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Les Stella
Catalogue de l'œuvre de Jacques Stella : Ensemble - (1655-1657), mosaïque
Mesure et proportion du corps humain

de Jacques Stella et Claudine Bouzonnet Stella




Mise en ligne en octobre 2020

Dessins perdus. Gravures par Claudine Bouzonnet Stella. 15 x 12,3 cm.


États connus selon la lettre du frontispice :
1. Sur le mur à gauche, en perspective : « MESVRE / ET / PROPORTION / DU / CORPS / HUMAIN / invanté par I. STELLA » au bas, centré : « A PARIS / AVEC PRIVILEGE 1657 / aux Galleries du Louvre » (en livre in-4°, marché de l'art en 2019)
2. Sur le mur à gauche, en perspective : « MESVRE / ET / PROPORTION / DU / CORPS / HUMAIN / invanté par I. STELLA » au bas, centré : « A PARIS / Chez LAUDET / rüe S. Jacques » ( en livre in-4°, Fondo Cicognara, Biblioteca apostolica vaticana, exemplaires en ligne des microfiches réalisées par Cambridge)
3. Sur le mur à gauche, en perspective : « MANIERE / FACILE / ET / AISÉE / DE / DESSINER / LE / CORPS / HUMAIN / avec ses mesures / et / Proportions / par I. Stella » au bas, centré : « A PARIS / Chez Henry Bonnart rue S.t Jacques au Coq » (épreuves ré,unies sur deux feuilles, BnF, Da 20 fol.)
4. Sur le mur à gauche, en perspective : « MESVRE / ET / PROPORTION / DU / CORPS / HUMAIN / par I. Stella peintre du roy » au bas, centré : « A PARIS / Chez N. Bonnart rue S.t Jacques a l'aigle » (épreuves ré,unies sur deux feuilles, BnF, Da 20 fol.)


Bibliographie :
* Catalogue des livres de feu m. d'Hermand, vente, Paris, 1739, p. 12 (exemplaire daté de 1657).
* Catalogue des tableaux, gouaches, desseins en feuilles & sous verre, estampes de toutes les Ecoles, livres d'estampes & autres curiosités du cabinet de M*** (Huquier), vente, Paris, 1771, p. 137, n°783.
* Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Sandras, vente en novembre, Paris, 1771, p. 94, n°1132 (exemplaire daté de 1657).
* Leopoldo Cicognara, Catalogo ragionato dei libri d'arte e d'antichità posseduti dal Conte Cicognara, Pisa, 1821, t. 1/2, p. 62, n°358.
* «Testament et inventaire (...) de Claudine Bouzonnet Stella», Nouvelles archives de l’Art Français, publiés par J-J. Guiffrey, 1877, 76 et 79.
* Roger-Armand Weigert, Bibliothèque Nationale. Cabinet des Estampes. Inventaire du fonds français. XVIIè siècle., t. II, 1951, p. 92, n°157-163 (sic)
* Catalogues de la collection d'estampes de Jean V, roi du Portugal par Pierre-Jean-Mariette, éd. Marie-Thérèse Mandroux-França et Maxime Préaud, Paris, 1996, II, p. 236.
« Durant l’hyver, lorsque les soirées sont longues, il s’appliquoit ordinairement à faire des suites de Desseins, tels que ceux de la vie de la Vierge, qui sont fort finis, & dont les figures sont assez considérables : il y en a vingt-deux. On voit cinquante estampes gravées d’après lui où sont représentés différents jeux d’enfants. Il a dessiné plus de soixante vases de différentes sortes; plusieurs ouvrages d’orfèvrerie; un recueil d’ornements d’architecture; toute la passion de Notre Seigneur qu’il a peinte depuis, en trente petits tableaux : c’est le dernier ouvrage qu’il a achevé.
Il avoit fait auparavant seize petits tableaux des plaisirs champêtres, & un nombre d’autres grands sujets concernant les arts. On auroit peine à croire qu’il eût produit tant d’ouvrages, considérant le peu de santé qu’il avoit : aussi doit-on les regarder comme un pur effet de son grand amour pour la Peinture. »

(Félibien)

Ce petit livre ne figure pas explicitement dans l'énumération des ouvrages « concernant les arts » par Félibien, même s'il fait partie des toutes premières productions de l'atelier, puisque daté de 1657. Claudine le mentionne dans son inventaire de 1693-1695 comme le « livre des mesures de testes; il lui en restait 8 exemplaires et elle en conservait les planches.
Dater.
Sa conception n'est pas facile à dater. L'essentiel des images qu'il propose tient en des gravures au trait dont le style est, par nature, très impersonnel, et seul le frontispice peut contribuer à le faire mais il marque le moment préparatoire à la publication, traduit par la nièce. Sa publication se fait la même année que celle des Jeux d'enfants, 1657, et sa première page convoque le privilège obtenu en août. Tous deux manifestent la précocité de Claudine qui n'a que 21 ans. On imaginerait volontiers qu'après cette autre suite, bien plus longue et commencée par deux autres graveurs, Stella ait voulu inaugurer les publications propres aux seules nièces par ce manuel, ce qui place sa mise en œuvre dans les années 1650. Par commodité, et selon ce que son frontispice montre du style de l'oncle, j'ai choisi de l'inclure dans la dernière section du catalogue mais je ne peux exclure formellement qu'il soit quelque peu antérieur.
Claudine Bouzonnet Stella d'après Jacques Stella
Frontispice d'un exemplaire passé sur le marché d'art le 15 novembre 2019.
Burin. 15 x 12,5 cm environ au coup de planche.
Tirage sur une seul feuille du frontispice et de 8 des 17 autres pages de la réédition d'Henry Bonnart (1642-1711) sous un autre titre.
BnF, Estampes, Da 20 fol., p. 127-128.
C'est sans doute par étourderie que Mariette en attribue l'exécution à Antoinette, qui n'a que 16 ans lorsque le livre est publié : sa sœur aînée en assume la responsabilité dans son testament sans ambiguïté. Le faible nombre d'exemplaires restant dans son fond en 1693-1695 semble attester d'un succès certain, confirmé par la réédition peu après par Daudet à Paris (exemplaire dans le Fondo Cicognara, Biblioteca apostolica vaticana), éditeur dont je ne connais à peu près rien de son activité dans la capitale mais qui pourrait être responsable du Mendiant catalogué avec les Pastorales; puis (presqu'aussitôt ou conjointement, mais sous un autre titre?) par Henry Bonnart, qui meurt en 1711, et ensuite par Nicolas Bonnart. Pourtant, l'ouvrage ne semble pas avoir bénéficié de la sanctuarisation des bibliothèques. Point d'exemplaire à la BnF et ses institutions associées; celui de la Bibliothèque Sainte-Geneviève correspond à la réédition de Daudet. Je n'ai pu encore consulter d'exemplaire original, et les commentaires qui suivent sont donc à prendre sous cette réserve.

L'exemplaire du Vatican, tel que publié sur Internet, et les impressions sur deux feuilles de la BnF ne présentent pas de commentaire. Sont-ils incomplets? Je n'ai trouvé nulle part mention de plus de 17 planches plus le frontispice. Or le travail de gravure fut certainement commencé du vivant de Stella puisque la publication suit de peu sa mort, et il aurait préparé des textes explicatifs s'il les avait jugés utiles. S'il y a défaut, il faudrait l'attribuer aux vicissitudes de la conservation, non à l'incidence de la disparition de l'inventeur.
Iconographie, traditions et intention.
Le frontispice donne le ton : selon la lecture de Mariette, il montre Minerve, identifiée notamment par la chouette, son animal, qui enseigne le dessein à un enfant. Oserais-je encore corriger le célèbre amateur? J'y verrais plutôt la déesse incitant le jeune garçon, occupé à l'écriture, à se saisir des attributs de cet art. Faut-il y voir une stricte conformité au reste du livre, apparemment sans autre inscription propre au livre que les mesures annoncées par le titre, éludant donc tout accompagnement explicatif pour s'attacher à la seule forme? C'est en tout cas une des spécificités du livre dans le genre, laquelle s'inscrit dans une volonté propre à l'artiste et à sa conception de l'art.
L'ouvrage s'inscrit dans le genre des traités sur les proportions du corps humain, dont l'un des exemples les plus célèbres, De symmetria partium in rectis partis humanorum corporum libri..., conçu par Albrecht Dürer, figurait dans la bibliothèque de la nièce, Claudine, parmi les livres d'estampes (illustration ci-contre) en deux versions (n°91 et 121). Le titre alternatif donné par Bonnart (Manière facile et aisée de dessiner le corps humain) prête à confusion, substituant un manuel pratique à un outil de modélisation du corps humain. Il n'a pas grand'chose à voir, par exemple, avec le livre de portraiture de Jean de Saint-Igny, publié par l'ami François Langlois en 1630, qui donne des exemples précis d'application de sa méthode dans un style qui lui est propre et s'apparente à ce que l'on pourrait appeler la peinture « mousquetaire », auprès des Lallemant, Vignon ou Brebiette. Pas plus L'art de dessiner de Jean Cousin (que Michel Demasso a publié à Lyon en 1698), qui intègre des notions de géométrie relevant de la perspective, même si on y retrouve l'attention portée au nez, à la bouche ou aux oreilles, qui peut paraître curieuse aujourd'hui mais qui désigne une tradition séculaire qui se retrouve un peu plus tard chez un Girard Audran (1683).

Dans sa sècheresse même, Stella livre en fait un corpus de formes et de mesures valant idéal d'ordre mathématique inspiré de l'antique et qu'il aura sans doute eu l'occasion de relever en Italie. La confrontation avec les exemples cités ici montre bien le lissage classique opéré par notre artiste. Il propose ainsi une norme générique sans en décliner d'éventuelles variantes suivant l'âge ou la condition. Seule exception, l'œil qui se retourne, qui renvoie à l'expression des Passions simplement suggérée comme complément à l'ordonnancement idéal - au sens platonicien - du monde selon sa conception de l'art.
Albrecht Dürer,
gravure illustrant De symmetria partium in rectis partis humanorum corporum libri... inclus dans Les quatre livres d'Albert Durer, Arnhem, 1614
BnF.
S'il a certainement étudié Dürer, Stella va là à l'encontre de son traité, qui décline son travail sur les proportions suivant différents types (y compris obèse ou fluet). Non par admiration de son ami Poussin, comme on a pu le lire jusqu'à récemment encore, mais en conformité avec des recherches qu'il a mené dès le séjour italien, consécutives au choc de la découverte de Rome et des grands modèles de la Renaissance Italienne, de Raphaël aux Carraches, et qu'avait par ailleurs sans doute préparé le contexte toscan, berceau de la perpsective géométrique. Il ne part pas de l'observation de la Nature pour en restituer jusqu'à ses excès mais y recherche l'expression d'un ordre harmonieux, sinon harmonique, soumis dans son art aux péripéties de l'histoire. La mesure, chez lui, vaut autant comme une unité de grandeur que par ce qu'elle suppose de modération, de maîtrise, cadre du frémissement ou du déchaînement des Passions, mettant en valeur la psychologie comme moteur de l'histoire et vecteur de la méditation ; un canon esthétique tant par la forme que par ce qu'elle exprime. Aussi peu disert soit-il, ce livre témoigne donc pleinement de ses conceptions, ainsi transmises à ses neveux et nièces et, par-delà, à la postérité.

Sylvain Kerspern, Melun, octobre 2020

Courriel : sylvainkerspern@gmail.com. - Sommaire concernant Stella - Table générale
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