Sylvain Kerspern - dhistoire-et-dart.com
Varia

Les Conservateurs des Antiquités et Objets d’Art.
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Pour Monique Billat et Patrick Poupel, qui m’ont donné, chacun à leur manière,
le goût du patrimoine artistique au sens large et noble


Les Conservateurs des Antiquités et Objets d’Art.

Mis en ligne le 22 avril 2010


Un début

Il y a plus de vingt ans, en 1988, je me suis retrouvé pris dans une aventure humaine, esthétique et scientifique : l’exposition Trésors sacrés,Trésors cachés témoignant de la richesse du patrimoine religieux de Seine-et-Marne. Ce fut l’occasion de tournées parfois homériques et d’une multitude de découvertes qui devaient déboucher sur une manifestation très suivie, unanimement saluée - et sur le plan personnel, sur l’élaboration du thème qui allait faire la substance de ma thèse.

Mon approche du patrimoine artistique était jusqu’alors très muséale, plutôt figée. Tout un pan méconnu sinon inconnu s’ouvrait à moi, beaucoup plus important quantitativement que ce que pouvaient contenir les musées; plus divers, plus vivant aussi, car souvent dans un contexte correspondant à la fonction première de l’oeuvre ou l’objet. Sachant que cette vie qui les tenait là ressemblait pour beaucoup à de la survie, sinon au péril de mort.

Je m’aperçus aussi que ce que l’on pouvait encore appeler “les Beaux-Arts” rassemblait un personnel attaché à sa conservation plutôt disparate, dont les parents pauvres étaient précisément ceux qui étaient directement en contact avec ce patrimoine : les Conservateurs des Antiquités et Objets d’Art. La situation en Seine-et-Marne faisait déjà partie des exceptions que je souhaiterais voir devenir règle : Monique Billat, CAOA en poste pour s’occuper de la protection du patrimoine mobilier départemental, disposait d’une rémunération décente et travaillait au sein d’une équipe consacrée à l’ensemble du legs départemental de nos prédécesseurs architectes, urbanistes, artistes ou artisans.

Cette exception était due à une volonté locale puisque c’est le Conseil général de Seine-et-Marne qui l’a instaurée. Or le poste relève initialement de l’Etat. Le centenaire de sa création en France a été célébrée en 2008. En son commencement, il prenait place dans un processus de prise de conscience du péril de tout un patrimoine dont les fondements avaient disparu : objets déracinés, lieux désinvestis de leur fonction première du fait des changements de régime politique et, ce qui était tout récent, de l’affirmation de la laïcité de la République par la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, en 1905.

Les inventaires généraux faits dans les premiers temps de la Troisième République (en Seine-et-Marne, en 1878, puis environ dix ans plus tard) témoignaient tout de même d’un héritage assumé, notamment sous l’impulsion de Philippe de Chennevières, directeur des Beaux-Arts. La loi de 1905 demandait un récolement et, devant la crainte d’aliénations, un dispositif pour la protection du patrimoine jugé digne d’intérêt désormais revendiqué par le pouvoir temporel. Des inspecteurs furent mis en place, au nombre de 5 pour toute la France, puis 9, et pour les épauler, on fit appel à des personnalités locales reconnues pour leur compétence susceptibles, contre indemnité, de consacrer du temps sur leurs loisirs à ces tâches.


Les mesures de classement furent d’abord provisoires puis pérennisées. Le bénévolat contre une indemnité symbolique aussi, hélas! Je n’entre pas plus dans le détail des origines de cette fonction, le catalogue accompagnant la célébration du centenaire (Icones et idoles. Regards sur l’objet Monument Historique, sous la direction d’Hélène Palouzié) le fait très bien à travers les contributions de Servane Desmoulins-Hémery, CAOA de l’Orne et présidente de l’Association des CAOA, et Judith Kagan, Conservateur en chef du Patrimoine en charge du bureau de protection du patrimoine mobilier et instrumental, auparavant membre du corps des Inspecteurs des Monuments Historiques aujourd’hui démantelé.


Un monument
pour les objets d’art


Je vous recommande le dossier en annexe de cet ouvrage (p. 452-456), sur la chronologie et la bibliographie en la matière, réuni en collaboration avec Gaëlle Pichon-Meunier. Vous y trouverez des indications sur l’ampleur du domaine concerné. Qu’il me suffise ici de dire, pour mesurer la faible reconnaissance d’un rôle pourtant essentiel dans la constitution de notre patrimoine national (participant de l’identité du même nom, apparemment) et de sa conservation, qu’à leur création, on recensait environ 4000 objets classés sur tout le territoire. La seule Seine-et-Marne en compte aujourd’hui 2500, à quoi il faut ajouter en nombre au moins équivalent ceux figurant sur l’Inventaire supplémentaire, crée en 1970 - le classement, dans l’usage, concernant les éléments d’intérêt national, l’inscription se rapportant à celui local.

Il y a encore tout le patrimoine “non protégé”, qui l’est de moins en moins puisque les CAOA doivent régulièrement présenter des commissions proposant classements et inscriptions. Car bien sûr, ce qui est classé reflète un ou plutôt des goûts et des intérêts qui peuvent changer avec le temps et certains départements (comme l’Allier) ont affecté du personnel spécifiquement à cette part du patrimoine. La notion même de patrimoine a profondément évolué, et comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, l’héritage scientifique ou industriel fait désormais partie des objets susceptibles d’une mesure de protection. La tâche du CAOA ne s’arrête pas là. Il faut encore, comme pour toute fonction de ce type, faire des récolements, et concevoir tout type d’action pour la préservation de leur objet : restaurations, recherches, mise en valeur et en sécurité...

La diversité des cas (archivistes, ecclésiastiques, enseignants, tant d’autres parfois étonnants), des implications possibles, les enchevêtrements avec les autres corps de conservateurs, notamment du Service de l’Inventaire, dont certains membres sont d’ailleurs CAOA, contribuent à la faible perception d’un travail certes inégal mais pourtant essentiel et qu’il faudrait pouvoir tout simplement valoriser. Le volume, remarquable, publié à l’occasion du centenaire s’y emploie sur le plan scientifique mais témoigne aussi des occasions manquées, notamment la décentralisation, pour mettre un terme à la précarité de la fonction. J’ai retiré le même sentiment résigné de l’entretien que m’a accordé Monique Billat dont ces lignes témoignent.

La cohérence voudrait que la prise en compte dans son ensemble du patrimoine historique et artistique (“antiquités et objets d’art”) passe par la professionalisation de tous les personnels attachés à sa conservation. Ceci passe par la définition d’un statut clair impliquant, il faut le dire, une rétribution décente. Aujourd’hui, les titulaires qui en bénéficient, encore minoritaires, sont nommés par l’Etat et rémunérés par les Départements. Malheureusement, la politique actuelle de désengagement de l’Etat, les projets de réforme des collectivités territoriales et les difficiles relations entretenues par les différentes parties prenantes n’incitent guère à l’optimisme celles et ceux qui souhaitent comme moi qu’enfin, ce travail essentiel soit reconnu et soutenu.

Un ouvrage dressant un bilan de l’action de la Conservation des Antiquités et des Objets d’Art de Seine-et-Marne depuis 15 ans est en préparation et devrait paraître dans l’année. Je ne manquerai pas de vous en faire part.

S. K. Melun, avril 2010



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Retouche, août 2012.

Depuis cet article, l’ouvrage en question, auquel j’ai contribué et dont l’un des événements de l’édition 2012 du Festival d’histoire de l’art est une suite logique, a vu le jour (voir ci-contre). Un complément iconographique à mes notices est mis en ligne ici, en attendant d’y ajoindre la teneur de mes interventions et échanges, sources de nouvelles indications prometteuses.

S.K.

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