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François Stella le père

(de Jacques)

par les documents.



Mise en ligne le 25 janvier 2019


Le travail que je consacre à Jacques Stella et que je mets actuellement en ligne sur ce site se ramifie volontiers vers d'autres membres de la famille. L'une des études qui en découlent et qui sera mise prochainement en ligne doit remonter le temps jusqu'aux origines avancées par Mariette et Félibien. Je souhaite ici asseoir les éléments biographiques du père de Jacques, en rectifiant des erreurs communes de sa biographie et en apportant de nouvelles informations issues du dépouillement d'archives.
Les informations des auteurs anciens : van Mander

Karel van Mander est le premier auteur à mentionner François Stella - qu'il appelle Stellaert -, et de son vivant, en 1604. Il le dit « excellent paysagiste et dessinateur, non moins habile peintre de figures que de compositions et de portraits (...) dont j'ignore le lieu et la date de naissance ». Mariette semblait douter de ces talents, lui qui passa par Lyon en 1720... mais pour une fois avait tort.

En effet, la première trace conservée de l'art du père de Jacques tient aux feuilles montrant des vues de Rome datées de 1586-1587 et qui sont au Louvre. L'une d'elles porte une inscription qui attribue formellement le dessin à « M. françois Stella ». Je suis enclin à suivre J.J.L. Whiteley (1991) qui lui rend l'ensemble des dessins sous ce nom au Louvre alors que Vallery-Radot (1962) suivi par Gilles Chomer (1987) avaient cru pouvoir en distraire la plupart au profit d'Étienne Martellange - qui n'a que 17 ans en 1586-1587. Whiteley y ajoute d'autres feuilles à l'Ashmolean Museum dont des vues de Lyon, l'une d'elles étant datée de 1588, qui situerait l'installation de François à Lyon. Une autre encore doit restituer sa participation au feu de joie donné en l'honneur de la paix de Vervins, que le peintre conduit avec ses confrères Jean Maignan et Jean Perrissin au cours de l'été 1598. Dans le document qui en témoigne (Lyon, Arch. Mun., BB135, f°90, ci-dessous), son nom est orthographié Stellard, confirmant implicitement le nom donné par van Mander, peut-être diffusé à partir de la communauté flamande de Lyon à laquelle il s'était intégré en épousant la fille de Jean Lievin Vandermere.



Les feuilles romaines montrent un artiste cherchant les effets pittoresques par les lavis et rehauts suivant une poétique des ruines et l'évocation des éléments prisée de ses compatriotes séjournant dans la Ville Éternelle; celles lyonnaises, sur un mode descriptif, laisse une plus grand part aux contours dans la restitution des vues urbaines, sans toutefois aller jusqu'à renoncer à l'ellipse du trait ni aux suggestions par les contrastes des plages encrées. Comme Whiteley le remarque, le style des vues lyonnaises se retrouve, avec une moindre assurance, dans les nombreux relevés faits ensuite par Étienne Martellange, qui pourrait avoir complété sa formation de dessinateur et peintre auprès de François vers ses vingt ans.

Vue de la cascade de Tivoli, 1587, Louvre

Vues panoramiques de Lyon, 1588, Ashmolean Museum, Oxford.
Feu de Joie à Lyon pour la Paix de Vervins, 1598, Ashmolean Museum, Oxford.
Les informations des auteurs anciens : Félibien

Dans sa vie de Jacques, Félibien donne des précisions sur son père, sans doute glanées auprès de la famille de l'ami de Poussin. Il le dit mort en 1605 à 42 ans, suggérant qu'il soit né en 1563. Il dénombre quatre garçons et deux filles, n'omettant que Claudine, née en 1595 et sans doute morte jeune. Il me semble utile de donner ici les baptistaires consultables en ligne, malgré leur dispersion dans les différents registres de la paroisse Saint-Nizier où François Stella s'était installé, en précisant notamment la date de Pierre, frère aîné de Jacques précocément disparu comme son cadet Jean-Baptiste. Notons au passage que le parrain de Madeleine (future mère des Bouzonnet Stella) est le peintre Jacques Maur(r)y, que Claudine de Masso épousera en seconde noce après 1619 (année de la mort de sa propre femme). On ne peut que constater la fiabilité de la source d'informations de Félibien, et je suis tenté, désormais, d'envisager qu'il ait pris contact, pour ses Entretiens, non seulement au temps des Bouzonnet, mais vraisemblablement alors que Claudine de Masso, qui était la plus à même de donner ces détails sur ses propres enfants, était encore vivante, soit avant août 1660, la mère de Jacques étant inhumé le 1er septembre (Herluison 1873, p. 416).
Exceptionnellement, puisqu'il ne s'agit que d'actes d'état-civil courts, j'ai cherché la plus grande fidélité au texte. En temps normal, je modernise volontiers orthographe et syntaxe pour en faciliter la lecture.

Fonds accessible en ligne ici


Pierre : « Led. jour (31 décembre 1593) j ay baptise Pierre fils de Francois Stellar me paintre et de Claude de Massols sa femme son parrain (mot barré) Pierre Demassols greffier (?) et sa marrayne dame Jehanne Demassols »

Lyon, Arch. Mun. 1GG8 (vue 26 en ligne)


Claudine : « Led. jour (25 avril 1595) jay baptise Claudine fille de Francois (mot barré) Stellas me paintre a Lyon et de Claude de Masson sa femme son parrain Hanry Megret orffevre et sa marraine dame Claudine Megret »

Lyon, Arch. Mun. 1GG5 (vue 206 en ligne)

« Led. jour (25 avril 1595) jay baptise Claudine fille de Francois Stella me paintre a Lyon et de Claude de Masso sa femme son parrain honorable Hanry Megret marchant orphevre aud. Lyon et ses marraines dames Claudine Megret et Jeanne Mathillon a Conffort en la maison de feu Jehan Levyn »

Lyon, Arch. Mun. 1GG7 (vue 91 en ligne)




Jacques : « Led. jour (29 septembre 1596) jay baptise Jacques fils de Francois Stella marchant paintre et de Claudine de Masso sa femme demeurant vers Confort Son parrain Jacques Vandermore dict Lievin Ses marraines Jehanne Mathillion et Anne Mathillion »

Lyon, Arch. Mun. 1GG9 (vue 79 en ligne)


Jean(-Baptiste) : « Led. jour (29 octobre 1598) jay baptise Jehan Baptte fils de Francois Stella marchant painctre et de Claudine de Masso sa femme demeurant en la place de Confort chez Jehan Lievin Son parrain Jehan Magniand me peintre aud. Lyon Ses marraines dame Marguerite Darut et Anthoinette Charrettier »

Lyon, Arch. Mun. 1GG9 (vue 122 en ligne)


Madeleine : « Le 4 e dud. moys (4 janvier 1601) jay baptise Magdellaine fille de hon. homme Francoys Stella me paintre a Lyon et de Claudine de Masso sa femme demeurant en la plasse de Confort Son parrain hon. homme Jacques Maurry aussy me peintre aud. Lyon Sa marraine dame Magdellaine Boucher »

Lyon, Arch. Mun. 1GG11 (vue 136 en ligne)


François : « Led. jour (24 août 1603) jay baptise François fils d'hon. homme Francoys Stella me peintre et de dame Claudine de Masson sa femme Parrain noble François Clapisson procureur du Roy en la Senechaussee et Siege Presidial de Lyon et seigneur de La Duchere et Marreyne damoyselle Sibille Lescuier »

Lyon, Arch. Mun. 1GG13 (vue 22 en ligne)


Françoise : « Led. jour (2 mai 1606) jay baptise Francoise fille de feu Francoys Stella vivant me peintre et de dame Claudine de Masso sa femme Parrain hon. homme me Jehan Guillemont (?) procureur es cours de Lyon et sa Marreyne dame Francoyse Trie »

Lyon, Arch. Mun. 1GG13 (vue 187 en ligne)


La consultation des registres fait rencontrer nombre d'ouvriers de la soie. Ils firent appel à François pour décorer leur chapelle de l'église des Cordeliers, pour un Saint Roch et un Saint Sébastien. On trouve également dans la paroisse de la place Confort, qu'il a dessiné (Ashmolean Museum, ci-contre), des tireurs ou batteurs d'or, et alors durent se tisser des liens qui permirent à Jacques, de retour de son long séjour transalpin, de peindre un Saint Éloi pour leur chapelle du couvent des Dominicains de Lyon. Le remariage de Claudine avec Jacques Maurry suggère d'ailleurs qu'elle était restée dans le quartier après la mort de son mari.
Biographie expresse

Van Mander avoue ne savoir ni où ni quand François est né. Félibien suggère pour année de naissance 1563 - rendant peu crédible l'affirmation de Pernetti qui le dit à Rome en 1576, sauf coquille pour 1586. Donner Malines pour lieu de naissance est une surinterprétation du fait que son père avait, selon Félibien, longuement demeuré dans cette ville. Je reviendrai sur ce point dans l'étude annoncée plus haut. L'origine flamande est tout de même affirmée dans la signature du tableau d'Oberdorf, L'assomption (1604) pour Merry de Vic. On peut ainsi esquisser une petite biographie.

François, fils du peintre Jean, est né en Flandres vers 1563. Il se rend en Italie, séjournant à Rome en 1586-1587. Au retour, il s'arrête à Lyon où il épouse une fille du peintre Jean Liévin Vandermere (mort en 1595); puis Claudine de Masso, union ayant donné 7 enfants dont les peintres Jacques (1596) et François (1603), ainsi que Madeleine (1601), qui épousera Étienne Bouzonnet, parents des Bouzonnet Stella. François s'est parfaitement intégré au milieu artistique lyonnais, dont il est maître du métier en 1602. Il participe aux décorations de la ville pour la Paix de Vervins (1598) et pour l'Entrée d'Henri IV. Il peint de nombreuses compositions pour les églises et couvents de Lyon, en particulier pour les Cordeliers, qui en sont si satisfaits qu'ils lui accordent sépulture dans leur église. Son réseau et sa réputation le font rayonner jusqu'en Provence et en Suisse. Il meurt le 26 octobre 1605 en pleine activité.

S.K., Melun février 2019


Bibliographie :

Jean de Bombourg, Recherche curieuse de la vie de Raphael Sansio d'Urbin, de ses oeuvres, Lyon, 1675, pp. 99-100.

Dominique de Colonia, Antiquitez de la Ville de Lyon, Lyon, 1701, p. 159.

Jacques Pernetti, Recherches pour servir à l'histoire de Lyon, Lyon, 1757, II, pp. 24-27.

Marius Audin et Eugène Vial, Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art du Lyonnais, Paris, 1918, II, pp. 240.

Jean Vallery-Radot, « Le séjour de Martellange à Rome en 1586-1587 », La Revue du Louvre, 1962, pp. 205-216.

Henry Hours, «François Stella I. Une oeuvre retrouvée, l’Assomption d’Oberdorf et essai de catalogue critique», Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, 1974, 1975, p. 7-16

Gilles Chomer, notice sur François Stella, cat. expo. La peinture en Provence au XVIè siècle (Marie-Paule Leonelli et Hélène Pichou dir.), Marseille, pp. 167-173.

J. J. L. Whiteley, « Architectural Views by Etienne Martellange and François Stella », Master Drawings, Vol. 33, No. 4 (Winter, 1995), pp. 367-387.

Mickaël Szanto, « Repères biographiques (de Jacques Stella) », cat. expo. Jacques Stella (Sylvain Laveissière, dir.), Lyon-Toulouse, p. 43.

Adriana Sénard, « Étienne Martellange : un architecte de la Compagnie de Jésus en France au XVIIè siècle », La arquitectura jesuítica. Actas del Simposio Internacional, Zaragoza, 9, 10 y 11 de diciembre de 2010, 2012, pp. 212-237.

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