'en tiendra donc à l'humanisme évolutif, également appelé écologie humaniste, dans sa compréhension stricte. Pour lever toute ambiguïté, et préparer en conscience la prochaine mutation. Sylvain Kerspern, Melun, septembre 2008 |
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Références : S. K., La perspective centrale renaisssante, Dhistoire-et-dart.com, Page Classique, mis en ligne le 8 janvier 2008. S. K., Conserver, Préserver. Réflexion sur les rapports entre patrimoine historique et nécéssités écologiques, Dhistoire-et-dart.com, Page Varia, mis en ligne le 6 novembre 2007. Daniel Arasse, L'homme en perspective, Genève, 1978, rééd. Paris, 2008. Daniel Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Paris, 1984 Michael Baxandall, Les humanistes à la découverte de la composition en peinture, trad. fr., Paris, 1989 (Giotto and the orators, Londres, 1971). Émile Mireaux, Une province au temps du Grand Roi, La Brie, Paris, 1958. |
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Inaliénabilité des oeuvres dart : à propos dune autre rupture. Mis en ligne le 18 février 2008; retouche le 20 février 2008 |
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Au moment où le rapport Rigaud sur la question tarde à être remis, je voudrais dire deux mots sur le projet de renoncement au principe dinaliénabilité des collections publiques françaises. |
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Une peinture représentant La présentation de la Vierge au Temple est passée plusieurs fois en vente (le 5 décembre 2006, par exemple, chez Sothebys à Londres) ces derniers mois, sans succès. Il est vrai que létat nétait pas bon, le tableau semblant passablement ruiné. Fallait-il pour autant renoncer à lauthenticité? La dernière tentative, chez Sothebys en novembre 2007, sous une attribution réservée, fut la bonne : alors que lestimation était à nouveau basse (5000/7000 livres), laissant planer des doutes sur le caractère autographe, lenchère sest envolée à plus de 42000 livres. Pourquoi? Vraisemblablement sur la foi de ce que Jacques Thuillier a suggéré à son propos, à savoir quil sagissait de lun des éléments du décor commandé par Anne dAutriche pour le Palais-Royal (en concurrence avec Philippe de Champaigne, Laurent de La Hyre, Charles Poerson...) en 1644-1645. |
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Transposons à dessein le cas dans la perspective de labandon de linaliénabilité, autrement dit, supposons que le tableau ait fait partie dune collection publique, un musée, qui, devant une certaine désaffection de la critique à son égard, aurait souhaité sen défaire en espérant pouvoir en tirer des subsides pour acheter quelque chef-doeuvre bon teint. Laurait-il laissé filer à la première vente, à la seconde, ou à la troisième? Statistiquement, on doit remarquer quil avait plus de chances de partir aux deux premières - dautant que lintention aurait été, ni plus ni moins, de sen débarrasser... Et quand bien même : admettons quil nait été vendu quà la troisième un prix record. Aurait-il fallu alors le laisser filer au moment où, manifestement, son importance historique aurait été enfin reconnue?... On voit labsurdité du raisonnement. Lhistoire de lart ne compte plus les réévaluations opérées dans les dernières décennies. Autant dire quil y a de fortes chances pour considérer que les laissés pour compte daujourdhui seront les vedettes de demain, suivant la dynamique propre aux recherches en histoire de lart. Libéraliser ainsi linstitution muséale revient donc à aller à lencontre du développement de la discipline. Ce serait, sous couvert dune mise à lhonneur, un nouveau coup porté à notre discipline, au moment où les options envisagées pour son enseignement obligatoire à lécole tendent déjà à confirmer les pires craintes. Sylvain Kerspern, Melun, le 17 février 2008 |
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Pour des éclairages complémentaires, outre ce que lon peut trouver sur Latribunedelart.com, qui rapporte la conclusion provisoire de la ministre au rapport remis par Jacques Rigaud : - Le point juridique sur Educnet; - Les oeuvres des musées bientôt mises en vente ? - le discours dun précédent ministre, Renaud Donnedieu de Vabres (appartenant à la majorité présidentielle actuelle), évoquant cette inaliénabilité comme un principe intangible dans le cadre ... de la défense du projet du Louvre Abou Dabi. P.S. (12 décembre 2009) : "Décentralisation", démantèlement et privatisation du patrimoine national. Le parlement étudie actuellement la possibilité pour l'Etat de céder n'importe quel monument historique lui appartenant à toute collectivité territoriale qui en ferait la demande; en prévoyant d'ores et déjà que ladite collectivité puisse ensuite la revendre au domaine privé. Je n'ai pas grand'chose à ajouter au commentaire pertinent de Didier Rykner, si ce n'est que la logique à l'oeuvre est la même que celle qui prévoyait de pouvoir déclasser pour vendre des éléments des collections publiques, que j'ai combattue, arguments à l'appui, ci-dessus. Il faut rappeler sur ce point le principe de "l'exception culturelle" supposé extraire de la logique économique la sphère culturelle. |
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Conserver, préserver. Réflexion sur les rapports entre patrimoine historique et nécessités écologiques Mis en ligne le 6 novembre 2007 |
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L'histoire, l'histoire de l'art et le patrimoine sont, si l'on peut dire, de plus en plus d'actualité. Qu'ils soient promus, recherchés, courtisés ou menaçés, notre société les place volontiers parmi ses principaux centres d'intérêts. Manifestement, l'écologie et les préoccupations environnementales bénéficient d'un traitement aussi favorable, sinon plus, ces temps-ci, qui sont ceux du Grenelle environnement. S'en réjouir ne suffit pas. L'inconvénient de l'actualité est qu'elle laisse peu de place au recul, à la mise en perspective. Je voudrais ici apporter une réflexion qui sera peut-être qualifiée d'iconoclaste - paradoxe ou attente légitime! - mais qui cherche avant tout, en tant qu'historien de l'art, l'expression de la raison dans le monde de la sensibilité. Il faut évidemment connaître les champs des notions en présence, patrimoine et écologie, mesurer leur compatibilité et forger les outils d'une gestion équitable (forcément) de l'un et de l'autre, et de l'un par rapport à l'autre. Néanmoins, je ne voudrais pas tant chercher d'abord à les définir qu'à examiner la réalité de ce qu'ils sont, dans la mesure où la confusion entretenue est amplement exploitée dans les débats à leur sujet. |
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Contours et enjeux du patrimoine : sauvegarder/préserver, restaurer, entretenir. |
![]() La Cène de Bouzonnet Stella lors de sa redécouverte. |
Ce que peut être le patrimoine aujourd'hui est le fruit d'une démarche empirique. Le tronc est formé de ce que l'on appelait jadis les Beaux-Arts par le fait que les disciplines qu'ils recouvrent manifestent leur esthétique (la beauté) autant sinon plus que leur fonctionnalité. Plus généralement, la perte par un objet de son utilité peut faire que l'on s'attarde sur ce qui, dans son apparence peut attirer, fasciner, bref susciter une émotion. En conséquence, pour légitimer certaines options, on a pris l'habitude de les qualifier. On parle le plus volontiers de patrimoine architectural, de patrimoine industriel, par exemple; rarement de patrimoine pictural. C'est cette rupture dans la fonctionnalité, en fait, qui confère à un élément produit par l'humanité son statut d'objet de patrimoine. On ne s'en soucie en tant que tel qu'à partir du moment où il perd sa fonction - au même titre, finalement, que l'on ne s'intéresse à un héritage que quand celui qui vous le transmet, qui l'a constitué et pour qui il s'intégrait fonctionnellement à sa vie, n'est plus. Tout élément historique est sujet à la mort. Chacun ne survit un temps plus ou moins long que tant qu'il signifie quelque chose pour ceux qui peuvent en avoir la charge; quelque fois, il meurt pour la même raison, le fils (ou le successeur) se complaisant à effacer ce que le père a réalisé, pour sa propre affirmation. La question est particulièrement présente en France, pays qui semble avoir pratiqué le vandalisme plus souvent qu'à son tour. La Révolution Française a certes beaucoup détruit, mais elle a fait plus encore en sapant le régime politique et économique en place qu'en désignant ses monuments et témoignages concrets à la vindicte. Une étude statistique montrerait sans doute que la majorité des châteaux disparus entourant Paris, par exemple, ont été détruits après la Révolution, et non pendant. Vaux-le-Vicomte a failli disparaître en 1875, et n'a été sauvé qu'au bénéfice de l'intervention d'un riche industriel. D'autres ont été transformés. L'aristocratie napoléonienne a remplacé celle capétienne, et à Grosbois, une belle galerie jadis ornée par un des peintres importants du début du XVIIè siècle, Horace Le Blanc, a laissé la place à une autre, peuplée de batailles peintes et de bustes. La fonction de résidence de prestige a préservé l'édifice (et quelques éléments du décor ancien, tout de même), non son ornement majeur. On pourrait parler aussi de l'incroyable parti adopté pour l'ancien hôtel La Vrillière : devenu Banque de France, sa galerie décorée à la voûte par François Perrier, et sur les murs par une impressionnante collection de peintures des artistes actifs à Rome au XVIIè siècle (incluant Poussin) dispersée à la Révolution, a été mise à bas au XIXè siècle pour être remplacée... par une réplique à l'identique. Malgré le talent des copistes, le fait nous demeure incompréhensible... Ces trois exemples déclinent la notion de préservation. Elles prolongent l'existence du bâtiment au prix de transformations plus ou moins drastiques. Pour Grosbois, le lieu et son programme militaire en l'honneur du maître des lieux furent prolongés - mais ledit maître avait changé. Le prestige n'était pas dans la valeur de l'art mais dans celle, exaltée, du commanditaire, aux yeux du maréchal d'Empire Berthier qui l'avait acquis. La rupture avec l'Ancien régime ne l'incitait guère à un souci de sauvegarde... À l'hôtel de la Vrillière, à Paris, l'attitude de la Banque de France est évidemment plus complexe. On ne pouvait apparemment pas la conserver en l'état (quoique...) mais son éclat, la fonction d'apparat traditionnelle au lieu, ont peut-être fait qu'on en préserve ainsi le souvenir, l'idée et l'invention, en réintégrant ainsi les toiles des murs par des copies. |
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Pour Vaux, le château (dont l'état initial avait déjà été modifié au XVIIIè siècle par les Villars et les Praslin) a été plutôt respectueusement restauré, alors. Pour les jardins, il y avait beaucoup plus à faire, et entreprendre une véritable restitution était alors quasi-impossible. On fit donc appel aux Duchêne, on acheta et on passa commande pour les repeupler de statues. À défaut de restitution, on eut recours à l'imitation, au sens précisément artistique qui tient de l'émulation et non pour signifier un plagiat pur et simple. |
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Les deux derniers exemples sont quasi-contemporains. Or c'est précisément le moment où la notion de patrimoine historique, assortie des recherches qui se développent pour en restituer les lacunes, s'affirmait désormais avec force - mais pas toujours avec le respect rigoureux qui peut se manifester aujourd'hui : c'est aussi le temps de Viollet-le-Duc, critiqué pour des restitutions dépassant le simple stade archéologique (mais l'archéologie était alors une discipline fort jeune...). On ne s'étonnera pas que les tenants des lois de la finance ne soient pas allés au-delà des apparences dans leur démarche, et on ne peut que se féliciter, pour Vaux, du véritable mécénat patrimonial d'Alfred Sommier et de ses descendants : même s'il s'agit de leur bien, ils ont choisi, pour rester dans la terminologie généalogique, d'adopter plutôt que de recréer, et donc de conserver notamment les décors de Le Brun. J'en ai fait le mot d'appel d'un de mes cours : l'histoire de l'art tient aussi de la course contre la mort, contre l'oubli. C'est une des missions de la conservation dans ses différentes déclinaisons institutionnelles en France, les musées, l'Inventaire, les Monuments historiques, les Architectes qui y sont rattachés et les Conservateurs des Antiquités et Objets d'Art. Ils n'en sont pas les acteurs exclusifs, bien sûr : il faut leur adjoindre les marchands d'art et les universitaires, qui contribuent également à l'éclairage sur l'héritage que constitue notre patrimoine, et par voie de conséquence, au choix opéré dans ce qu'il faut conserver, et tout ceux qui contribuent à le faire apprécier. Car bien sûr, on ne peut tout conserver. Conserver, c'est aussi choisir; d'où le titre de cette réflexion, qui suppose comme corollaire : quels critères pour élire tel élément dans ce que l'on pourrait appeler globalement le conservatoire du patrimoine? L'accueil fait aux Impressionnistes, entre autres, ou encore la redécouverte d'artistes tombés dans l'oubli (Georges de La Tour "n'existait" plus au début du XXè siècle) rend sur ce sujet extrêmement frileux, par peur de manquer le génie incompris, le témoignage essentiel. En sorte que tout est potentiellement éligible au statut de patrimoine à conserver. Il faut ici en passer par un point historique, même schématique, destiné à suggérer les enjeux. Les différentes notions qui le sous-tendent nourrissent le débat sur le patrimoine, jusque dans ses rapports avec la question écologique. |
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Du goût. Ci-contre, |
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Ce que l'on pourrait appeler le "syndrome van Gogh" témoigne à merveille du rapport actuel à l'art et au patrimoine en général. Il n'existerait pas sans une démocratisation de l'art qui prend sa source au moment de la Querelle du coloris, au temps de Louis XIV : alors, des "amateurs", au premier rang desquels Roger de Piles, revendiquent la faculté de bien juger des oeuvres, s'appuyant sur la réception qui peut en être faite. L'opinion publique prend la parole, et les Salons, plus tard, font l'objet de compte-rendus critiques dont les plus célèbres sont ceux de Diderot et de Baudelaire. Cette rupture profonde prend pour argument l'impact de l'art sur son spectateur. Quand bien même la faculté d'imiter la nature jusqu'à la tromperie serait un lieu commun de l'art, de Piles estime que cette qualité n'est pas partagée par tous (Cours de peinture par principes, Paris, 1708). Il critique Raphaël (héros des partisans du primat du dessin dans la théorie de l'art), anecdote à l'appui : un visiteur, recherchant au Vatican les oeuvres d'un artiste si réputé et ne les trouvant pas, se vit répondre qu'il se trouvait au milieu d'elles. Le théoricien y voit la preuve d'un génie imparfait, incapable d'appeler le spectateur, qualité qu'il reconnaît en revanche aux coloristes, Titien et Rubens en tête. Cette qualité d'appel passe par le traitement coloré de la lumière pour provoquer le saisissement devant l'impression de vie. Le succès d'une oeuvre - en l'occurence, une peinture - se mesurerait à cette double détente : tromper, puis se révéler. |
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![]() Raphaël, École dAthènes, Vatican |
![]() Titien, Madone Pesaro, Venise, Frari |
Le développement de l'art depuis la Renaissance (c'est-à-dire depuis l'époque de Giotto, vers 1300, dois-je préciser) s'était fait contre ce point de vue. Il s'était agi de promouvoir le dessin comme élément intellectuel, noble, opposé à l'aspect "mécanique" (de la main, au sens étymologique) et matériel, trivial, de la couleur - autant le pigment que le "fard" qu'il donne aux choses. L'Académie royale de peinture et de sculpture en est le point d'orgue en France, manifesté par tout un ensemble théorique exposé lors de conférences tenues dans son cadre, émanant des artistes et soumis à la discussion. L'offensive victorieuse de Piles s'appuyait sur ce couronnement de l'art de peindre et de sculpter au plus haut sommet de l'État pour en discuter le fondement même, et finir par inverser la tendance. Il est vrai qu'il ne s'agissait pas de nier l'importance du dessin mais simplement de consacrer la primauté de la couleur, singularisant la peinture et lui conférant une autorité indiscutable par sa capacité à représenter la vie. Une opposition se fait donc jour entre une conception intellectuelle, distanciée de l'art, défendue par les gens de l'art, et une autre sensible sinon sensuelle pour un public certes averti mais plus large, qui reconnaîtrait le prix des oeuvres à leur "vérité", leur faculté de séduire, tromper la vue par la restitution du réel : le commencement de ce que l'on pourrait appeler la culture de masse, du confort et du loisir. Ainsi commençait le XVIIIè siècle de Watteau, Boucher et Fragonard. Si de Piles triomphe, c'est qu'il a déjà un public. Peintre amateur (il avait été l'élève de Frère Luc), il fut sans doute mêlé au commerce d'art. Celui-ci prend en effet son essor en France à cette époque et trouve sa consécration au XVIIIè siècle dans l'organisation de ventes dotées de catalogue. Là réside, notamment, la répartition, parfois étrange, des artistes par école, pour les besoins du marché de l'art. Elle développe l'antagonisme Italie - Flandres, Rome (et Florence) - Venise résumant le débat dessin-coloris, dont l'art des La Fosse, Antoine Coypel ou Rigaud forme la synthèse française. La Révolution agit ensuite comme un puissant catalyseur, rompant avec l'Ancien régime et son système social, sélectionnant certains chefs d'oeuvre pour un museum exemplaire (le Louvre), dispersant le reste des collections au bénéfice du marché international de l'art. L'idée d'un patrimoine national naît alors, et se teinte de ce fait d'une mélancolie tenace devant les destructions et les disparitions. Dans la reconstitution historique des splendeurs passées, tout est à reprendre, recherches, oeuvres, témoignages... La contradiction entre art "officiel" et art "pour amateur" resurgit à propos des Impressionnistes, puis des différents mouvements qui jalonnent la production artistique depuis le Second Empire. La commande, qui était autrefois le principal ressort de la création, se raréfie et les marchands d'art deviennent les principaux interlocuteurs des artistes. L'univers mental a radicalement changé. Comme je l'ai souligné ailleurs, l'idée que le monde en vieillissant perdait de sa vigueur et que l'humanité ne pouvait donc être que décadente (ce que les récits sacrés, mythiques et mythologiques évoquant des longévités exceptionnelles, des géants, des héros et autres dieux foulant son sol accréditaient) a longtemps été dominante. La citation d'Alberti montre que le renversement de conception date de la Renaissance - on comprend pourquoi : par essence, l'humanisme s'efforce certes de retrouver la splendeur d'antan mais en lui conférant une qualité qui la rend supérieure, la foi chrétienne. Immanquablement, la notion de progrès devait s'affirmer. La disparition d'un ordre social que l'on croyait figé, la féodalité, lui laissait le champ libre. Mais en soi, pour l'art, c'est une notion déstabilisante. Existe-t-il un progrès en art? Dès lors qu'on entreprend un travail historique, l'affirmation devient gênante, voire dangereuse. Les artistes eux-mêmes iront contre cette idée - le Cubisme, et tous les courants rejetant le recours à la nature comme imitation ou se tournant vers des cultures dites "primitives", en témoignent. Il s'agissait, au fond, de remettre en cause la doctrine classique dans ses fondements même, en ouvrant à la diversité des voies de la création; au risque du mélange des genres et de la confusion, par le fait d'une démocratisation du goût, voire d'une dictature du tout-égalitaire dans ce domaine. Cette confusion a fait le bonheur des Surréalistes, comme en témoigne la Fontaine en forme d'urinoir de Marcel Duchamp. À quoi a répondu ce que l'on considère comme un attentat mais que son auteur, Pierre Pinoncelli revendique comme un hommage, ce qui d'un certain point de vue - et notamment celui de Duchamp, que Pinoncelli invoque -, peut être compris. Parler d'art, en l'occurence, c'est autre chose... De fait, comment l'évalue-t-on? Puisqu'il devient dangereux sinon tabou de procéder à des comparaisons d'ordre technique ou théorique, le référent qui s'impose est celui qui a pris progressivement un rôle moteur, depuis la Renaissance : l'argent en fonction de la loi de l'offre et de la demande. Il y a parfaite adéquation entre le développement du fonctionnement de l'art et son instrument de mesure. On pensera peut-être que ce qui précède est hors-sujet. En fait, la logique qui prévaut pour l'art est valable pour l'ensemble du domaine culturel, et contamine donc les témoignages des temps passés. Pour se limiter au XVIIè siècle, le demi-siècle qui vient de s'écouler est rempli de redécouvertes et de réévaluations d'artistes pourtant essentiels, tels Poussin, Le Brun, Le Nain, La Tour, Vouet, Le Sueur, Champaigne ou Stella. À chaque fois, ce qui semblait une hiérarchie bien établie et une image clairement définie se trouvait battu en brêche. Je pourrais parler restaurations, comme celle de la Chapelle Sixtine, qui en dévoilant une palette très différente, changeait tant les habitudes et heurtaient les sensibilités de spectateurs qui devaient simplement reconnaître qu'ils se méprenaient... Idéalement, donc, il faudrait tout conserver, pour être sûr de ne pas se tromper. Désormais, le patrimoine industriel fait aussi l'objet de mesures de protection au titre des Monuments historiques. J'ai assisté à des Commissions départementales des Objets mobiliers au cours desquelles ont été présentées, par exemple, des locomotives. Cela suppose qu'il y ait des passionnés qui s'y intéressent et recherchent une forme de reconnaissance telle que celle d'une mesure de classement. Par principe, elle couronne ce que l'on pourrait appeler un héritage assumé. De fait, il ne faut pas aller chercher ailleurs les critères opérationnels de la conservation : à défaut de tout, protégeons ce qui fait l'objet d'un certain consensus ou ce qui est puissamment soutenu par quelque groupe de pression. Le raisonnement peut être poussé à l'absurde. Il fut un temps où le Forum des Halles faisait scandale, autant au nom du parti architectural que parce qu'il revenait sur l'architecture métallique du XIXè siecle qui était celle du Ventre de Paris. Aujourd'hui, alors qu'il doit être remodelé, l'histoire se répète à son bénéfice. Qui sait si, au nom d'un même principe, ceux qui critiquaient le Forum ne le défendent pas aujourd'hui... Pour sa part, la Pyramide de Ieoh Ming Peï a également fait couler beaucoup d'encre. L'une des critiques apportées concernait la perspective depuis le Louvre passant par les deux arcs de triomphe du Carroussel et de la place de l'Étoile. Celle-ci n'était, si l'on peut dire, qu'accidentellement historique : jusqu'en 1871, elle était barrée par le château des Tuileries, qui a brûlé cette année-là. Autre argument contre la Pyramide du Louvre : le voisinage de l'architecture de notre temps avec celle de l'histoire; il en fut de même pour Beaubourg (et le Forum des Halles aussi, d'ailleurs). |
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![]() Implantation du Centre Beaubourg de Piano et Rogers, Paris |
![]() La perspective des arcs napoléniens vers 1860 |
La question figure parmi celles que tout architecte des Monuments Historiques ou des Bâtiments de France doit se poser lorsqu'un permis de construire dans le périmètre d'un monument dont il a en quelque sorte la surveillance lui est soumis. Toute personne cheminant dans un quartier historique pourra, je pense, constater qu'en la matière, selon que l'on est puissant ou misérable, la réponse ne sera pas la même... |
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Patrimoine et écologie : un partage à faire. Ci-contre, |
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C'est précisément dans ce contexte que se place, depuis des années maintenant, la confrontation des intérêts patrimoniaux et de ceux de l'écologie. Le terrain commun est l'environnement, ce qui a valu le titre ambigu d'un article polémique d'Anne-Marie Lecoq dans la Revue de l'art, " Pour une écologie du patrimoine" - autrement dit "préserver l'environnement du patrimoine". Pour les uns, l'impact visuel prévaut; pour les autres, priorité est donnée à l'environnement naturel par le biais d'une énergie renouvelable et propre. Sont principalement sensibles (si l'on peut dire!) le solaire et les éoliennes. Sur cette question, je le dis avec conviction, je ne comprends pas que certains projets soient refusés en fonction de considérations (plus ou moins) patrimoniales. Sans parler de la nécessité d'une conversion économique à l'écologie que tout le monde voudrait apparemment épouser, ces derniers temps, il faut poser la question de la pollution visuelle et de ses répercussions. Quiconque a eu l'occasion de voir une installation de panneaux solaires correctement agencée sait combien elle peut être discrète; refuser le projet revient à figer le bâtiment concerné dans un temps qui n'est plus le sien, ni celui de ses occupants - quitte à ce que ceux-ci, pourtant soucieux de conservation dans leur démarche écologique, doivent l'abandonner à son péril. Je parle de dossiers dont j'ai eu évidemment connaissance. L'opposition aux éoliennes relèvent de la même philosophie favorable à une glaciation du patrimoine en période de réchauffement climatique. Certes, il faut se méfier de certaines attitudes qui se font jour et qui résument le Développement durable, ou plutôt soutenable - le terme est plus ambitieux encore - à une nouvelle manne potentielle sur le plan financier, et pour qui, comme toujours, le profit vaux mieux que la conservation. En cela, je rejoins le point de vue de Didier Rykner : ceux-là ne sont pas vraiment concernés par le respect de l'environnement. Néanmoins les arguments opposés par les adversaires des éoliennes peuvent être réfutés l'un après l'autre comme le font nombre de sites dont vous pouvez trouver certaines adresses en fin de texte : le retard de la France en la matière permet d'observer ce qui s'est passé ailleurs (comme en Allemagne) et d'en tirer un constat rassurant, que ce soit pour l'impact sur la faune ou la pollution auditive. Quant à celle visuelle, je ne la comprends guère : y-a-t-il plus de grâce, d'élégance et de force plastique dans une centrale nucléaire (comme celle de Cattenom en Lorraine), ou dans les grands pylones électriques qu'une politique des énergies renouvelables ramenée à l'échelle locale permettrait de progressivement diminuer? Au cours d'un trajet en train en Allemagne, j'ai pu voir des champs d'éoliennes : elles ne m'inspirèrent aucune crainte ni aucun déplaisir mais donnaient, au contraire, le majestueux spectacle qui devait être autrefois, finalement, celui des moulins à vents, simplement porté à l'échelle monumentale. Il est évident que c'est la peur, agitée par des groupes de pressions qui ne peuvent être qu'indifférents à la conservation de notre planète, qui est en jeu ici. Pousser leur raisonnement jusqu'au bout conduirait à un monde de pierre et d'art que plus personne ne pourrait admirer. Et qui disparaîtrait d'ailleurs en moins d'un siècle... |
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![]() La centrale de Cattenom, cliché Jean-Jacques Kissling |
![]() Éolienne à Peyrelevade |
Car conserver est une chose, encore faut-il savoir ce que l'on va en faire. En cette matière, il existe un purisme qui néglige, à mon sens, la nécessité, pour qu'un monument survive, de lui en donner les moyens. Naguère, Anne-Marie Lecoq a poursuivi sa réflexion sur la préservation du patrimoine dans son environnement en assassinant par le verbe un architecte des Monuments historiques, toujours dans dans la Revue de l'art. Certes, il faut reconnaître des choix opérés à l'encontre des principes de la conservation. Mais une gêne se fait jour à la lecture de ce réquisitoire, comme à celui du même auteur déjà mentionné. L'idée fondamentale défendue dans ses pamphlets est que le patrimoine doit être dégagé de toute logique économique. Surtout, en condamnant l'exploitation qui peut être faite d'un lieu historique par la déclinaison de produits dérivés, c'est l'ouverture à un public large, pas nécessairement averti et qui consommerait plus qu'il ne goûterait qui est mise en cause. Son discours fustigeant l'appréciation de l'art qui peut en résulter, insistant sur l'impression de vie, fait curieusement resurgir le débat théorique du temps de Roger de Piles en condamnant, au fond, son initiative et avec elle, la culture de masse. Parce que j'ai animé le Parcours historique de la ville de Melun avec une rigueur scientifique appréciée, parce que j'ai donné de façon indépendante des cours d'histoire de l'art à Melun, je sais qu'il existe une attente de la part d'un large public qui demeure inassouvie - je l'ai signalé ailleurs -, à laquelle il suffit de répondre en sollicitant l'intelligence et la sensibilité - pas en le traitant par le mépris. Je ne saurais donc me satisfaire de cette culture de l'entre-nous, réservant l'appréciation du patrimoine à un public de connaisseurs passant par des codes de réception obligés. Je ne prétends pas que l'on puisse dire tout et son contraire d'une oeuvre, mais que les chemins pour parvenir à sa compréhension peuvent être divers, et fonction de la personnalité de chacun. Les difficultés de notre discipline à se faire reconnaître passent notamment par la tentation du repli et de l'abscons dans l'explication de notre objet, comme si un traducteur, pour entretenir son emploi, brouillait le discours qu'il est censé restituer... Dans le même ordre d'idée, on peut aussi déplorer la tenue du Spectacle historique de la ville de Meaux sur l'esplanade qui sépare la cathédrale du musée Bossuet, six mois par an; il faut savoir pourtant que cette animation, qui connaît un grand succès, donne à la ville suffisamment de souplesse budgétaire pour proposer des expositions de haute tenue. Et je peux dire que sans cela, l'exposition Bossuet, dont l'intérêt a été largement souligné, et qui a reçu une affluence record (plus de 10000 visiteurs), n'aurait certainement pas pu être montée dans les délais très courts qui ont été les siens, ni avec autant d'efficacité - voire pas du tout. Dans la mesure où la conservation suppose un entretien, ce qui doit être alloué pour sa subsistance doit être budgeté par le propriétaire ou compensé par un appel au mécénat; ce qui laisse imaginer l'ampleur des sommes nécessaires à l'ensemble du patrimoine d'État. Il faut donc admettre que la conservation du patrimoine passe par son animation ou par sa réhabilitation à d'autres fins. Vouloir sauver un monument ne suffit pas : il faut lui trouver les moyens d'exister ensuite. L'écologie a son mot à dire, d'ailleurs, sur ce point. Edf a fait savoir qu'elle s'intéressait à certains équipements anciens encore debout, tels les moulins, susceptibles d'être reconvertis pour produire de l'électricité propre. Pour beaucoup d'entre eux, malheureusement, cela vient trop tard... Et pour ceux restant, que pourra-t-elle face aux exigences patrimoniales en question? |
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Signe des Temps Ci-contre, |
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Il est vrai que notre société - disons le monde occidental dans son ensemble - porte volontiers en elle des germes mortifères. Un certain nombre de drames de l'histoire récente, depuis la barbarie nazie ou soviétique, l'utilisation militaire du nucléaire jusqu'aux horreurs que la télévision ne manque pas de ramener des quatre coins du monde pour en faire un spectacle, sape la confiance en l'humanité. Peur et dégoût suscitent une envie de distance insistant sur la forme plutôt que sur le fond dans la création. L'oeuvre de Nicolas de Staël apparait comme une magistrale et dramatique tentative de réponse en réintroduisant le fond après qu'ait été forgé l'outil formel. D'autres signes issus de la culture de masse trahissent cette distance de diverses façons. On accorde plus de crédit aux émissions satiriques, Guignols en tête, qu'à celles de l'information elle-même. La télé-réalité prétend nous montrer la "vraie vie" tout en en faisant un spectacle. La faillite du sens au profit du recyclage d'élements préexistant s'incarne dans le succès des Star Academy et autres Nouvelle Star, qui usent et abusent des reprises de succès du répertoire populaire, insistant sur l'appropriation d'une chanson - autrement dit, la capacité à mettre de soi dans une interprétation. Cette insistance finit par produire un stéréotype dans la façon d'interpréter, en sorte que la personnalité finit par s'effacer derrière le style - ce qui peut passer pour une définition du maniérisme. Et l'on s'étonne que les Christophe Willem et autres Julien Doré, une fois la compétition remportée sur cette base, ne parviennent pas à imposer leur personnalité dans l'album qu'ils ont ainsi acquis le droit de réaliser. N'est pas Pontormo, Giulio Romano, Rosso ou Parmigianino qui veut... On me pardonnera ce qui peut passer pour de la futilité, et des comparaisons audacieuses : il s'agit avant tout de s'extraire des hautes sphères de l'histoire de l'art pour se confronter à notre réalité contemporaine. Une même démarche doit amener à prendre la mesure de la place que nous accordons au patrimoine historique, notamment au regard des préoccupations écologiques. D'un certain point de vue, l'attrait actuel pour le patrimoine est du même ordre. Il correspond à une sacralisation de la mémoire, propre à une culture de l'écrit. Par la quête de sens qu'il implique, il pose le problème de l'interprétation de l'histoire humaine. Comme je l'ai déjà dit, beaucoup visitent les musées sans comprendre, comme un rite plus que comme une véritable curiosité débouchant sur le savoir. Tout se passe comme si la dimension sacrée s'incarnait dans une simple idolâtrie, et non pas dans la spiritualité. Ne soyons pas les prêtres qui en confisquent la parole et instaurons un véritable dialogue entre le patrimoine et ce qu'il faut bien appeler son public. De fait, l'enfermer dans une tour d'ivoire ne m'apparaît évidemment pas comme une solution, aussi bien dans sa diffusion intellectuelle que par son inscription dans son environnement. Certes, il faut veiller à ne pas en brouiller la lecture en en masquant ce qui relève de l'intention du créateur. Ce qui ne veut pas dire faire le vide autour d'une église conçue, à l'origine, dans le grouillement d'un habitat médiéval, et interdire toute rupture de style alentour - sachant que le monument que l'on souhaite préserver a lui-même, au moment de sa création, constitué pareille rupture. Quitte encore à accepter la logique économique - dès lors qu'en effet, il ne s'agisse pas d'une simple exploitation spéculative mais le vecteur de la communication du sens du patrimoine. Voila qui laisse le champ libre aux nécessités écologiques dès lors qu'il y a cet équilibre dans le respect. |
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Rupture écologique Ci-contre, |
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Notre époque est celle d'un défi terrible et formidable. Elle possède les moyens et la mémoire nécessaires pour garantir à l'humanité un développement mondialement soutenable, tolérable par tous, mais peut aussi lui assurer sa disparition de la surface de la Terre. La mise au point de l'arme atomique avait, pour la première fois, fait prendre conscience que l'homme pouvait détruire la planète qui l'héberge. L'équilibre de la terreur a évité le pire, dit-on parfois; aujourd'hui, en ayant entretenu son existence et motivé tant de nations dans la course à son acquisition, il en a simplement multiplié les risques. Ne soyons pas dupes : la recherche pour le civil pouvant servir à celle pour le militaire, priorité a été donnée, en France pendant des années, au nucléaire, et nous en a depuis rendu otages. Au point que le péril que représente le fait de laisser vieillir les centrales devienne un argument de campagne en sa faveur... La conversion du bouquet énergétique aux sources propres et renouvelables condamne à terme, par nécessité écologique, cette énergie dont les dangers n'échappent à personne, qui a déjà fait des victimes et dont on ne sait toujours pas traiter, des décennies après les premières expérimentations, les déchets. On préfère pour l'instant les "garder au chaud" pour les "générations futures"... Or, on s'aperçoit que ce n'est plus le seul danger planétaire. Il a fallu beaucoup se battre pour que la réalité du réchauffement (ou dérèglement) climatique soit reconnue, encore demeure-t-il suffisamment de personnes dubitatives et de difficultés à une information exacte pour que son ampleur n'ait toujours pas été pleinement perçue. Et pour que certains groupes de pressions en profitent pour défendre des intérêts souvent obscurs, et j'ose le dire, toujours égoïstes. Il y a nécessité à une rupture écologique : à savoir qu'il faut que l'homme reconnaisse son appartenance au monde qui l'entoure, et surtout sa dépendance, qui lui impose un respect sensible dans toutes ses activités. À l'échelle des civilisations, d'un certain point de vue, celle de la Renaissance a vécue. Elle s'était affirmée comme une prise de possession du monde connu et inconnu, aussi bien à travers les voyages de découvertes, les grandes inventions, l'essor de la cartographie et de l'imagerie du monde ou encore l'invention de la perspective, mais aussi le colonialisme ou l'esclavagisme. Axée sur l'individu, sa valeur et sa réussite (plus que son accomplissement), elle a porté un modèle d'économie reposant sur la finance pour exploiter le monde environnant. Aujourd'hui, celui-ci montre sa finitude par l'épuisement de ses ressources, et il réagit à l'activité déréglée de l'homme. Chaque rapport du GIEC, dont le travail vient d'être reconnu par le Prix Nobel de la Paix, est plus alarmant que le précédent. Face à ce défi, il y a une certaine futilité à arguer de l'esthétique d'un champ d'éoliennes en milieu historiquement protégé. Il nous faut repenser complètement notre rapport au monde, environnements naturel et historique tout ensemble - ce qui implique d'ailleurs les relations entre les différentes composantes de l'humanité, qui doivent être équitables. Pour espérer jouir le plus longtemps possible des attraits du patrimoine. Mais pas seulement : pour qu'il ne soit pas protégé en vain... Sylvain Kerspern, Melun, 5 novembre 2007 |
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Pour poursuivre le débat autour des éoliennes : - l'article Wikipedia sur l'éolien; il donne des éléments chiffrés importants; avec en prime une éolienne du plateau de Millevaches qui ne perturbe apparemment pas les troupeaux... - le site de l'Ademe Pour se faire une idée, il faut écouter les arguments de chacun. - favorable aux éoliennes : * thewindpower.net * planete-eolienne.fr (et en particulier, réponse au collectif anti-éolien.) - contre les éoliennes : * association Vent de colère - rouge de colère noire; plus lisible, sans doute, un dossierdunet consacré à ce point de vue avec forum de discussion; - un blog où les différents points de vue sont confrontés, et l'argumentation reste courtoise (ce qui est assez rare sur les forums internet...) Pour mémoire, les deux sondages récents sur la question signalent que 90% des Français y sont favorables. C'est dire la force et la virulence de ses opposants, qui en retardent un peu partout l'implantation. Et, il faut bien le dire, leur grande capacité de nuisance... |
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Lhistoire de lart à lécole : comprendre linitiative de Nicolas Sarkozy Mis en ligne le 5 octobre 2007- Retouche le 12 octobre 2009 |
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Dans une lettre de mission de juillet 2007 adressée à Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, le président de la République Nicolas Sarkzoy lui donne pour première tâche la démocratisation culturelle, appuyée sur une éducation culturelle et artistique dont il souhaite quelle soit considérée comme une priorité par le ministère et celui de lÉducation nationale. Nous pensons que la création dun enseignement obligatoire dhistoire de lart peut constituer le support de cette éducation culturelle qui fait défaut aujourdhui. Lannonce réjouit, évidemment, mais demande tout de même à être étudiée attentivement, en analysant dans toute sa profondeur le texte. Ainsi, Didier Rykner, de latribunedelart.com, a dabord signalé la lettre de mission, avant de sinquiéter de ses suites : voici pourquoi. |
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Tout dabord, lhistoire de lart est présentée comme pourvoyeuse de la matière de léducation culturelle envisagée. L'école doit transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d'aimer l'histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays - condition pour se sentir membres d'une même Nation -, de vivre en homme ou en femme libre, et d'apprécier, tout au long de leur vie l'art, le spectacle, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles. Négligeons laspect politique et relevons une contradiction : lenseignement culturel que doit embrasser lhistoire de lart déborde largement la définition de lart même. Il rompt avec la répartition des matières dans les cursus actuels. La musique et la littérature sont évidemment enseignées à tous les niveaux, dans des cours propres où leurs histoires ont leurs places. Lhistoire de lart est également une discipline constituée que déminentes personnalités tels quAndré Chastel, Bernard Dorival ou Jacques Thuillier ont fait entrer aussi bien à luniversité quau Collège de France. Où lhistoire de la littérature ou de la musique font lobjet de chaires et denseignements séparés. Ce dont parle la lettre de mission présidentielle, ce nest pas de lhistoire de lart mais dune histoire des arts ou dune histoire culturelle (sous-entendue ici : de la France), qui serait à créer. En se privant ainsi des compétences de nombre de diplômés de la discpline existante, une fois de plus discréditée. LInstitut National dHistoire de lArt atteint sa vitesse de croisière au moment où ce quil doit promouvoir fait lobjet, à nouveau, dun amalgame et dune incompréhension au plus haut niveau politique français... Je ne prétends pas défendre ici une conception élitiste de lart, mais simplement celle qui a traditionnellement cours dans le cadre scientifique, sur laquelle il paraît évidemment souhaitable de sappuyer. On naborde pas de la même façon musique et peinture; regardez les sens donnés ici et là au classicisme et au baroque, et vous commencerez à comprendre la différence. De même, pour un même sens concerné, la vue, ne traite-t-on pas communément de lhistoire de la littérature et de celle de lart. Le monde des formes nest pas celui des signes, quand bien même ils peuvent coexister à loccasion. |
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Ceci dit, que faire? 1. Répéter que certains des champ visés par la lettre de mission font déjà lobjet dune éducation dispensée à lécole, ainsi pour la musique ou la littérature (et dune certaine façon, les arts du spectacle). 2. Rappeler que des expériences denseignement dhistoire de lart au niveau du lycée ont été faites - mais la discipline est enseignée par des professeurs de lettres, dhistoire ou darts plastiques. Pourquoi? La licence dhistoire de lart nest pas une licence denseignement. 3. En conséquence, souhaiter que lui soit conféré cette capacité - et éventuellement créé un capes ou une agrégation dhistoire de lart. Ainsi, cette ambition louable trouverait rapidement un champ et les moyens de son application. |
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Soyons lucides, pour finir, sur laspect politique de la démarche. Alors qu'il n'est question que de diminuer le nombre des fonctionnaires, on peut penser que la sollicitation de compétences déjà en activité soit adoptée sur le mode de ce qui a déjà été expérimenté dans lenseignement secondaire... Dautre part, la discipline qui me passionne (et qui attire de plus en plus détudiants en quête - voire en mal - de sens) pourrait bien se trouver, dans cette affaire, prise en otage à des fins purement politiques - au même titre que le Louvre et dautres institutions culturelles peuvent servir la diplomatie -, puisque finalement le trait commun inédit de cette histoire de lart que le président appelle de ses voeux est son rapport à la Nation. Il sagit de faire connaître et aimer lhistoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays - condition pour se sentir membres dune même Nation. On peut discuter le propos : pour une époque finalement aussi tardive que le XVIIè siècle, on rattache à cette Nation, Nicolas Poussin, né en Normandie mais qui a peint presque toute sa vie en Italie; Claude Gellée, son ami, dit le Lorrain, né en Lorraine, donc, alors quelle nétait pas française, et qui a pareillement choisi lItalie pour lépanouissement de son art; Philippe de Champaigne, né à Bruxelles... Surtout, il me paraît souhaitable que la politique se mette au service de la culture, non linverse : il appartient aux enseignants de décider du contenu de leur cours. Oui, à lhistoire de lart comme enseignement obligatoire, mais une véritable histoire de lart, enseignée par des gens dont les compétences ont été reconnues par un diplôme dhistoire de lart, et que par voie de conséquence, on laisse libres dorganiser leurs cours dans un souci purement éducatif. |
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Lhistoire de lart à lécole, P.S. (12 octobre 2009) : La mise en application se fait cette année, sur la base de nos pires craintes. Voyez ce quen disent Didier Rykner et Pierre Rosenberg sur le site de La tribune de lart. |
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Je partage, dans lensemble, le point de vue dOlivier Bonfait. Le renouveau des revues (malgré la disparition de la Gazette des Beaux-Arts, au demeurant due à une décision de leur propriétaire), après le sauvetage de la Revue de lart, en témoigne, au même titre que la spectaculaire réussite du site de La Tribune de lart, dirigé par Didier Rykner.
Mais beaucoup sinterrogent, visitent sans comprendre et même admirent sans savoir. Le déficit est là, dans la perception que lon peut avoir de lart qui alimente le sentiment que, décidément, les artistes sont des gens à part, des génies étranges, et que lart, "ça ne sexplique pas". Le succès de lhistoire de lart en université, en première année, tient aussi au mystère que la discipline peut encore recéler, puisquelle na pas été abordée auparavant, du moins en tant que telle. Les cours que je donne à Melun ont pu confirmer des vocations naissantes mais linitiative demeure isolée.
Aussi bien, le sentiment de crise pour notre discipline nest pas totalement hors de propos. Comme le souligne Olivier Bonfait, elle tarde à obtenir la reconnaissance institutionnelle. Doù labsence de diplômes denseignement (licence ou agrégation) hors le doctorat; sa mise en oeuvre, dans lexpérience menée de son intégration à lenseignement secondaire par des professeurs choisis pour dautres compétences (histoire, lettres ou arts plastiques); ou encore, décision stupéfiante, le choix de mettre à la tête de lInstitut National dHistoire de lArt une personnalité extérieure à notre domaine. Laquelle, tout de même, a été suspendue devant la levée de boucliers.
LInstitut National dont est doté désormais lhistoire de lart en France doit incarner cette unité dans la diversité. Par un effort de clarté et de solidarité, nous parviendrons à travers lui à satisfaire cette importante demande, parce que nous aurons convaincu les institutions de la valeur scientifique de notre travail. De là devraient découler des débouchés plus importants dans lenseignement secondaire (puisque ce serait en tant quhistorien dart, agrégé ou titulaire dune licence denseignement, quun enseignant serait susceptible dy apporter un initiation à la discipline), un soutien financier plus ample dans les différentes opportunités offertes (expositions, publications, missions de recherches ou dinventaire...), etc. Et par contrecoup, un bol dair atténuant les tensions nées dun si rude concurrence... |
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Octobre 1985, je soutenais ma maîtrise sur Jacques Stella. Les règles tacites de lhistoire de lart ont fait que je me suis effacé devant les recherches entreprises par Gilles Chomer sur le peintre lyonnais, tout en publiant à loccasion sur lartiste (en 1989, sur le retable de Provins, dans la Gazette des Beaux-Arts, sur quelques jalons importants en 1994 dans la même défunte revue) et sur ses neveux et nièce (dans le Bulletin de la société de lhistoire de lart français en 1989 sur Antoine Bouzonnet, et en 1993 sur Claudine). Ces deux anniversaires mincitent à poser ici de nouveaux jalons pour cet artiste. Et dans un premier temps, à me servir de la trame déjà existante (soit, quand vous lirez, de la précédente version de cette page...) pour étoffer la compréhension de lartiste. Voici le premier épisode... |
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I. Une Madeleine sur ardoise passée en vente à Drouot le 22 décembre dernier (salle 6, n°59). Je ne lai pas vue mais la qualité semble bonne, et témoigne dune belle production des années 1630 de Jacques. |
En collection particulière après un passage à la galerie Éric Coatalem, je ne lai toujours pas vue mais souhaite préciser maintenant la datation avancée. Pour cela, il faut en faire une rapide analyse formelle, et comparer avec des oeuvres servant de repères fermes. |
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Cest de cette époque que date une grande peinture conservée à Vienne dont il fait de moins en moins de doute quil sagisse bien dune création de notre homme : Le jugement de Salomon donné jadis à Poussin et naguère à Vuibert. Il propose un équivalent pictural à lunviers de lallégorie du Louvre, et montre ce style élégant, qui doit ici plus à Dominiquin, et une science du drapé qui, si elle joue encore volontiers dun traitement proche du corps, peut sen affranchir au bénéfice deffets délicats ou sculpturaux, à lantique. Nul doute que le sujet nait favorisé encore ces dernières options, moins pertinentes pour la Madeleine dont il fallait souligner la charge érotique. Mais la gracilité du langage, les canons menus, le balancement des poses dénotent cette phase particulière de lart de Stella avant son retour en France. Toutes choses qui se retrouvent également dans la Sainte famille avec saint Jean-Baptiste présentant lagneau acquise il y a quelques années par le musée Fabre de Montpellier, également datée de 1633. |
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| Quelques petites notes en passant, avant une prochaine révision consacrée au dessin qui suit. Lexposition récente dont Pierre Rosenberg a eu la responsabilité au Grand Palais, présentant la peinture française des XVIIè et XVIIIè siècle dans les collections allemandes, montrait un tableau de Stella, La déploration du Christ mort. À la lecture du catalogue, la gravure en rapport, par Françoise Bouzonnet Stella semble avoir échappé à lhistorien dart. On la trouvera dans létude que jai proposée à la Tribune de lart en écho à lexposition Bossuet, à Meaux en 2004. En questionnant encore le net, voici ce que lon peut trouver : un tableau présenté comme de Stella (qui aurait pu, à une époque, être donné au neveu Antoine Bouzonnet) mais qui est (du moins pour linvention, le caractère autographe ne pouvant se vérifier que devant la toile) de ... Charles Alphonse-Dufresnoy. Il correspond à un dessin conservé au Louvre. |
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Détail dun dessin préparatoire à un important retable lyonnais dont Gilles Chomer avait clairement établi lhistorique dans son article de la Revue de lart de 1980; la date portée reste à lire correctement (le catalogue de la vente à venir dit 1654, ce qui est impossible - soit 1644, soit 1645; vente Christies Rockfeller Plaza, New York, 25 janvier 2005, n°119). |
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Enfin, en flânant sur le net, les découvertes sont aussi possibles. Ainsi de ce Massacre des Innocents (Birlinghoven schloss, Allemagne) rattaché à ... Poussin, et à mettre en rapport avec le tableau en grisaille inachevé du Musée des Beaux-Arts de Rouen (la date doit être voisine du dessin précédent voire plus tardive). |
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Et la suite? Retrouvez-la dans une nouvelle page entièrement dédiée à Jacques Stella. |
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| Courriels : dhistoire_et_dart@yahoo.fr - sylvainkerspern@hotmail.fr. |
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