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Sylvain Kerspern - dhistoire-et-dart.com

Jacques Stella - Catalogue
France, oeuvres datées de 1647-1648

- Le Christ et La Vierge en regard, 1647. Peintures et dessin
- La mort astrologue, 1648. Dessin
- Frontispice pour le t. 3 de La perspective pratique (1648-)1649.
Catalogue : Ensemble - Les débuts de la Régence (1644-1648), mosaïque - Table Stella - Table générale
Mise en ligne le 20 octobre 2016
Les débuts de la Régence. Oeuvres datées de 1647-1648.
Le détail des références bibliographiques, en l’absence de lien vers l’ouvrage consultable en ligne, peut se trouver en cliquant sur Bibliographie.


Le Christ, salvator mundi
et
La Vierge, virgo adoranda
en regard,
1647

* Huiles sur bois.

Env. 31 x 21 cm.
Signés et datés au revers J. Stella fecit/ 1647
Christ : coll. part (2006).
Vierge : coll. part (2006).

Historiques :
Christ : Galerie Serre-Leegenhoek/ Société Labatut, 1988. Acquis à Zurich par le propriétaire.
Vierge : marché aux Puces de Saint-Ouen, 1977, acquisition par le propriétaire.


* La Vierge, virgo adoranda,
sanguine.

34,5 x 20,5 cm.
Dijon, Musée des Beaux-Arts (Alb. TH A3, f°75)

Historique :
Collection Charles Thévenot (1812-1894), pharmacien de Dijon; legs par sa veuve en 1898 au musée.

* Gravé au burin
par Antoinette Bouzonnet Stella (1641-1676).

Env. 12 x 18 cm.
Bnf, Estampes, Da 20 fol., f°54

Bibliographie :
- Mariette éd 1996, Mandroux-França, Marie-Thérèse et Préaud, Maxime, Catalogues de la collection d'estampes de Jean V, roi du Portugal par Pierre-Jean-Mariette, Lisbonne-Paris, 1996; t. II, p. 224
- Roger-Armand Weigert, Bibliothèque Nationale. Cabinet des Estampes. Inventaire du fonds français. XVIIè siècle., t. II, 1951, p. 76 n°5, p. 77, n°15-37
- Cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 173-174

Cette mise en regard, rapprochée de celles connues par le testament et inventaire de Claudine et de la gravure qu'en a tirée Antoinette, suggère, une fois de plus, une méditation du peintre pour son propre compte. La sanguine très appliquée de Dijon, aux dimensions du panneau lui-même, correspondait peut-être à un projet de gravure de plus grande ampleur. Celle d'Antoinette transforme le sujet dans le sens de la lecture donnée par Mariette (dans le ciel adorés par les anges). Elle participe d'un travail de montage dont l'amateur donne d'autres exemples, et qui appartient vraisemblablement aux premiers temps de l'atelier des Stella après la mort de l'oncle, survenue alors qu'Antoinette n'avait pas seize ans. Fut-ce pour l'édition? Si dans le cas de la petite suite de la vie de la Vierge d'après Claudine, cela semble assuré - quoique l'ouvrage n'ait pas été identifié -, cette estampe isolée, qui ne s'insère apparemment pas dans cet ensemble, n'a pas nécessairement la même destinée.

L'oncle avait, à l'origine, conçu une mise en pendant dissymétrique dans les attitudes, pour exprimer sur une trame architecturale commune, le sens de son propos. La recherche de correspondance des pilastres conduit à remarquer que le Christ est légèrement en retrait, rompant décidément tout parallélisme entre mère et fils. Sans la gravure d'Antoinette, on en viendrait à se demander si un troisième personnage ne venait pas en complément, de l'autre côté du Christ.

C'est avec un dépouillement recherchant la grandeur antique qu'il représente Jésus sauveur du monde, faisant un geste de bénédiction, en l'humble présence de Marie; si l'attitude respectueuse de cette dernière traduit bien la préséance de son fils, la canon et la noblesse de son port impose tout de même l'équivalence. Stella lui a conféré tout le raffinement et l'élégance dont il est capable pour exprimer son rôle d'intercession, la faisant légèrement s'avancer. La sobriété du décor et l'animation délicate des personnages illustrent parfaitement le registre qui est le sien, très expressif dans une grande économie de moyens. La qualité du pinceau fait le reste...

S.K., Melun, septembre 2016


La mort astrologue,
1648

Au verso : Trois figures « à la Cambiaso ».
Coll. part.


Pierre noire, plume et encre brune, lavis gris. 16,4 x 11,2.
Signé au verso à la plume : J. Stella fecit 1648; annoté à la pierre noire : Le medessin/ Mons. Renodot a loriginal de/ cette mort.

Historique :
coll. Anthony Blunt (1907-1983). John Gaskin, vente Christie's Londres, 18 avril 1989, n°86 (« the property of the late John Gaskin »); Düsseldorf, galerie C.G. Boemer (expo. 1989-1991). Coll. part

Bibliographie :
- Cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 208.
- Jacques Thuillier 2006, p. 158
- Sylvain Kerspern, En forme d'emblème. La Mort astrologue de Jacques Stella pour Théophraste Renaudot, dhistoire-et-dart.com, mise en ligne le 25 mai 2008
J'ai déjà longuement étudié ce dessin en 2008, rétablissant notamment la lecture à faire de l'annotation au dos. La référence à Théophraste Renaudot (1586-1653), voisin de Stella au Louvre à compter de cette même année 1648, vient en éclairer le sens - en même temps qu'elle souligne la sociabilité toujours grande de notre homme, prompt à visiter un nouveau venu dans son entourage.

Les deux faces de la feuille ne manquent pas d'intriguer. L'analyse des techniques m'a permis d'établir une chronologie les concernant : plume, pinceau et encre ont d'abord dessiné la composition du recto et tracé au verso la signature; plus tard, la pierre noire a esquissé au verso les figures réduites à des volumes angulaires, tracé un trait pour ensuite apposer l'annotation expliquant le recto, entre 1648 et 1653, vraisemblablement.

Que Stella soit le dessinateur ne doit pas faire de doute. Le travail combiné du lavis et de la plume, posés rapidement, avec autorité et sans s'embarrasser d'une définition claire des volumes ou de l'espace, rappelle la feuille du Louvre rattachée à l'histoire de Notre-Dame de Liesse, par exemple. Qu'il soit l'inventeur se déduit du besoin d'apposer sa signature à la plume, avant toute explication à la pierre noire. Comment croire qu'il affirme ainsi son intervention pour une simple copie, aussi singulière soit la composition? De fait, l'original doit désigner une peinture, que la feuille préparait. Ce qui suppose, soit dit en passant, que ce qualificatif désigne l'œuvre achevée plus que ce qui peut la préparer.

Pourquoi a-t-il voulu garder le souvenir du propriétaire de l'original? Sans doute en raison de liens privilégiés qui le fondent : un sujet montrant un squelette - personnification de la mort, selon moi - occupé à établir ce qui semble un thème astrologique pose question pour un médecin qui a cherché à pratiquer ses activités hors des sentiers battus, balisés par la religion. Ce qui lui a valu des inimitiés et des revers de fortune, qui pouvaient le rapprocher de Stella.

Pour Jacques, le thème de la mort devait lui rappeler, entre autres disparitions récentes, celle de son frère l'année d'avant, d'autant plus sensible que sa mère vivait au Louvre avec lui. La composition a donc chance d'être une méditation toute personnelle sur les décrets du destin, qu'il manifeste par des symboles qui sont autant de figures du disegno, dessin autant que dessein. Stella rejoint là les complexités du discours maniériste tel qu'il a pu le connaître en Toscane, notamment chez Ligozzi (1547-1627).

Le croquis à la pierre noire a quelque chose de démonstratif : il s'agit de décomposer géomériquement l'anatomie sur un modèle particulièrement connu pour Luca Cambiaso (1527-1585) (par exemple dans la Cène de Dijon). Peut-être faut-il y voir un croquis lié à l'apprentissage des Bouzonnet? Quoiqu'il en soit, l'intention n'est, pour un artiste, pas si éloignée de ce qui se voit au verso...

S.K., Melun, septembre 2016


Construction de N.-D. de Liesse. Louvre.
Frontispice pour le tome 3 de
La perspective pratique
de Jean Dubreuil, jésuite, publié en 1649
chez la veuve de François Langlois



Minerve ou la déesse des arts, accompagnée de plusieurs génies qui font des expériences d'optique et de perspective (Mariette éd. 1996, p. 230)
Dessin perdu

Gravure par François de Poilly (1623 - 1693). 21,4 x 14,3 cm. In-4°.
Lettre : TROISIEME/ ET DERNIERE/ PARTIE DE LA/ PERSPECTIVE/ PRATIQUE/ PAR UN RELIG/ IEUX DE LA COM/ PAGNIE DE IESUS (sur la tablette porté par les anges); A Paris, chez la Vesve de François Langlois dit Chartres, Rue St Iacques/ aux Colonnes d'Hercule/ avec Privilege du Roy MDCXLIX (dans la marge). Signé poilly S. (sur la contremarche, en bas à droite).

Exemplaires : Lyon, BM, rééd. chez Jean Dupuis (1666); Paris, BnF; Vienne, BN...

Bibliographie :
- Mariette éd 1996, Mandroux-França, Marie-Thérèse et Préaud, Maxime, Catalogues de la collection d'estampes de Jean V, roi du Portugal par Pierre-Jean-Mariette, Lisbonne-Paris, 1996; t. II, p. 230
- José Lothe, L'œuvre gravé de François et Nicolas de Poilly d'Abbeville, graveurs parisiens du XVIIè siècle, Paris, 1994, p. 60-61, n°30.
- Isabelle de Conihout in Cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 39, 41
Il s'agit du troisième et dernier tome de l'ouvrage de Jean Dubreuil, dont il a déjà été question par ailleurs. Le privilège du roi pour les deux derniers tomes est pris par Langlois le 7 juillet 1645; la permission des Jésuites date du 18 juillet 1646. Ce volume est achevé d'imprimer le 20 octobre 1648. Selon José Lothe, Poilly part pour Rome cette année-là. On peut donc, sans risque de se tromper, situer ce frontispice en 1648, malgré la date de 1649 dans la marge.

La composition de Stella semble tirée d'une remarque faite par l'auteur dans son Avis au lecteur :
« Si après cette grande facilité, on trouve des Peintres ignorants de ce qui est nécessaire en leur art, il faut les tenir pour des paresseux & négligents d'apprendre, puisque cette science est si aisée maintenant, que des enfants se sont rendus sçavants en perspective, suivant les principes de la Première Partie... »
Est-ce une coïncidence? C'est vers ce temps que Stella, ayant dessiné tout un ensemble de Jeux et plaisirs de l'enfance, en confie la gravure à Poilly et Couvay, selon Mariette qui situe ce qu'ils avaient commencé de graver au moment de leurs illustrations pour l'histoire de Notre-Dame de Liesse. Notre graveur avait réalisé deux sujets sans doute avant de partir pour Rome, dont Le volant (ci-contre, exemplaire de la Bibliothèque Municipale de Lyon). Faut-il alors s'étonner de voir en tête de l'ouvrage un bandeau déjà rencontré dans les ouvrages de l'Imprimerie Royale, que Mariette nous dit gravé par Jean Couvay (ci-dessous)?

Stella est évidemment à son aise dans ce registre. Il évoque volontiers les applications de la perspective aux illusions d'optique, certains petits génies visant dans un oeilleton pour s'y soumettre, d'autres utilisant un instrument servant à décrypter une anamorphose. Il s'amuse à troubler le regard du spectateur qui peine à situer dans l'espace la tablette portant le titre. Parmi eux, Minerve, soigneusement drapée, nous regarde d'un air vaguement souriant. Son canon allongé, comme le traitement anatomique des enfants, participent des recherches toujours plus sculpturales et élégantes propres à cette période. L'image figure certainement parmi les chefs-d'oeuvre dans le genre produits par Stella.

S.K., Melun, septembre 2016
Table générale - Table Stella - Catalogue Jacques Stella : Ensemble - Les débuts de la Régence (1644-1648), mosaïque
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