Sylvain Kerspern - dhistoire-et-dart.com
JACQUES STELLA, CATALOGUE
Entre Rome, Madrid, Lyon et Paris (1633-1635)


Sommaire de la rubrique Stella - Table générale

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Début de mise en ligne, mai 2016
Entre Rome, Madrid, Lyon et Paris : préambule.
Sa lettre à François Langlois, son ami éditeur et marchand, nous informe dès février 1633 de son intention de quitter Rome. C'est aussi l'année au cours de laquelle Stella signe et date son autoportrait en miniature aujourd'hui au Patrimonio Nacional espagnol : voilà qui confirme les propos de Félibien selon lesquels il avait pris la résolution de céder aux demandes du roi d'Espagne. En janvier 1635, il est à Lyon pour assister sa soeur dans son mariage avec Étienne Bouzonnet, et il y est encore en juin (Chomer 1980).

Entre-temps, il semble avoir été rattrapé par les enjeux internationaux. Il est emprisonné au prétexte de quelque amourette entre la mi-août (selon un paiement Barberini) et la fin de l'année, selon l'Allégorie Borghese évoquant la mort du cardinal Scipion le 2 octobre mais daté de l'année. Il en sort pour préparer son départ dans les bagages de l'ambassadeur du roi de France venu s'entretenir avec le pape des prémisses de la guerre ouverte avec l'Espagne : autant dire qu'il renonce aux espoirs madrilènes, y compris au travers d'une opportunité milanaise, sur le chemin du retour en France. Pourtant, il ne « rentre » pas à Paris, d'où il ne venait pas. Il rejoint sa ville natale, Lyon, où il reste au moins six mois. Je le redis : s'il se rend dans la capitale française, c'est sans doute fort de recommandations mises en balance de l'invitation espagnole.

Tout ceci dut perturber sa production, encore soutenue en oeuvres datées en 1633, inexistante pour 1634, et qui reprend en 1635 avec la première oeuvre française repérée, qui le voit renouer avec de plus grands formats. Nous verrons enfin que les oeuvres de 1633 sont particulièrement marquées par les temps mouvementés subis par l'artiste.

Sylvain Kerspern, Melun, avril 2016

Oeuvres datées de 1633-1635.

Oeuvres datables de 1633-1635.
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MENTIONS ANCIENNES
FÉLIBIEN/MARIETTE
« Pendant le peu de temps qu’il fut en prison, il fit, pour se désennuyer, avec un charbon, & contre le mur d’une chambre, l’Image de la Vierge tenant son fils, laquelle fut trouvée si belle que le Cardinal François Barberin alla exprès la voir. Il n’y a pas longtemps qu’elle étoit encore dans le même lieu, & une lampe allumée au-devant : les prisonniers y vont faire leurs prières. » Félibien avait pu voir cette Vierge, mais le témoignage invoqué pourrait plutôt émaner d'Antoine Bouzonnet. Il y a fort peu de chances qu'on en conserve quelque autre trace que ce soit.
ARCHIVES BARBERINI

(Oskar Pollak, Die Kunsttätigkeit unter Urban VIII, Vienne, 1927-1931, t. I; Marilyn Aronberg Lavin, Seventeenth-Century Barberini Documents and Inventories of Art, New York, 1975; Jacques Bousquet 1980. Mickaël Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p. 44-45)

- une Vierge tenant son fils dans ses bras sur pierre de parangon octogonale et un Christ conduit devant Pilate sur pierre de parangon, objets d'un versement Barberini le 14 juin 1633 de 16 et 40 écus (cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p. 45).
Cette mention est la plus ancienne d'une Vierge sur pierre, dont Stella se fera rapidement une spécialité.
- une Vierge avec sainte Catherine sur lapis-lazuli « fatto del Stella », mesurant trois/quarts de palme (env. 18 cm.) est envoyée en Angleterre par les Barberini le 30 mars 1635 (cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p.45).
S'il s'agit d'un Mariage mystique de sainte Catherine, il ne se confond pas avec celui sur cuivre objet du réglement de 1632.
INVENTAIRE GIUSTINIANI, mai 1638

(Luigi Salerno, « The Picture Gallery of Vincenzo Giustiniani - II: The Inventory, Part 1 », Burlington Magazine, 102 (1960), n°86-87 pp. 97)

- « Due quadretti piccioli in pietra alti palmi 1 et un quarto e larg. 1 et 3 quarti in circa (env. 31 x 43 cm), con L'historia dell'Angelo et Tobia, l'altro di S. Gio. Battista, che da il Battesimo a Christo, si crede di mano di Monsù Stella francese, con cornice dorata ».
Le marquis Vincenzo Giustiniani est l'un des plus importants mécènes et collectionneurs italiens du début du XVIIé siècle, commanditaire du Caravage, notamment. Il semble s'agir, dans le cas de Stella, de pendants dans sa spécialité, peut-être d'une commande, de fait.
INVENTAIRE CRÉQUY, FÉVRIER 1638

(Jean-Claude Boyer and Isabelle Volf, « Rome à Paris: les tableaux du marechal de Créqui (1638) », Revue de l'Art, 79 (1988), pp. 28, 30-31)

- « Item un tableau sur thoille où est peint une Diane par Stella » (50 l.). »
- « Item un autre petit tableau sur pierre où est représenté une Vierge de Stella sans bordure, prisé 30 livres »
- « Item un autre petit tableau de mesme main sur pierre avec sa bordure de bois noir, prisé ... 36 livres »
- « Item un petit tableau où est représenté un Paysage de la Vierge qui va en Egypte dont les figures sont de Stella avec sa bordure d'ebeine, prisé ... 40 livres »
- « Item un petit tableau sur pierre où est représenté Judicq par Stella prisé ... 30 livres »
- « Item une Salutation angélique de Stella sur pierre prisé ... 15 livres »
- « Item une petite Venus couchée de Stella prisée ... 24 livres »
Le retour de Stella s'est fait en compagnie du maréchal de Créquy, rentrant de son ambassade. Il en quitte le cortège pour rejoindre Milan, puis Lyon, où il séjourne jusqu'au début de l'été 1635 au moins, date à laquelle Créquy est reparti à la tête de l'armée d'Italie. L'acquisition ou la commande des peintures de Stella ne peut guère prendre place qu'en 1633-1634. L'ensemble frappe par l'importance de la figure féminine, religieuse ou profane. Fait remarquable au lendemain de la « fascheuse affaire » au prétexte de quelque amourette...
Saint Éloi, dans la chapelle des Tireurs et Batteurs d'or dans le couvent de Saint-Dominique (Jacobins) de Lyon, 1635

(en dernier lieu, Gilles Chomer, «Jacques Stella, Pictor Lugdunensis», La revue de l’art, n°47, p. 85-89; Benoît Faure-Jarrosson, « Saint Éloi, tableau disparu de Jacques Stella », Lettre de la société d'histoire de Lyon, 2015-3, p. 5-7)

« Je soussigné et confesse avoir reçu de Monsieur Juserant, Marchand tireur d'or, la somme de cent-cinquante livres pour avoir faict un tableau peint de l'image de st Eloy situé dans leur chapelle de Messieurs les Tireurs d'or et batteurs d'or qui est dans le couvant de St Dominique de cette ville de Lyon et faisant foy comme je me contente. J'ai fait la présente ce 10 avril 1635 - je dit - 150#.
JStella
»

« Saint Eloy assis et entouré de plusieurs petits anges »
André Clapasson, Description de la ville de Lyon..., Lyon, 1741, p. 44.

Benoît Faure-Jarrosson a retrouvé un précieux document permettant de dater formellement de 1635 la commande des tireurs et batteurs d'or de Lyon, dont le tableau est malheureusement perdu depuis la Révolution. Il conduit à écarter tout rapprochement avec le dessin du Louvre (ci-contre; Inv. 32888) dont l'iconographie est très proche mais le style peu compatible avec une datation si précoce.

Il faut rappeler que cette même année, Jacques assiste au mariage de sa soeur Madeleine avec l'orfèvre Étienne Bouzonnet, dont le métier avait le même saint patron. Par ailleurs, la rencontre avec les tireurs et batteurs d'or est peut-être cause de ces supports curieux mentionnés dans l'inventaire de sa nièce Claudine - fille d'Étienne - : toile d'or, moire d'or, d'argent ou blanc, etc. Il s'agissait d'un artisanat propre à la ville, remarqué par le voyageur de la Roque (Voyage d'un amateur des arts en Flandre, dans les Pays-Bas, en Hollande, en France, en Savoye, en Italie, en Suisse, fait dans les années 1775-76-77-78, p. 275 et 277). Ces peintures témoignent de cette curiosité de l'artiste, prêt à de nouvelles expériences, de nouveaux apprentissages, lorsque l'occasion s'en présente, même à presque quarante ans.
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