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Les Stella
Catalogue de l'œuvre de Jacques Stella : Ensemble - La Fronde (1649-1651), mosaïque
Actions prises sur le naturel,

dit aussi

« dessins de genre »

(Genre drawings)

de Jacques Stella

Mise en ligne en mai 2023

Il revient à Gail S. Davidson (1975) d'avoir réuni un premier ensemble de feuilles montrant des études de personnages qu'elle a qualifié de « genre drawings ». Elles sont caractérisées par le sujet, hommes ou femmes avec ou sans enfant, en action ou au repos, le format en largeur, haut d'environ 17 cm sur 24 de large, et la technique associant mine de plomb ou crayon noir, plume et lavis. Tout aussi remarquable est le rapprochement qu'elle fait avec les mentions par Bénard (1810) de dessins dans la collection Paignon-Dijonval, pour la quasi-totalité sous le nom d'Antoine Bouzonnet Stella. Une première caractérisation du style de ce dernier, confirmée depuis par l'étude que j'ai consacrée au neveu, et le rapprochement de la vieille femme lisant avec le portrait que Jacques fit de sa mère, la conduisirent à les rendre à l'oncle, donnant ainsi une assiette ferme à un ensemble qu'on soupçonnait à peine de sa part.

Mine de plomb, plume et lavis. 17 x 24,6 cm.
Oxford, Ashmolean Museum (WA1949.216)
Les mentions de la collection Gilbert Paignon-Dijonval (1708-1792) puis Charles-Gilbert Terray Morel de Vindé (1759-1842) dans le catalogue de Bénard, 1810.
[Jacques Stella] 2578. Un aveugle jouant du violon (ou plutôt de la lira da braccio) : d. à la plume lavé de bistre sur papier blanc; h. 8 po. l. 5 po. (20,3 x 12,7 cm env.)

22,5 x 14,3 cm. Annoté à la plume au verso en bas à gauche B. Stella 2578 (seul le B à la plume clairement lisible) et à droite, en plus petit B. Stella 2578 (chiffres partiellement effacés) et autres inscriptions (n° au tampon 0431); et, au crayon, rapprochement avec la mention de Paignon-Dijonval dans la monographie de Jacques Thuillier de 2006).

Historique : Vente Ader 20 mars 2023, n°40.
[Antoine B. Stella] 2816. Deux dessins; [a] Hommes jouant aux cartes; [b] Autres jouant aux dés : d. à la mine de plomb et encre de la Chine; l. 9 po. sur 6 po. (15,2 x 23 cm env.)

[a] Mine de plomb et lavis gris. 17,1 x 25,2 cm. Numéroté en rouge en haut à gauche 20. Au verso, en bas à gauche Stella 2816. Marque de la coll. Reitlinger en haut à droite (L. 2274a). Harvard Art Museums/Fogg Museum, Gift of Agnes Mongan (1974.20)
Historique : Coll. H.S. Reitlinger (1882-1950). Don Agnes Mongan en 1974 au Fogg Art Museum.

[b] Mine de plomb et lavis gris. 15,8 x 24,3 cm. Au verso, en bas à gauche Stella 2816. New York, coll. Wolf (en 1975)
Historique [b] : Mentionné par Pierre Rosenberg en 1972 et Gail S. Davidson en 1975 dans la collection Wolf.
[Antoine B. Stella] 2817. Deux compositions différentes de Maréchaux ferrant un cheval : bons dessins à la plume lavés d'encre; l. 9 po. h. 6 po. (15,2 x 23 cm. env.)

[a] Dimensions inconnues. France, coll. part. (en 1999)

[b] Perdu.
perdu [Antoine B. Stella] 2818 Un berger, un joueur de vielle et un jour de triangle : croquis à la pierre noire lavé d'encre sur papier blanc; l. 9 po. sur 7 po. (17,8 x 23 cm env.)

Perdu
[b]perdu
[Antoine B. Stella] 2820. Deux dessins; Un vieux soldat assis et fumant et un vieux soldat assis et s'ennuyant : d. à la mine de plomb lavé d'encre sur papier blanc; l. 9 po. h. 6 po. (15,2 x 23 cm. env.)

Mine de plomb et lavis gris. 16,8 x 24,6 cm. En bas à droite Stella. New York, coll. Wolf (en 1975)
Historique [b] : Mentionné par Gail S. Davidson en 1975 dans la collection Wolf.
Nota : La description mentionne deux dessins dont les sujets sont réunis dans la feuille Wolf. Y-eut-il deux feuilles sur le même sujet ou Bénard voulait-il ainsi distinguer les deux techniques différenciant les deux motifs?
[a]perdu [Antoine B. Stella] 2821. Deux dessins; Des ouvriers chargeant des pierres sur des voitures : d. à la plume lavé d'encre sur papier blanc; l. 9 po. h. 6 po. (15,2 x 23 cm. env.)

Historique [a] : Coll. Jules/Jean-Marc Dupan (1785-1838), Genève (selon Chennevières); coll. Philippe de Chennevières (1820-1899). Localisation actuelle inconnue (perdu?)
[b]perdu [b]perdu
[Antoine B. Stella] 2822. Deux dessins; Des hommes levant des pierres avec des leviers : d. à la plume lavés d'encre; l. 9 po. h. 6 po. (15,2 x 23 cm. env.)

[a] Pierre noire, plume et encre brune, lavis gris. 16,5 x 25,4 cm. Monogrammé JS sur le bloc de pierre. Annoté en bas à droite à la plume Stella; au verso B. Stella (?). Metropolitan Museum
Historique : acquis de P. & D. Colnaghi & Co par le Rogers Fund, 1962.

[b] perdu?
Nota : La description mentionne deux dessins. Y-eut-il vraiment deux feuilles sur le même sujet ou s'agit-il d'une erreur de transcription?
[a]perdu [Antoine B. Stella] 2823. Des femmes de mendians nettoyant leurs enfans; des femmes du peuple disputant ensemble : croquis lavé d'encre; l. 9 po. h. 6 po. (15,2 x 23 cm. env.)

[a] perdu (ou dessin de l'Albertina)?

[b] Pierre noire, plume et lavis gris. 16,7 x 24,1 cm. Annoté au verso Stella x 10/N°2816 selon le catalogue de la vente Christie's de 1983. Collection particulière en 2006. Localisation inconnue.
Historique : Vente Christie's « Dino » Londres 5 juillet 1983 lot 16. Coll. John & Alice Steiner en 1986.
Bibliographie : Old master drawings from the collection of J. & A. Steiner, New Haven et autres lieux, 1986, n°58.

Nota : Point de mention de deux dessins, cette fois, mais deux sujets, apparemment, et la feuille Steiner ne correspond qu'au second.
[b]perdu
[a]perdu? [Antoine B. Stella] 2824. Une vieille femme dévidant. Une vieille femme lisant près de son mari endormi : d. à la mine de plomb lavés d'encre; l. 9 po. h. 6 po. (15,2 x 23 cm. env.)

[a] perdu?

[b] Mine de plomb, plume et lavis, annotée Stella (en bas à droite). 17 x 24,7 cm.
Oxford, Ashmolean Museum (WA1949.216)

Historique : Acquis par l'Ashmolean Museum en 1949.


Dessins isolés.
Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Acquis par Albert, duc de Saxe-Teschen (1738-1822). Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Collection Philippe de Chennevières (1820-1899); sa vente, Paris, 4-7 avril 1900, sans doute partie du lot 476; acquis par le professeur Henry Johnson. Acquis par le Bowdoin College de Brunswick en 1930.
Trois femmes assises tenant chacune un enfant, et un homme assis auprès d'elles.


Mine de plomb et lavis gris. 16,2 x 24,8 cm. Annoté en bas à droite Guido Reni. Marque de la coll. Herzog Albert von Sachsen-Teschen (Lugt 174) en bas à droite. Albertina (2247)

Deux femmes et trois enfants


Pierre noire et lavis brun (bistre). 16,5 x 23,8 cm. Inscrit en bas à gauche Rembrandt, proche de la marque de Philippe de Chennevières (1820-1899) (Lugt 2072). Brunswick (USA), Bowdoin College (1930.187)

Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Samuel Woodburn (1783-1853), London. Paul J. Haldeman (mort en 2002), Brookline; don au Harvard Art Museum en 2002. Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Coll. H.S. Reitlinger (1882-1950). Vente Christie's Londres 17 décembre 1998, lot 143. Coll. part.

Nota : Pourrait être le compagnon du n°2820[a] de la collection Paignon-Dijonval.
Trois soldats au repos.


Pierre noire et lavis gris. 17,4 x 24,1 cm. Harvard Art Museums/Fogg Museum, Gift of Paul J. Haldeman (2002.95.43)

Un soldat allongé avec épée et fusil


Pierre noire et lavis. 16,9 x 24,1 cm. Annoté en bas à droite Stella. Coll. part.

Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Vente Tajan Drouot 6 juillet 2001, lot 87 (Claudine Bouzonnet Stella). Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Acquis des libraires Willis et Sotheran en 1859 par le British Museum.
Deux relieuses, un petit chien et une joueuse d'épinettes.


Plume et encre brune et lavis gris. 16,2 x 24,5 cm. Localisation actuelle inconnue.

Deux femmes agenouillées jouant avec leur enfant, une vieille femme et un homme le visage dans les mains assis.


Plume et lavis. 15,5 x 24,3 cm. Annoté en rouge en haut à gauche 192. British Museum (1859,0514.225).

Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Coll. part.
Un vieil homme debout devant une femme assise tenant son enfant.


Mine de plomb, plume et encre brune et lavis gris. 11,2 x 9,1 cm. Coll. part. Dans un montage avec La Sapientia et une Étude de femme pour Achille à Scyros. Coll. part.

Deux femmes, l'une tenant un plat, l'autre une clef (?).


Plume et lavis. 11,2 x 9,1 cm. Verso du précédent.

Historique : Fonds Stella, coll. Claudine Bouzonnet Stella; inventaire 1693, partie du legs à Simon de Masso; par descendance, Pierre de Masso (1728-1787)? Pratt Institute, Brooklyn, New York; Don Pedro Alcántara de Borbón y Borbón, Duke of Dúrcal, sa vente, 10 avril 1889 (comme Salvator Rosa). Acquis par le Met sur les fonds Pfeiffer en 1964. Actuellement comme anonyme napolitain du XVIIe s.
Un homme pêchant auprès d'un autre assoupi.


Plume et encre brune et lavis brun. 9,9 x 16,3 cm. Annoté en haut à droite S. Rosa #356, from Durcal collection as S. Rosa. Metropolitan Museum (64.136.6), Pfeiffer Fund, 1964.

Bibliographie :
* (Claudine Bouzonnet Stella) «Testament et inventaire (...) de Claudine Bouzonnet Stella», publiés par J-J. Guiffrey, Nouvelles archives de l’Art Français, 1877, p. 54
* M. Bénard, Cabinet de M. Paignon Dijonval, Paris, 1810, p. 114, n°2578, 123.
* Philippe de Chennevières, « Une collection de dessins français », L'artiste, 1899, p. 260
* Pierre Rosenberg, catalogue de l'exposition French Master Drawings of the 17th & 18th Centuries in North American Collections / Dessins français du 17ème & du 18ème siècles des collections américaines, London, 1972-1973, p. 213-214.
* Gail S. Davidson, «Some genre drawings by Jacques Stella. Notes on an attribution», Master drawings, 1975, vol. 13, nr 2, p. 147-157.
* Sylvain Kerspern, «Antoine Bouzonnet Stella peintre (1637-1682). Essai de catalogue», Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, 1988, 1989, p. 33-54.
* Gilles Chomer, «Jacques Stella : dessins préparatoires», colloque Rencontres de l’École du Louvre. Dessins français aux XVIIè et XVIIIè siècles, 24-25 juin 1999, 2003, p. 190.
* Sylvain Laveissière in cat. expo. Jacques Stella (1596-1657), Lyon-Toulouse, 2006-2007, p. 207-213, cat. 127-129.
* Jacques Thuillier, Jacques Stella, Metz, 2006, p. 263-269.
* Sylvain Kerspern, « Catalogue en ligne de l'œuvre de Jacques Stella, notice du Portrait de Claudine de Masso, 1654 », dhistoire-et-dart.com, mise en ligne en janvier 2017
Iconographie.

Parmi les recueils de dessin qu'elle conserve à sa mort, Claudine inventorie (sous le n°11) un « livre de dix pouces [25 cm environ] de long relié en travers comme un livre de musique (...) dans lequel [sont] reliées des feuilles de papier blanc, desquelles il y en a soixante quatre, sur lesquelles sont dessinées de la main de mon oncle diverses actions de figures prises sur le naturel (...) ». Les feuilles réunies par Gail Davidson et qui passent par la collection Paignon-Dijonval en proviennent certainement selon le format donné. D'autres feuilles s'y sont agrégées, pareillement dessinées en travers, ce qui n'est pas le cas du « Violoniste » qui vient d'apparaître (ci-contre) : la feuille, d'un format un peu différent et dont le motif est dans la hauteur, pourrait provenir d'un autre livre. Pour cette raison, peut-être, Bénard le distingue des autres, qu'il attribue à Antoine Bouzonnet, en préférant le donner à l'oncle - malgré les inscriptions à la plume au dos (ci-dessous).

D'autres dessins ci-dessus ont vraisemblablement été découpés, ce qui rend difficile toute identification avec une mention de l'inventaire. Actions prises sur le naturel me semble une dénomination plus juste que « dessins de genre ». S'il s'agit bien de représenter la vie de gens ordinaires, seul le joueur de lira da braccio et les femmes se disputant, voire les pêcheurs du Metropolitan Museum (ici attribués à Stella) montrent de véritables tranches de vie. Les autres dessins mettent en scène des actions à peu près atemporelles, quelque soit le costume. Ils sont autant regard sur les contemporains que démonstrations techniques dans le recours combiné du trait, mine de plomb, pierre noire ou plume et encre, et du lavis.

L'aveugle à la lira da braccio.
Plume et lavis. 22,5 x 14,3 cm.
Vente Ader 20 mars 2023, n°40.
Intention et datation(s).

Pour autant, puisque l'album numéroté 11 de l'inventaire de Claudine paraît le seul susceptible de correspondre à certains dessins présentés ici pour être dans le format requis, l'intitulé a un caractère générique. Les feuilles en question semblent plus composées que prises sur le vif. L'impression est comme renforcée par la mise en regard du dessin du British Museum et la Sainte famille aux langes de Toulouse, pour le rapprochement des femmes avec enfant se levant du berceau, voire des poses de la vieille femme et de Joseph (ci-contre).

L'histoire se répète à propos de la feuille montrant deux relieuses et une joueuse d'épinette, accompagnées d'un chien. La jeune fille du milieu semble bien avoir servi à l'une des couturières accompagnant dans sa tâche la Vierge dans le Temple du dessin de la Vie de la Vierge. On voit par là que ce petit livre transcrivant d'éventuelles notations du spectacle alentour pouvait servir à nourrir l'art exprimé publiquement dans ses peintures. Nous sommes là, assurément, au cœur d'un des ressorts essentiels de son génie propre, convoquant le familier de tout un chacun dans des sujets à portée universelle.

Cette transmutation est peut-être plus nette encore dans l'utilisation des Joueurs accroupis dont Gilles Chomer avait noté le remploi partiel dans une Nativité peinte, jadis dans la collection de Lucien Bonaparte (et aujourd'hui à retrouver), dont un dessin préparatoire a reparu (coll. part.). Cette fois, le caractère composé de l'action est nettement moins sensible et suppose non une mise en scène, éventuellement en atelier, mais bel et bien une observation sur nature. Le passage du dessin à la composition ne se fait pas sans ajustement; l'homme accaparé par quelque jeu de dés ou de cartes se redresse légérement pour une pose d'admiration plus noble. Le détail familier de la jambe droite passée sous la cuisse gauche, lui, sera repris, participant au naturel qu'un Dezallier d'Argenville, au XVIIIè siècle, refusera de voir dans l'œuvre de Stella.

Plume et lavis. 15,5 x 24,3 cm.
British Museum (1859,0514.225).
Sainte famille aux langes.
Cuivre. 45 x 35 cm.
Toulouse, Musée des Augustins.
Plume et encre brune et lavis gris. 16,2 x 24,5 cm. Localisation actuelle inconnue. La Vierge enfant cousant.
Crayon noir, lavis gris.
35,7 x 26,4 cm. Paris, coll. part.
Mine de plomb et lavis gris. 15,8 x 24,3 cm. Ancienne coll. Wolf. La Nativité.
Plume et encre brune, lavis gris. Détail. Coll. part.

L'impression « sur le vif » désigne différentes approches qui peuvent, à partir du naturel, amener à composer, en jouant sur les motifs, sur les difficultés propres à l'art de peindre et sur les moyens techniques de les résoudre. Les Six hommes accroupis que Bénard voyait jouer aux dés, et ceux jouant aux cartes, qu'il avait (?) réunis semblent bien pris sur le vif. Tous deux donnent des indications sur le décor, quelques brins d'herbe, un ramage, un fond suffisamment esquissé. Le second est l'occasion de proposer un raccourci pour l'homme assoupi.

Sans être composés, ils sont arrangés selon un point de vue résultant d'un œil exercé. Diagonales et frises viennent régler l'activité masquée des hommes au sol; un triangle partant du genou de l'endormi pour rejoindre le genou gauche et la tête du joueur de cartes vient organiser l'autre temps de loisir. Ajouté à l'étude de la lumière, venant dans les deux cas de la gauche, il se dégage une intention démonstrative pouvant aller jusqu'aux indications, en direct, à des élèves.

Une préoccupation voisine pourrait découler de la distinction visible dans deux dessins, le premier montrant les deux soldats, le second, deux figures féminines, l'une portant un plat, l'autre ce qui semble une clé. Celle de profil n'est indiquée que par le lavis, largement posé, tandis que l'autre, au pinceau plus finement placé, est de plus cernée par des traits de plume (ci-contre). La leçon aura été retenue par Antoine Bouzonnet Stella. Lorsqu'il ira relever les décors de Mantoue dans le but de donner du travail à ses sœurs, il emploiera une technique similaire, rapportée par Claudine : « Pour gagner temps, il plaçait le contour des figures desdits dessins, qui sont avec du bistre ou d'Inde, avec le pinceau et faisait l'ombre en même temps, qui néanmoins sont bien finis et réhaussés de blanc » (Guillet 1854, p. 424).

Par le fait, pour la plupart de ces feuilles, on peut se demander si elles n'ont pas servi dans le cadre de l'éducation des Bouzonnet, qui les auront précieusement gardées. Les rapprochements faits ici avec des compositions de l'oncle renvoient à des ouvrages qui se situent dans la dernière décennie de l'artiste, au cours de laquelle il prend en charge leur formation artistique. Au demeurant, tout le monde s'est accordé sur une datation dans les années 1650 des feuilles réunies par Gail Davidson, y compris cette dernière qui avait d'abord proposé la période 1635-1640.

Mine de plomb et lavis gris.
17,1 x 25,2 cm.
Harvard Art Museums/Fogg Museum, Gift of Agnes Mongan (1974.20)
Plume et lavis. 11,2 x 9,1 cm.
Coll. part.
Mine de plomb et lavis gris. 17,1 x 25,2 cm.
Harvard Art Museums/Fogg Museum, Gift of Agnes Mongan (1974.20)
Le Christ guérissant le paralytique
Mine de plomb, plume et encre brune, lavis brun. 17,5 x 21,5 cm.
Coll. part.

Une telle situation chronologique doit s'appliquer au livre d'environ 25 cm de long reliée en travers de 64 feuilles mentionné plus haut. Le format comme la technique de l'Aveugle à la lira da braccio s'en distinguent. La facture est plus menue, la pose du lavis plus timide, attentive. Elle me semble plus proche de ce que montre notamment l'un des deux dessins préparatoires au Christ guérissant le paralytique de Pontoise, datable de 1639 environ, en mains privées. Le travail de la plume pour le visage du musicien, en particulier, est à rapprocher de l'homme guéri, alors que c'est un procédé absent de la plupart des autres dessins de cette page.

De fait, même si j'aborde ce chapitre dans le cadre de la section consacrée aux années 1649-1651 qui doivent marquer le début de l'atelier autour de Claudine (1636-1697), Antoine (1637-1682) voire Françoise (1638-1692) Bouzonnet, on prendra garde de limiter ainsi l'exercice, et pour tous ces dessins, la datation. Cet emplacement ainsi justifié doit, pour les feuilles du livre ici mentionné par la nièce, pouvoir s'étirer, on l'a vu, jusqu'aux dernières entreprises de Jacques (donc 1649-1657). Pour autant, cette pratique pédagogique est le prolongement d'un intérêt et d'habitudes qui remontent loin, aux premières années de son activité et qu'il n'a vraisemblablement jamais abandonnés.

Un joyeux buveur
Plume et encre brune.
26,5 x 21 cm. Ensba.
Trois femmes dont une se lave les pieds et un enfant.
Plume et encre brune.
7,9 x 8,1 cm. Louvre, Inv. 32881
Le vendeur de tripes pour chat, 1621.
Gravure.
8,3 x 11,1 cm cm.

Les trois témoignages graphiques ci-dessus, datables du séjour à Florence, montrent en effet déjà, et à divers titres, son intérêt pour la réalité. Le premier, le plus ancien, fait songer à son ascendance flamande, ou plutôt à une formation auprès de la colonie flamande à Lyon, que les mois florentins n'ont pas effacée; le troisième s'apparente aux scènes de genre à caractère proverbial. Entre les deux se trouve un croquis d'observation qui anticipe sur les Actions mentionnées par Claudine. La fréquentation de Callot peut l'avoir aidé dans cette veine; le séjour à Rome non plus que l'admiration pour les Carrache, qui s'y sont également intéressés, ne l'en auront tout à fait dissuadé, tout au contraire, puisqu'il s'en sert volontiers pour humaniser un discours parfois abstrait ou érudit.

L'Aveugle jouant de la lira da braccio, qui me semble appartenir à une période intermédiaire, dans les premières années de l'installation à Paris, confirme que Stella aura continué cette pratique au long de sa vie. En revanche, le livre inventorié par Claudine témoigne d'un exercice ramassé sur un temps court, tardif, qui peut correspondre à une vocation pédagogique aux bénéfices des Bouzonnet. Ses différentes feuilles ne viennent pas compenser la perte des académies que Claudine inventorie dans un autre livre, puisqu'aucune ne nous est parvenue - celle de l'Ensba d'Antoine résulte de sa charge académique -, mais outre le contact incontestable avec la réalité, elles vont décidément à l'encontre de l'image de froideur qui colle à la réputation de l'artiste jusque dans ses dessins.

S.K., Melun, mars 2023

Courriels : sylvainkerspern@gmail.com.

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