Sylvain Kerspern - dhistoire-et-dart.com


Table concernant Jacques Stella

Table générale

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Jacques Stella : biographie
Début de mise en ligne le 3 octobre 2007; dernière retouche le 26 mars 2016

Coup sur coup viennent de paraître deux ouvrages sur Jacques Stella, le catalogue de l’exposition présentée à Lyon puis à Toulouse, puis la monographie de Jacques Thuillier. L’un et l’autre, assurément, apportent d’importantes lumières sur l’un des derniers grands artistes du XVIIè siècle qui restait encore méconnu. Ils renseignent sur sa vie, tout en soulevant une série de questions. Je souhaite proposer ici une synthèse des informations données, complétées d’éléments inédits et agrémentées de discussions des points problématiques. La publication sur le site se fera par épisodes, consacrés aux différentes périodes de sa carrière. On trouvera le développement des références bibliographiques ici abrégées après la table des études consacrées au peintre.

S. K., octobre 2007

Nota : Ce travail reprend une ébauche poussée, fournie à Gilles Chomer en 1996, en l’harmonisant avec les informations apportées par les récentes publications et en étoffant les discussions. Proposée de façon permanente, elle fera, le cas échéant, l’objet de mises à jour.

Enfance et formation Formation, 1606-1616 Florence 1616-1621 Rome Les succès,1622-1632 Entre Rome, Madrid et Paris1633-1635
Paris Au temps de Louis XIII, 1636-1643 - Les débuts de la Régence, 1644-1647- La Fronde, 1648-1651 - Dernières grandes commandes, 1652-1654 - Comme un pur effet de son grand amour pour la peinture, 1655-1657
Enfance et première formation (1596-1616)
1596 29 septembre, baptême à Lyon, paroisse Saint-Nizier, de Jacques, fils du peintre François Stella et de Claudine de Masso (Chomer, 1980).

François Stella le père.
Vue de la cascade de Tivoli,1587.
Louvre, Inv. 32866
Il faut dire deux mots de François Stella (1563-1605), père de Jacques. Gilles Chomer lui a consacré une importante notice en 1987, qui montre des talents dans la peinture d’histoire, le grand décor - y compris éphémère (voir la mention de paiements pour l’entrée de la reine et du Cardinal Aldobrandini, en décembre 1600 dans des comptes de 1600-1601; Lyon, Arch. Mun., CC 1545 -2) -, et, malgré les réserves de Mariette, le paysage, attesté par les dessins du Louvre (comme celui montrant la Grande cascade de Tivoli, sur lequel son nom est porté, avec la date 1587), et le portrait, manifestement présent dans l’Assomption d’Oberdorf pour représenter les apôtres. C’est un talent solide au service d’un langage d’origine flamande mais clairement italianisé. Avec Jacques Thuillier, on peut estimer qu’il est le grand peintre de Lyon (qu’il a dessiné) qui précède Horace Le Blanc.

(Hours 1974; Chomer 1980; Chomer 1987)

1603 24 août, baptême à Lyon, paroisse Saint-Nizier, du frère cadet François, fils du peintre François Stella et de Claudine de Masso (Audin-Vial, 1919, p. 240).

François Stella le jeune?
La Visitation,
Louvre, Inv. 32891
François le jeune (1603-1647) a été le plus maltraité par l’histoire de l’art des Stella. Rien à ce jour n’a pu être identifié d’un peintre qui a tout de même pu travailler pour le roi, dans l’oratoire de la reine au château de Saint-Germain, en 1639 (Jal 1867-1871, p. 1150). Ma tentative d’en rapprocher un dessin du Louvre donné à son frère aîné reste spéculative.

(Sylvain Kerspern 2006-1)

1605 26 octobre, mort en pleine activité de François Stella, que Van Mander venait de citer dans son Livre des peintres(1604, t. II).

François Stella, Vue de Lyon en 1588, Oxford, Ashmolean Museum.
La mention d’une donation de sépulture par les Cordeliers de Lyon “pour honneste homme François Stella, maistre peintre à Lyon” en date du 19 juillet 1605 (dans le Testament de Claudine Bouzonnet, sa petite-fille) peut laisser croire à une maladie fatale qui aurait laissé le temps au père de Jacques de régler sa succession, même si on ne peut exclure qu’il s’agisse d’une faveur consécutive à la réalisation d’importants travaux réalisés pour leurs bâtiments. Une cinquantaine d’années plus tard, l’établissement de Provins agira de même à l’égard du sculpteur Pierre Blasset à la suite de ceux réalisés pour leur église, en complément des peintures de ... Jacques Stella.
1606 2 mai, baptême à Lyon, paroisse Saint-Nizier, de la benjamine Françoise, fille posthume du peintre François Stella (cf. Audin-Vial, 1919, p. 240).
Outre Jacques, François et Françoise, on connaît encore deux soeurs : Madeleine, dont l’acte de baptême n’a pas été retrouvé, et qui épousera Étienne Bouzonnet, prolongeant ainsi d’une génération l’héritage du métier de peintre dans la famille; et Claudine, tout premier enfant baptisée en 1595, disparue sans doute très tôt. Félibien ignorait l’existence de cette dernière, et mentionne de plus deux garçons morts en bas âge, que les archives n’ont pas encore confirmés.
1606
-
1616
Jacques Stella se forme à Lyon à la peinture (et à la gravure?)

Illustration de
Bernard Salomon
pour la Bible de 1561
(publiée à Lyon)
.
Le problème de la formation de Stella a été évoqué par Gilles Chomer (1980), Mickaël Szanto (2006) et Jacques Thuillier (2006). Sous l’ancien régime, elle prend d’ordinaire place entre la dix ou douzième année et la vingtième environ. La vocation de Jacques semble naître du vivant de son père (selon Félibien) mais il ne put en recevoir que les commencements. Du moins cette impérieuse envie pût elle avancer l’âge de l’apprentissage qui se déroule la plupart du temps en deux phases : une première, pour tous les rudiments du métier auprès d’un maître souvent de l’entourage proche (le père, un oncle...), de 3 à 5 ans; puis une seconde chez un autre peintre pour perfectionnement, ce qui passe souvent par le choix d’un artiste plus en vue : ainsi de Vouet à Paris dans les années 1630-1640, par exemple.
Jacques aurait donc eu le temps de passer par deux maîtres avant de tenter le voyage d’Italie, conçu sans doute pour compléter sa formation. En l’absence de tout document, nous en sommes réduits aux conjectures pour les identifier et pour déterminer les modèles dont il a pu s’inspirer. On peut du moins souligner l’importance probable du père, malgré son décès précoce, relayée par les oeuvres assez nombreuses pour la ville qui sont mentionnées par les sources, voire par les artistes qu’il a pu former ou influencer; et d’autre part, à la suite de Gilles Chomer, celle de la colonie flamande à Lyon à cette époque, ce que la ville devait sans doute à sa situation sur le chemin des Flandres vers l’Italie.
On n’oubliera pas que Lyon est un foyer humaniste dans lequel s’est notamment épanoui le talent d’illustrateur de Bernard Salomon, dit Petit Bernard, dont on trouve des ouvrages dans les biens laissés par Claudine Bouzonnet Stella (sur cet artiste et sa suite, voir le site de Robert A. Baron). Les premiers témoignages connus de Jacques, à Florence, voire à Rome, semblent en conserver le souvenir. Enfin l’apport de Jacques Maury reste sujet à caution : ses noces avec Claudine de Masso sont en fait un remariage tardif, consécutif au décès de Benoîte Roy, épousée avant 1585 et inhumée le 16 septembre 1619. À cette date, comme nous allons le voir, Jacques Stella était parti depuis des mois.
En Italie (1616-1634)
1616 « Il alla en Italie à l’âge de vingt ans. » (Félibien, 1688, éd. 1725, t. 4, p. 407)
Jacques Stella prend ses vingt ans le 29 septembre 1616. C’est certainement durant les derniers mois de cette année qu’il passe en Italie, et doit assez rapidement, comme nous le verrons, regagner Florence.

Le séjour florentin, 1617(?)-1621

1617 « Comme il passa à Florence, lorsque le Grand Duc Cosme de Médicis faisoit faire un appareil superbe pour les noces de son fils Ferdinand II, ce lui fut une occasion de se faire connaître du Grand Duc, qui lui donna un logement et une pension pareille à celle de Jacques Callot qui étoit aussi alors à Florence, où Stella fit plusieurs ouvrages. (...) Après avoir demeuré quatre ans à Florence, il alla à Rome en 1623. »

(Félibien, 1688, éd. 1725, t. 4, p. 407)

On sait Stella à Rome dès 1622, selon Félibien, qui parle des ouvrages du Lyonnais dans cette ville pour les canonisations de saint Ignace, saint Philippe de Neri, saint Thérèse et saint Isidore. D’autre part, le biographe doit avoir fait une confusion relevée par Mariette (éd. 1851-1859; t. 4, p. 257) : le mariage de Ferdinand II eut lieu en 1633; mais il est vraisemblable qu’il s’agisse du mariage de Ferdinand de Gonzague avec Catherine, soeur de Cosme de Médicis, en février 1617, ce qui situerait la présence de Jacques à Florence dès le tout début de 1617, bel et bien à l’âge de vingt ans. L’année d’arrivée à Rome est sans doute venue au biographe par la gravure du Saint Georges.
Félibien suggère qu’il a participé aux décors éphémères accompagnant les noces. Était-ce en tant que peintre ou en tant que graveur? Impossible de rien affirmer. On connaît au moins de ces festivités des gravures de Callot d’après les
Intermèdes joués alors (voir cat. expo. Jacques Callot, 1592-1635, Nancy, 1992, n°91-95). Pour un autre témoignage permettant de se faire une idée des spectacles donnés pouvant requérir le concours des dessinateurs et peintres, voyez le dessin de l’école toscane du Louvre (ci-contre).
Nota : C’est par erreur que j’ai indiqué dans la recension pour latribunedelart.com que j’avais proposé cette identification pour l’évènement florentin qui avait vu Stella se faire connaître du duc dans mon étude de 1994; je l’avais en fait proposée dans le document chronologique fourni à Gilles Chomer en 1996.
1618 Date portée sur le dessin de la Flagellation du Christ (Paris, ENSBA), à la suite de sa signature.
La feuille montre un goût nordique dans les habillements, sans doute témoins de la formation lyonnaise, installé dans le cadre urbain florentin qui est celui des gravures ultérieures. Elle fait partie des arguments pour une formation à l’art de la gravure dans le contexte de la suite de Bernard Salomon, dit Petit Bernard, déjà évoquée.
1619 Date portée sur le dessin du Joyeux buveur (ancienne collection Chennevières; vente Drouot, Paris, 17 avril 1985; vente Millon 12 avril 2013; Paris, Ensba), à la suite de sa signature.
Stella croque une expression joviale dans un goût plus nordique que caravagesque. Son caractère autographe est cependant mis en doute par Jacques Thuillier, qui n’en parle pas dans sa monographie de 2006, et dont l’avis défavorable, surtout, est mentionné dans le catalogue de l’exposition consacrée à la collection de Philippe de Chennevières (Louvre, 2007). Pourtant, c’est précisément parce qu’il a de quoi surprendre que ce dessin doit faire l’objet d’un examen sérieux. Or on y retrouve la technique hachurée qui caractérise nombre de gravures et dessins connus de l’artiste à Florence et dans les premières années romaines, confirmant la date et la signature.
1620 Date portée sur :
- le dessin du Dôme de Florence (loc. inconnue; Byam-Shaw, 1957-1959, fig. 5; Albert-Bertin in cat. expo. Lyon-Toulouse 2006, p. 25; vente Christie’s Londres 8 juillet 2008, n. 90), à la suite de sa signature.
- la gravure d’un Songe de Jacob que signale Mariette, retrouvée pour l’exposition (2006, n°5).
Ces deux témoignages montrent l’artiste continuant ses études. L’un se consacre à la vue d’architecture, à laquelle il donnera une ampleur spectaculaire l’année suivante dans La cérémonie du Tribut gravée, et qu’il intégrera comme un élément essentiel de son style dont le classicisme épuré prend sans doute en partie sa source chez Brunelleschi.
Le second évoque nécessairement, par la pose abandonnée, le poignet cassé du bras gisant au sol, le raccourci du visage et le costume contemporain, le précédent de Cigoli (Nancy). Cette filiation met en évidence l’importance qu’il donne au dessin et à l’anatomie. Mais il en fait un évènement diurne dans un paysage offrant une échappée vers une cité fluviale dotée d’un pont. Déjà, Stella inscrit le merveilleux dans une réalité intime et quotidienne, dans un langage posé.

1621 * 28 février, mort de Cosme de Médicis.
* Date portée sur :
- la gravure Un vendeur de tripes pour chat (le 2 est inversé) (cat. expo. 2006, n°10).
- la gravure de la Cérémonie de la présentation des tributs au grand-duc de Toscane (cat. expo. 2006, n°6), qui a lieu le 24 juin, dédiée à Ferdinand II de Médicis.
Le dessin retrouvé de la foire du Prato (cat. expo. 2006, n°7), qui a lieu en septembre, manifestement conçu dans le même esprit mais qui n’a pas été gravé, laisse à penser que l’artiste en a abandonné l’idée à ce stade avancé. Ce qui amène à réfléchir sur la chronologie et à revenir sur ce que pense Jacques Thuillier (2006) : la gravure du Tribut ne relèverait pas d’une initiative à l’égard du duc Cosme, finalement dédiée à son fils après son décès, mais dès le départ pour ce dernier et intégralement de 1621, pour remplacer Callot. Elle le dit "pictor". Aucune peinture n’a, pour l’heure, pu être rattachée formellement à cette époque - même si tout laisse à penser que c’est là qu’il a appris la technique sur pierre et qu’il a dû en laisser les premiers témoignages.
Ce doit être à l’automne que Stella quitte Florence pour Rome. Coïncidence? Simon Vouet, rentrant de Gênes pour Rome, fait étape en Toscane en novembre ou décembre (cat. expo.
Simon Vouet, les années italiennes 1613-1627, Nantes-Besançon, 2008, p. 93).

Les succès romains (1622-1632)

« Après avoir demeuré quatre ans à Florence, il alla à Rome en 1623. Il fit plusieurs tableaux pour la Canonisation de Saint Ignace, de Saint Philippe de Neri, de Sainte Thérèse, & de Saint Isidore, & fit plusieurs desseins qui ont été gravez, les uns en bois par Paul Maupain d’Abbeville, d’autres pour des Thèses & des Devises, & d’autres pour un Breviaire du Pape Urbain VIII, qui furent gravez par Audran et Gruter. Il peignoit d’une manière agréable, particulierement en petit, & même s’y étoit fait une pratique toute particulière. Il fit plusieurs tableaux sur de la pierre de parangon, & y peignoit des rideaux d’or par un secret qu’il avoit inventé. On a vu de lui, dans la grandeur d’une pierre de bague, un Jugement de Pâris de cinq figures, d’une beauté surprenante pour la délicatesse du pinceau. Il fit aussi de grands ouvrages, comme je vous dirai ci-après; car pour les petites choses, il n’y travailloit que pour satisfaire quelques personnes curieuses. »

(Félibien, 1688)

1622 * Félibien cite les travaux de Stella pour les fêtes de canonisations de saint Ignace, saint Philippe de Neri, saint Thérèse et saint Isidore à Rome, qui ont lieu cette année-là, ce qui implique que le peintre y soit dès cette année, et tôt : les célébrations ont lieu les 12-13 mars (cf. Massimo Leone, Saints and Signs: A Semiotic Reading of Conversion in Early Modern Catholicism, Berlin-New York, 2010, p. 12-15).
Jacques Bousquet (1975) avait mentionné Jacques à Rome à Pâques, avec son frère François; le catalogue de l’exposition de 2006 le rectifie : la référence renvoie à 1624, en fait.
J’ai mis en rapport un tableau conservé la Galleria Barberini, à Rome, dans ma recension pour Latribunedelart.com; malgré les variantes avec le dessin de de la suite de Yale, à mon sens significatives et qui apportent des éléments issus de l’univers de l’artiste, Jacques Thuillier (2006, p. 65) doute de son caractère autographe. La distance qu’il souligne peut à mon sens être imputée à l’affermissement de style, entre le printemps 1622 et l’hiver 1629-1630, dans le bouillonnement culturel de Rome.
Jacques Thuillier rappelle encore que Mariette mentionne une gravure (non retrouvée) montrant sainte Thérèse et son frère demandant à un cavalier espagnol le chemin pour aller prêcher les infidèles, qu’il dit faite à Florence mais qui doit préparer semblable célébration.
1623 - Mentionné à Pâques à Rome, paroisse Sant’Andrea delle Fratte (Bousquet, 1975).
* Gravure du Saint Georges, datée de cette année et localisée à Rome.
La rectification opérée pour la mention erronnée par Bousquet concernant 1622 (voir aux années 1622 et 1624) suggère donc une première installation dans la paroisse Sant’Andrea delle Fratte, avant de rejoindre Santa Maria del Popolo. Dans la biographie du catalogue de l’exposition de Lyon et Toulouse (2006), Mickaël Szanto ne mentionne pas François, le frère cadet.
La connaissance de la gravure du Saint Georges, qui donne une date ferme, est sans doute la raison pour laquelle Félibien place l’arrivée à Rome en 1623, juste avant d’évoquer sa participation aux fêtes de canonisations qui eurent lieu un an plus tôt. Au demeurant, la découverte du dessin préparatoire à cette estampe à Florence laisse croire à un ouvrage envisagé dès les derniers mois en Toscane.
1624 - Mentionné à Pâques à Rome, au Corso, avec son frère François et un serviteur, Claude Duran; à proximité, on trouve Artemisia Gentileschi (Jacques Bousquet (1975); Jacques Bousquet (1978), p. 108) et Antonio Tempesta.
- 27 octobre, à la réunion de l’Académie de Saint-Luc, avec Vouet, prince depuis le 24 octobre, il est nommé inspecteur de l’atelier à la place de Tempesta; parmi ceux qui y assistent, Lanfranco, Nicolas de La Fage, Pomarancio, Nicolas Régnier, Sacchi, Baglioni, Mellan, Johan-Friedrich Greuter... mais il n'est pas dans la liste des présents (Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 44; Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1624, pt. 4, vol. 102, fols. 231r-v, 232r-v, 247r-v, 248r).
- 3 novembre, présent à la réunion de l’Académie de Saint-Luc, avec Vouet, prince depuis le 24 octobre, et Trophime Bigot, Robert Picoust, Nicolas Régnier, Nicolas de la Fage, le Bernin, Cortone, Pomarancio, Baglione, Tempesta...(La Blanchardière, 1973); Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1624, pt. 4, vol. 102, fols. 293r-v, 310r ).
- 26 décembre, présent à la réunion de l’Académie de Saint-Luc, avec Vouet, prince, et Barthélémy et Nicolas de la Fage (La Blanchardière, 1973; Michel 1992; Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006).
* Signe et date l’Assomption de Pastraña (sur agate), donnée par Urbain VIII au duc de Pastrana, ambassadeur d’Espagne auprès du pape.
* La date figure, à la plume, sur l’exemplaire de la collection Beringhen (Paris, BNF) de la Creatione di Adamo, une des gravures sur bois ordinairement attribuées à Maupin d’après Stella.
Ces informations montrent la rapide intégration de Stella au milieu romain, via un possible réseau florentin dont témoignerait la proximité d’avec Artemisia et Tempesta. Le succès auprès des plus hauts mécènes - les Barberini, et en particulier le pape Urbain VIII - est tout aussi prompt.
Gilles Chomer pensait (communication orale) que l’exceptionnel ensemble de gravures sur bois pouvait préparer l’année jubilaire 1625. Notons encore le voisinage, dans cette entreprise, de Tempesta, initiateur ou secours, qui fournit les modèles de quatre images (Kerspern 1994; Kerspern 2008; Kerspern, mars 2008/dhistoire-et-dart.com.).
1625 - 22 mars, présent à la réunion de l’Académie de Saint-Luc, chez Vouet, prince, et avec Lanfranco, Robert Picoust, Nicolas Rénier, Nicolas de la Fage... (La Blanchardière, 1973); Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1625, pt. 1, vol. 103, fols. 525r-v, 532r-v).
- Mentionné à Pâques à Rome, au Corso, avec son frère François; à proximité, on trouve Artemisia Gentileschi (Bousquet, 1978, p. 108)
- 26 décembre, présent à la réunion de l’Académie de Saint-Luc, en l'église San Luca, au Campo Vacino, avec Vouet, prince, et Lanfranco, le Cavaliere d'Arpino, Greuter... ( Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1625, pt. 1, vol. 103, fols. 210r-v, 223r-v).
Date portée sur :
* la Sybille égyptienne, gravure sur bois ("I * FECIT 1625");
* La Madeleine aux pieds du Christ en croix, peinture du Louvre;
* le frontispice de De Prose vulgari, ouvrage d’Agostino Mascardi, personnalité érudite du cercle des Barberini, publié à Venise (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 35; Thuillier 2006, p. 48).

La date, cette fois gravée, au bas de la Sybille égyptienne doit marquer l’achèvement de cet important ensemble, plus d’une centaine d’images. De même le "Fecit" peut-il souligner le rôle de Stella, inventeur et graveur, que confirme l’analyse du style dans l’emploi du trait (voir aussi à 1624).
La collaboration entre Jérôme David et Stella à Rome se complète de sept sujets des vies du Christ et de la Vierge (Naissance de la Vierge, Adoration des Mages, Circoncision, Cène, Résurrection, Pentecôte et Assomption, repr. in Thuillier 2006, p. 60-61), qui a pu servir à la publicité du peintre, et lui valoir la commande du retable Arese (voir à 1627) : en effet, le graveur quitte la Ville Éternelle cette même année 1625, séjournant dans le Nord de l’Italie (Vénétie, Padoue, Bologne...) dans les années qui suivent. En revanche, l’
Adoration des bergers rattachée à cette suite (Weigert 1954, t. 3, p. 388, n. 531-537; Loire 1998, p. 163; Thuillier 2006, p. 60; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 35, 40), mais qui ne porte pas les signatures visibles sur les autres, semble en fait un autre état ou une copie de la gravure d’Audran pour le Breviarium romanum de 1632, avec laquelle elle ne présente de variante, en dehors des inscriptions, que pour la main droite de Joseph masquée par une des oreilles de l’âne, qui a pu être jugée fautive. Mon examen sur microfilm de l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale de France ne m’a pas permis de trouver le monogramme dont parle Weigert.
La
Madeleine auprès du Christ en croix (ci-contre) trahit le regard sur Fetti, notamment, et pourrait attester des échanges avec Claude Vignon avant que celui-ci ne rentre en France : les deux artistes semblent avoir noué dès Rome une amitié qui ne sera pas moins durable que celle avec Poussin.
1626 - Mentionné à Pâques à Rome, au Corso, avec son frère François (Bousquet, 1978, p. 108).
-10 juin, Jacques Maury, peintre, époux en secondes noces de Claudine de Masso, est inhumé à Lyon (Audin-Vial, 1919, t. 2, p. 25)
- 29 juin, présent à la réunion de l’Académie de Saint-Luc chez “il signor Jacobo, abbate Crescenzio”, avec Vouet, prince, Pomarancio, Tempesta, Paul Brill, Baglione, Jean Lhomme, Richard Missonnet (Bissonnet?), Charles Mellin, Claude Mellan, Nicolas de la Fage... ((La Blanchardière, 1973; Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1626, pt. 2, vol. 108, fols. 896r-v).
- 29 septembre, présent à la réunion de l’Académie de Saint-Luc dans léglise San Luca au cours de laquelle Poussin et Valentin sont nommés “festaroli”; avec Vouet, prince, et Jean et Jacques Lhomme, Richard Missonnet (Bissonnet?), Louis Vaudrey, Claude Mellan, Nicolas de la Fage... (La Blanchardière, 1973; Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1626, pt. 3, vol. 109, fols. 501r-v, 514r).
Date portée sur :
* Sainte Cécile jouant de l’orgue accompagnée par un concert d’anges(Rennes, Musée des Beaux-Arts).
Sans doute introduit par ses connaissances florentines dans l’Académie de Saint-Luc, Jacques se trouve maintenant dans un contexte francisé autour de Simon Vouet, son Prince; il y rencontre, outre ce dernier et Poussin, des personnalités aussi différentes que Valentin, Mellan, Mellin ou Nicolas de la Fage.
Il est vraisemblable que la mort du beau-père à Lyon aura affecté les frères Stella. Les documents montrent pourtant Jacques trop présent pour qu’un séjour dans sa ville natale afin d’asseoir la situation de leur mère soit envisageable. En revanche, le cadet semble absent de Rome de 1628 à 1633, et Félibien (éd. 1725, p. 414) évoque une présence en Italie bien moins longue que celle de Jacques, de cinq ou six ans, qui pourrait correspondre à deux temps séparés, de 1622-1623 à 1627, puis en 1633-1634.
1627 - Mentionné à Pâques à Rome, au Corso, avec son frère François (Bousquet, 1978, p. 108).
- 12 septembre, présent à une réunion de l’Académie de Saint-Luc, avec Ottavio Leoni, prince, et Nicolas de la Fage (notamment), il est désigné comme délégué pour la natione francese pour la fête de Saint Luc ( Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1627, pt. 3, vol. 113, fols. 489r-v).
- 14 novembre, assiste, comme recteur du studio, à une assemblée générale de l’Académie de Saint-Luc, avec Ottavio Leoni, prince, où sont également présents Cortone, Alessandro Turchi, Lanfranco, Sacchi, Baglioni, notamment, et au cours de laquelle sont donnés les noms des candidats au principat pour l'année suivant; les votes désignent le Cavaliere d'Arpino, Baldassare Croce, Antonio Tempesta, Guido Reni, et Domenichino ( Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1627, pt. 4, vol. 114, fols. 257r-v, 272r).
- le même jour, assiste, comme recteur du studio, à une réunion privée de l’Académie de Saint-Luc, avec notamment Ottavio Leoni, prince, Lanfranco, Baglione, Turchi, Spadarino (Szanto, cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45; Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1627, pt. 4, vol. 114, fols. 258r-v, 259r-v).
- le 29 novembre, assiste, comme recteur du studio, à une assemblée générale de l’Académie de Saint-Luc, avec Ottavio Leoni, prince, Baglione, Turchi, Sacchi, Cortone, etc., au cours de laquelle sont élus prince Baldassare Croce et premiers et seconds recteurs Girolamo Nanni et Giovanni Contini (Szanto, cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45; Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1627, pt. 4, vol. 114, fols. 407r-v, 416r).
Date portée sur :
* l’Assomption de Nantes, Musée des Beaux-Arts, pour une famille milanaise;
* une Sainte Hélène découvrant la vraie croix sur pierre, dans la signature au dos (localisation inconnue).
La date du tableau de Nantes a été discutée, d’autant qu’il y a correspondance avec une gravure de Jérôme David, qui semble quitter Rome en 1625 : cette année-là, comme le pense encore Jacques Thuillier (2006, p. 58), ou 1627, selon la lecture de Claude Souviron communiquée à Gilles Chomer en 1985 et que j’en ai personnellement faite et livrée en 1994, reprises par le catalogue de l’exposition de Lyon-Toulouse (2006, p. 44, 86). La réponse qu’apporte, selon moi, le style est proposée dans ma recension de l’ouvrage du premier.
1628 - 6 août, assemblée générale de l’Académie de Saint-Luc, avec B. Croce, prince, et Nicolas de la Fage (notamment); comptant parmi les "Maestri dello studio" au même titre que Sacchi, Lanfranco, Cortone, Tempesta ou Poussin, il est désigné, avec ce dernier, parmi ceux qui s’occuperont de la fête de Saint Luc et du studio (enseignement des jeunes artistes); c'est la dernière trace conservée de sa présence aux séances de l'institution (Archivio di Stato, Roma, Not. cap. uff. 15 spannochia, t. 113, f° 489; Szanto, cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45).
Unique mais précieuse trace de la présence de Stella à Rome pour l’année, qui plus est, en vue au sein de l’académie de Saint-Luc.
1629 - 13 juillet, Domenico Pico, évêque d’Amelia, lui commande la gravure de l’image miraculeuse de la Vierge de Foce (Madonna delle Grazie, dont la translation dans l’église de Foce avait eu lieu le 13 mai), en lui concédant le monopole de sa diffusion et vente (Emilio Lucci, comm. écrite);
- le 2 septembre, assemblée générale de l’Académie de Saint-Luc, au cours de laquelle « il signore Jacomo Stella », absent(« et quando non vogli accettare questo caricho »), est pressenti, avec Andrea Sacchi, comme festaroli pour la fête Saint-Luc (Szanto, cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45; Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1627, pt. 3, vol. 113, fols. 489r-v).
- le 21 octobre, la compagnie de l’Académie de Saint-Luc décide de remercier le "cavalier Stella" pour ses oeuvres de charité au nom de l’Académie en le gratifiant d’un petit paysage (Archivio di Stato di Roma, TNC, uff. 15, 1629, pt. 4, vol. 122, fols. 243r-v).
* 10 août, date de la dédicace à Domenico Pico de l’image de la Vierge de Foce ("RITRATTO DELla MADONna. D. GRAtie DI FOCE. All Illmo. et Rmo. Monsignre. Domenico Pico Viscovo d’Amelia. Dedico a V Sria. Illma et Revma. l’imagine della Beata Virigine di Foce a lai principalmente dovuta come quella chè stata principale promotore di questa divotione, l’ho data alla stampa accio si vegga in effecto qualche segno della mia servitu verso V Sria. Illma. alla quale facendo humile reverenza bacio le mani di Roma questo di 10. Agosto 1629. Di V Sria. Illma et Revma. Devotissmo. servo Jacomo Stella");
*Signe et date de Rome la Vierge à l’Enfant caressant le petit saint Jean (au verso) du Museo civico d’arte di Modena (Daniele Benat, Lucia Peruzzi, Musei civici di Modena. I dipinti antichi, Modena, 2005, p. 191-192) (ci-contre)
*Date portée sur 4 des 6 dessins sur la vie de Girolamo Miani de la Yale University (instruisant les enfants, 1961.65-75; délivré miraculeusement de prison, 65-77; payant des vêtements aux enfants, 65-79; devant la source miraculeuse au désert, 65-80).

Il ne m’a pas encore été possible de retrouver la gravure de la "Madonna di Foce", mentionnée par Mariette, Robert-Dumesnil (1844, n° 2) et Charles Le Blanc (1856, t. 3, p. 588-589, n° 3). Elle atteste que Jacques n’a pas abandonné la gravure, une fois gagnée Rome.
Dès cette époque, les "longues soirées d’hiver" peuvent être consacrées aux suites graphiques : "camayeux" en 1624-1625, vie de Philippe de Neri et de Girolamo Maini en 1629-1630.
1630 - Pâques, mentionné à Rome, sur le Corso, chez Giovanni Stella, Romain, mais sans son frère (Bousquet, 1975; Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 44).
*Date portée sur 2 des 6 dessins sur la vie de Girolamo Maini de la Yale University (assistant un enfant malade, 1961.65-76; sur son lit de mort, 65-78).
* Date de soutenance de la thèse au Séminaire de Rome de Ludovico Betti, illustrée par une gravure de J.F. Greuter intitulée Pomis sua nomina servant, sur un dessin de Stella.
* Date de publication à Rome de De Spiritus adventu Oratio... de I. Tolomei, orné d’un frontispice gravé par Charles Audran d’après Stella, pour le sermon de la messe papale le jour de la Pentecôte.
* Date portée sur la Madeleine pénitente du Bayerisches de Munich.
* Date portée sur l'Hérodiade du Museo diocesano de Sienne (ci-contre).
* Date portée sur une Immaculée conception vendue à Montfort-L’Amaury le 4 juin 1999 selon le catalogue.

Stella réapparaît dans les relevés des "stati d’anime" sur le Corso dans la paroisse san Lorenzo in Lucina. Les archives de celle-ci manquant pour 1628-1629, cela laisse ouvert l’hypothèse d’un changement avant 1630.
Pendant trois ans (1630-1632), Audran et Stella ont un quasi monopole sur les illustrations de sermon pour la messe papale de Pentecôte et pour la fête de saint Yves dans son église paroissiale (celles des Bretons) de Rome, en mai-juin (Conihout, cat. expo. Lyon Toulouse 2006, p. 35, 36, 40; Louise Rice 2010).
Louise Rice (2007) a identifié la fonction de la gravure de Greuter, confirmant la datation de 1630 (Kerspern 1994, fig. 11; voir aussi ici)
1631
* Date de publication à Rome de De Spiritus adventu Oratio... A. Cesarini, orné d’un frontispice gravé par Charles Audran d’après Stella, pour le sermon de la messe papale le jour de la Pentecôte (Maritalis Ignis, ci-contre) (Le Blanc, 1854, I, C.A. 207).
* Date de publication à Rome de De sancto Ivone pauperum patrono... de T. Daddi, de orné d’un frontispice gravé par Charles Audran d’après Stella, pour le sermon de la fête Saint-Yves de son église de Rome; Zéphyr faisant croître les roses (Le Blanc, 1854, I, C.A. 208)
* Juillet, paiement de 35 scudi par le cardinal Scipione Borghese à « Giacobo Stella, pittore francese » de deux peintures sur pierre, un Jugement et une Nativité du Christ avec leurs cadres (Alvar González-Palacios, « Concerning Furniture : Roman Documents and Inventories, Parti 1, circa 1600-1720 », Furniture history, vol. 46, 2010, p. 1-135).
* Octobre, paiement de 40 scudi par le cardinal Scipione Borghese à Stella de deux peintures sur pierre, une Madone et une Fuite en Égypte avec leurs cadres débène (Alvar González-Palacios, « Concerning Furniture : Roman Documents and Inventories, Parti 1, circa 1600-1720 », Furniture history, vol. 46, 2010, p. 1-135).
* Date portée sur Suzanne et les vieillards (ci-contre) et Joseph et la femme de Potiphar, deux pendants sur pierre (coll. Rust).
* Date portée sur l’Annonciation du Castello Visconteo de Pavie.
* Date de publication de Festinatio B. Virginis Elisabetam inuisentis Latine, Graece, oratoriae, ac poetice tractacta de Stefano Gradi (Stjepan Gradic, 1613-1683), ornée d’une gravure de K. Audran d’après Stella.
* Date portée sur Un guerrier oriental et un enfant (de la famille Brusati?) et sa suite sur une colline boisée, avec à l’arrière-plan un camp militaire, dessin (Oxford, Ashmolean museum) pour une thèse (?) dédiée à Desiderio Scaglia (?).
* Date portée sur l’Adoration des bergers, dessin au Louvre, esquisse pour une illustration du Breviarium romanum publié en 1632.


La lacune des stati d'anime est compensée par les mentions des comptes du cardinal Borghese et par l’abondance des signatures d’oeuvres. Elles soutiennent la réputation de l’artiste, peintre sur pierre et illustrateur abondant pour l’édition, et le situe toujours sous les meilleurs auspices : il travaille aux illustrations du nouveau Breviarium romanum voulu par Urbain VIII (bulle de janvier 1631), et le lapis-lazuli de Pavie peut être rapproché d’un paiement effectué par les Barberini en 1632. Louise Rice (2010) souligne la mutation opérée par Stella (sans le nommer, curieusement) dans le domaine du frontispice par ses illustrations pour le sermon de Pentecôte, évacuant quasi tout le texte pour une image pleine page de type narratif et non plus héraldique, instaurant un lien direct entre elle et le sermon. La situation se reproduira en France dans son travail pour l’Imprimerie Royale.
1632 - Mentionné à Pâques à Rome, sur le Corso, chez Giacomo Stella (!), Romain (Bousquet, 1975).
- 25 juin, paiement Barberini pour une Nativité et une Annonciation sur pierre (Bousquet, 1980).
- 22 septembre, paiement Barberini pour une Nativité et un Saint Antoine de Padoue sur pierre, et une Sainte Catherine de Sienne sur cuivre (Bousquet, 1980).
* Apollon dieu du jour s’accordant avec Diane déesse de la nuit pour former des armes, au bas, une femme représentant l’Éloquence et à ses pieds, un foudre et des chaînes, gravure de Karl Audran d’après Stella pour le sermon de la Saint-Yves de G. Signorini; repris pour Theses theologicae disputandae à F. Sebastiano de Laurentiis, avec les armes de Michel Mazarin (Mariette, n. mss., t. VIII; Le Blanc, Manuel; Conihout, cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40). B.N.; Rome, Gab. Naz. delle stampe (Inv. F.C. 117884, état pour l’édition en 1650 d’une oraison de C. F. Ceva citée par Mariette).
* Les Grâces et deux putti tenant les armes des Barberini, et autres scènes, gravure de J.F. Greuter d’après Stella, pour la thèse d’Alfonso Pallavicino, Effata peripata christiani auspice eminentiss. principe Franc. Card. Barberino..., Rome.
* Publication du Breviarium romanum orné de huit gravures (Annonciation, Adoration des bergers, Adoration des mages, Résurrection, Pentecôte, Communion des apôtres, Assomption, Communion des saints) de K. Audran d’après Stella, sans doute inventeur du frontispice, malgré l’absence de son nom; l’Adoration des bergers avait été préparée par le dessin du Louvre, daté de 1631.
Louise Rice (2010) signale que le sermon de Pentecôte ne fut pas publié, pour cause de refus de l’image. Que Stella ait été sollicité ou non, cela montre le caractère sensible des images, et souligne encore l’audace toute esthétique des solutions mises en oeuvre en 1630-1631.

Quitter Rome (1633-1635)

“Enfin, s’étant acquis beaucoup de réputation, & ayant fait des tableaux qui furent portés en Espagne, le Roi Catholique les ayant vus, lui fit demander s’il vouloit travailler pour lui; à quoi il s’étoit résolu. Mais étant sur son départ, il lui arriva une affaire fâcheuse, & qui auroit pu le perdre, si son innocence n’avoit prévalu sur la malice & le crédit de ses ennemis appuyés des personnes très-puissantes.
Car bien que le sujet qu’on prenoit pour lui faire injure, ne fût pas considérable, le désir toutefois de se venger les poussoit à se servir de toutes sortes de moyens pour satisfaire leur passion. Le long séjour qu’il avoit fait à Rome, luy ayant acquis beaucoup d’estime, il fut élu Chef du quartier de Campo Marzo, où il avoit longtemps demeuré. Ce sont les Chefs des quartiers qui prennent le soin de faire fermer les portes de la Ville à l’heure ordonnée, & garder eux-mêmes les Clefs. Ayant un jour fait fermer la porte del Popolo, quelques particuliers voulurent la faire ouvrir à une heure indûë; ce que n’ayant pas voulu leur accorder, ils résolurent de s’en venger, & pour cela gagnèrent certaines gens qui furent rendre de faux témoignages contre Stella qu’on arrêta aussitôt avec son frère et ses domestiques.
Le crime qu’on lui imposoit, étoit d’entretenir dans une famille quelques amourettes; cependant son innocence ayant été bientôt reconnue, il sortit avec honneur d’une si fâcheuse affaire, & les accusateurs furent publiquement fouettés par les rues. Pendant le peu de temps qu’il fut en prison, il fit, pour se désennuyer, avec un charbon, & contre le mur d’une chambre, l’Image de la Vierge tenant son fils, laquelle fut trouvée si belle que le Cardinal François Barberin alla exprès la voir. Il n’y a pas longtemps qu’elle étoit encore dans le même lieu, & une lampe allumée au-devant : les prisonniers y vont faire leurs prières.
Stella demeura encore six mois dans Rome, d’où il partit en 1634 à la suite du Maréchal de Créqui, lequel revenoit de son Ambassade, & passa par Venise & par toutes les principales villes d’Italie. Stella s’arrêta à Milan où il fut saluer le Cardinal Albornos qui en étoit Gouverneur, & duquel il étoit connu. Ce Cardinal tâcha de l’arrêter, lui offrant la direction de l’Académie de Peinture fondée par S. Charles, mais il le remercia; & lorsqu’il prit congé de son Eminence, il reçût d’elle une chaîne d’or.”
(Félibien, 1688)

1633 - 19 février: lettre de Rome à l’éditeur et marchand François Langlois, dit Chartres, dans laquelle il fait état de son désir de quitter la ville, au point de vouloir déléguer une commande à Guillaume Baur et se débarasser de sa gravure de 1621; il mentionne également le peintre Giovanni Valesio.
- Mentionné à Pâques à Rome, sur le Corso, avec son frère François (Bousquet, 1975).
- Son nom figure, en avril, dans la «lista delli sig(no)ri Pittori francesi» des archives de l’Académie de Saint-Luc parmi les « academici vecchi »; François figure aussi dans la liste parmi les « nuovi » (Bousquet 1980; Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45)
- 14 juin, paiement Barberini de 40 écus pour un Christ devant Pilate sur pierre parangon, de 15 pour le cadre en ébène, et 16 pour une Vierge à l’Enfant sur parangon octogonal (Bousquet, 1980; Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45).
- Juin, arrivée de Charles, duc de Créquy, ambassadeur de France à Rome; dès septembre, il demande à rentrer en France à Richelieu, qui le lui accorde (Marie-Catherine Vignal Souleyreau, Le cardinal de Richelieu à la conquêtre de la Lorraine. Correspondance 1633, Paris, 2010); son convoi repartira en juillet 1634;
- 15 août, paiement Barberini pour divers tableaux «achetés par lui pour notre service» (Bousquet, 1980; Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45).
* mentions dans les inventaires Barberini d’une Annonciation, donnée à l’ambassadeur d’Espagne, d’une Vierge à l’Enfant et sainte Catherine et d’un Mariage mystique de sainte Catherine (Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45);
* gravure de Karl Audran d’après Stella pour une thèse (Le Blanc, 1854, I, C.A. 247 : gravé en 1633 pour V. Guinisi è soc. Jésu, Allocutiones gymnasticae...; I. de Conihout in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40; voir ci-contre et ci-dessous).
* Autoportrait; h./cu.; au dos : “Le portrait de jacques Stella fait à Roma par Luymesme”. (Palacio Real de Madrid, Patrimonio Nacional; cf. Abbad Rios, Archivio Espanol d’Arte, 1950) (Thuillier 2006, p. 77).
* Sainte famille, saint Jean-Baptiste qui amène un agneau chargé de fleurs; h./ard.; 0,53 x 0,37. (?SD 163(3) (Montpellier, Musée Fabre) (cat. expo. 2006, p. 106-107; Thuillier 2006, p. 82-83)
* Olympe abandonné par Birène (dit à tort Ariane abandonnée), sang., p. n. et craie, l. de bistre; autrefois signé, daté et localisé (?); 0,225 x 0,386. Paris, Ensba (cat. expo. 2006, p. 104-105; Thuillier 2006, p. 81).
* Allégories de l’honneur/ de la gloire de vertu, 2 pendants monogrammés JS entrelacés. 1. l’Honneur, signé, daté et localisé ; pl. et lavis, rehauts de gouache. (cat. expo. 2006, p. 105; Thuillier 2006, p. 78). 2. La gloire de vertu, p. n., l. de bistre et reh. de gouache; 0,394 x 0,267. Louvre, inv. 15042 (cat. expo. 2006, p. 105; Thuillier 2006, p. 79)
* Allégorie en l’honneur du cardinal Borghèse, signé, daté et localisé; pl. et lavis, encre brune; 0,27 x 0,207. (cat. expo. 2006, p. 101; Thuillier 2006, p. 80).




Malgré les succès, Jacques veut quitter Rome au plus tard en février. Félibien rattache cette envie aux contacts avec l’Espagne, dont le roi, ayant vu de ses tableaux, l’aurait convaincu de se mettre à son service. Les archives Barberini, notamment, le confirment en mentionnant des peintures de sa main données en cadeau aux ambassadeurs ou au roi. La miniature conservée au Palacio Real de Madrid, datée de cette année et signée (?) en français au dos, aura certainement servi pour sa présentation. Par ailleurs, le biographe signale que notre peintre repartit finalement avec Créquy, qui quitte la ville en juillet 1634. Entre-temps eut lieu l’épisode de son emprisonnement, et un délai de six mois durant lequel Stella demeura encore à Rome. C’est donc à la fin de l’été ou en automne qu’il fut jeté en prison; à sa sortie, sans doute, qu’il dessina son hommage au cardinal Borghese, mort le 2 octobre. Les circonstances avancées de son incarcération ont été contestées dans le catalogue de l’exposition de 2006. On est en droit de se demander si les jalousies et le contexte international, la guerre couvant entre la France et l’Espagne, ne sont pas responsables de cet incident. Stella aura peut-être involontairement prêté le flanc aux attaques, suivant la réputation sulfureuse que pouvait avoir un artiste, en dessinant l’un des nus les plus sensuels de sa vie, l’Olympe abandonnée, caressée par le clair-obscur.

De fait, les oeuvres avec signature et date sont particulièrement nombreuses (ce dont la biographie de Mickaël Szanto ne rendait que partiellement compte) et toutes ou presque contribuent à éclairer cette phase de transition : outre l'
Olympe et l’Allégorie Borghese, le dessin satirique accompagnant sa lettre à Langlois, un autoportrait de présentation, et deux dessins soignés pour invoquer l’honneur et la gloire de vertu. Même la collaboration avec Karl Audran prend un tour singulier, puisque le livre que leur image ouvre (sans son nom mais le style parle pour lui), écrit pourtant par une personnalité de l’élite intellectuelle romaine, le Jésuite Vincenzo Guiniggi, est destinée à sa publication à Anvers, terre espagnole. La seconde édition flamande, de 1638, reprend la mise en page mais le graveur a changé et l’élégance de l’invention propre à Stella a disparu. Or la composition de celui-ci remplaçait celle de Simon Vouet gravée par Claude Mellan pour la première édition romaine, chez Corbelleti, en 1626 (Maxime Préaud, Bibliothèque Nationale. Cabinet des Estampes. Inventaire du Fonds Français, XVIIè siècle. Tome 17, Claude Mellan, Paris, 1987, n°336), lequel semble proche de la gravure du même d’après le Dominiquin pour le sermon de Pentecôte de 1626 (Id., n°349; la destination et la date proviennent de Louise Rice, 2010). Stella pourrait en avoir donné le dessin en 1632.
1634 - Mentionné à Pâques à Rome, sur le Corso, avec son frère François et l’abbé “Giacomo Agosto”, et “Ottavio Bianchi” (Octave Le Blanc?), peintre (Bousquet, 1975; Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45);
- 8 juillet, départ de Rome de Charles, duc de Créquy, ambassadeur de France; passe par Florence, séjourne à Venise du 18 août jusqu’en octobre, puis Mantoue, Parme, Plaisance en novembre 1634, enfin Turin (Jean-Claude Boyer et Isabelle Volf, “Rome à Paris : les tableaux du maréchal de Créquy (1638)”, Revue de l’art, 79, 1988, p. 22-41). Il est à Grenoble fin novembre, à Paris avant la fin de l’année. Stella peut avoir quitté son convoi peu avant pour se rendre à Milan, terre espagnole; assurément après Grenoble : il est à Lyon au tout début de 1635 (Chomer 1980).

Portrait du cardinal Albornoz
Le contraste avec 1633 pour les mentions, signatures et informations est total. Stella travaille sans doute moins et doit consacrer son énergie aux préparatifs du voyage du retour. Nul ne semble avoir proposé d’identification pour l’abbé “Giacomo Agosto” : il doit s’agir de Jacques-Auguste de Thou (1609-1677), qui séjourne précisément en Italie en 1632-1634, et qui rentre en France pareillement avec Créquy (Jérôme Delatour in Jacques-Auguste de Thou 1553-1617 : écriture et condition robine, Paris, 2007); Poussin peindra pour lui, en 1645-1646, une Crucifixion qui se retrouvera dans la collection des Stella; c’est à lui, et pour ses enfants, issus de son mariage, en février 1644, avec Marie Picardet, que Claudine dédie les Jeux et plaisirs de l’enfance en 1657.
J’ai discuté les raisons de l’écart fait sur le trajet du duc de Créquy pour rejoindre Milan, dont le gouverneur était aussi un cardinal élevé à cette dignité par Urbain VIII en 1627, à propos de la monographie de Jacques Thuillier. Ce long voyage de retour est jalonné de cités au riche patrimoine. La suite de la carrière de Stella laisse croire qu’outre Florence, il fut plus frappé du spectacle des
bellezze de Mantoue et de Parme que de celles de Venise. Notons au passage avec Jean-Claude Boyer et Isabelle Volf que Stella est le peintre français le plus présent dans sa collection inventoriée en 1638, notamment pour des peintures sur support particulier, et en petit.

Peintures de Stella inventoriées dans les biens du maréchal de Créquy (Boyer et Volf, 1988):
- une
Diane sur toile;
-une petite
Vénus couchée;
- une
Annonciation sur pierre;
- un petit “
Paysage de la Vierge qui va en Egypte, les figures sont de Stella”;
- trois petits tableaux sur pierre : une
Judith, une Vierge (ou deux? le troisième, qui lui fait suite, indique seulement “de même main”, sans préciser le sujet).
1635 - 3 (Chomer 1980) ou 13 (Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45) janvier, il signe au mariage de sa soeur Madeleine avec Etienne Bouzonnet (union dont vont naître ses futurs élèves Claudine, Antoine, Françoise et Antoinette);
- 10 avril, quittance de Stella pour le tableau de Saint Éloi de la chapelle des Tireurs et batteurs d'or du couvent des Jacobins de Lyon (Benoît Faure-Jarrosson, « Saint Éloi, tableau disparu de Jacques Stella », Lettre de la société d'histoire de Lyon, 2015-3, p. 5-7)
- 25 juin, il signe la quittance de donation portée au contrat de mariage de sa soeur (Szanto in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45).
* Nativité (dite aussi Adoration des anges), toile signée et datée. Peinte pour la chapelle Saint-Luc, celle de la confrérie des peintres, du couvent des Cordeliers de Saint-Bonaventure. Lyon, musée des Beaux-Arts (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 45, 118-120; Thuillier 2006, p. 88-91).

Stella reste apparemment plusieurs mois à Lyon, y contractant des commandes. Sa Nativité fut certainement peinte dans cet intervalle de janvier à juin. Gilles Chomer rattachait à ce séjour un Saint Éloi perdu pour une chapelle des Jacobins de Lyon, ce que la découverte de Benoît Faure-Jarrosson (2015) vient de confirmer.

La quittance de juin prépare peut-être son départ. Comme je l’ai écrit dans La Tribune de l’art et détaillé dans ma recension de la monographie de Jacques Thuillier, il faut pouvoir expliquer pourquoi, après une étape dans sa ville natale, Stella rejoint Paris et non Madrid s’il n’avait pas déjà été convaincu de travailler pour le roi de France. Il put avoir des promesses de Créquy (qui repart au combat au printemps, donc avant que notre artiste ne gagne Paris), l’incitant à tenter l’aventure parisienne et cependant il ne s’y rend pas aussitôt le mariage de sa soeur passé. Il est vrai que ce qu’il venait de vivre à Rome le poussait à bien réfléchir à la suite de sa carrière...

Au temps de Louis XIII (1636-1643)

« Il vint à Paris, où il n’avoit pas dessein de demeurer : néanmoins Mre Jean-François de Gondy, alors Archevêque de Paris, lui ayant donné de l’emploi, le Cardinal de Richelieu qui entendit parler de lui, & qui sut qu’il devoit aller en Espagne, l’envoya quérir; & lui ayant fait entendre qu’il lui étoit bien plus glorieux de servir son Roi que les Étrangers, lui ordonna de demeurer à Paris, & ensuite le présenta au Roi, qui le reçût pour l’un de ses Peintres, & lui donna une pension de mille livres & un logement dans les Galeries du Louvre. Il eut l’honneur d’être des premiers à faire le portrait de Monseigneur le Dauphin. Il fit par l’ordre du Roi plusieurs grands tableaux qui furent envoyés à Madrid & à Brissac. Le Cardinal lui en fit faire aussi quantité, tant pour sa maison de Paris, que pour celle de Richelieu. Ce fut par l’ordre de M. des Noyers qu’il travailla à plusieurs desseins pour les Livres qu’on imprimoit au Louvre, & qui sont gravés par Rousselet, Melan & Daret.
Il fit aussi en même temps un tableau pour un des Autels de l’Église du Noviciat des Jésuites au Faubourg Saint-Germain. On y voit comme la Vierge & saint Joseph rencontrent Notre Seigneur dans le Temple, disputant contre les Docteurs. »

(Félibien, 1688)

1636 - 7 juillet, baptême à Lyon de Claudine Bouzonnet, sa nièce, fille d’Étienne et Madeleine Stella sa soeur (Audin-Vial 1919);

Claudine Bouzonnet en 1653, relevé dessiné à la demande de Mariette de son ex-voto peint pour Fourvière, à Lyon (Ashmolean Museum).
Stella disparaît des archives, et aucune oeuvre datée de cette année n’a, à ce jour été repérée. Il doit avoir rejoint Paris.
L’information selon laquelle Gondy, archevêque de Paris (qui avait commandé à Poussin sa
Mort de la Vierge en 1623, au moment de son accession au siège épiscopal), a fait travailler Stella laisse perplexe. Était-ce pour la chapelle familiale? Rien ne semble en subsister, et on en vient à se demander si elle ne fait pas confusion avec le carton du Mariage de la Vierge, puisque le projet de tenture prend précisément forme au cours de cette année selon les informations pour Champaigne.
Quant au fait que Richelieu l’ait alors convaincu de servir son roi plutôt qu’un étranger, j’ai dit ici pourquoi je pensais que cette décision était une cause de la venue à Paris, non une conséquence. Les oeuvres faites pour le cardinal n’ont guère laissé plus de traces, hors la
Libéralité de Titus. Enfin, concernant les commandes royales, voyez ma recension de la monographie de Jacques Thuillier.
1637
* Date portée sur Salomé portant la tête de saint Jean-Baptiste; Richmond, Ham House (depuis 1677) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46; Thuillier 2006, p. 92).
* Date portée sur Le serment de Semiramis; Lyon, musée des Beaux-Arts (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46, 116-117; Thuillier 2006, p. 92-93).
* Date portée sur la Sainte famille au lys et au berceau, selon le catalogue de la vente à Uppsala du 5 juin 2007; (Thuillier 2006, p. 109, pour la gravure de Gilles Rousselet); voir aussi ici.
* Date portée sur la gravure de la La déploration du Christ, celle de la mise à jour par Rossi, son éditeur à Rome mais faite, selon moi, par Stella plus de dix ans plus tôt (Thuillier 2006, p. 57.)

Jacques Stella, Sémiramis,
Lyon, Musée des Beaux-Arts.

Salomé, Ham House, Richmond (UK)
Les oeuvres montrent que Stella entretient en France sa réputation en matière de peinture sur support particulier, et à son plus haut niveau. Celle mettant en scène la reine d’Assyrie recevant le messager forme un commentaire à une composition de Pierre de Cortone, son exact contemporain (1596-1669) (Oxford, Ashmolean Museum). Le rapprochement confirme la persistance du souvenir italien dans les premières années en France et le cheminement pour en dégager un style personnel, adapté à sa clientèle française : la référence aux modèles antiques touche jusqu’aux recherches formelles, ce qui apparaît plus nettement dans le tableau de Richmond (ci-contre) par les ornements, qui suscitent le rapprochement avec le Jugement de Salomon. Ces deux peintures sur pierre proposent un discours à l’érotisme délicat, peu en rapport avec la réputation dévote qui a pu lui être faite.

Sont également datées de cette année, en s’appuyant sur Félibien (1685), deux peintures faites par Poussin pour Stella,
Renaud transportant Armide et Hercule et Déjanire, sujets amoureux dont le premier est mentionné dans leur correspondance. La comparaison par Poussin dans sa lettre avec la peinture pour La Vrillière et son hôtel parisien, tend à confirmer que Jacques est bien installé dans la capitale.
1638 - 3 avril, Michel Le Masle annonce au chapitre de Notre-Dame de Paris la réalisation d’une tenture sur la vie de la Vierge en quatre tapisseries aux armes du cardinal de Richelieu; elle doit inclure le Mariage de la Vierge dont le carton est peint par Jacques Stella.
- « Le 2 août 1638 a été baptisé François, fils de François Delatour l’un des gardes de Mr le Cardinal, duc de Richelieu; le parrain, François Stella peintre, la marraine ; Eugénie Golart, femme de Nicolas Cadot, parroisse Saint-Germain-L'Auxerrois»(Fichier Laborde, BNF, Ms. NAF 12187, fiche 61458; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- 5 septembre, naissance du dauphin Louis (futur Louis XIV), dont Stella « eut l’honneur d’être des premiers à faire le portrait » (Félibien, 1688, éd. 1725, t. 4, p. 410).
Jacques Stella, Mariage de la Vierge,
Toulouse, Musée des Augustins (détail).
François a donc accompagné son frère aîné à Paris, et doit loger avec lui au Louvre (qui dépend de Saint-Germain-L'Auxerrois). Dans un premier temps, ils semblent avoir fait cause commune, et il n’y a peut-être pas qu’une coïncidence dans le fait que le cadet soit parrain d’un enfant d’un garde de Richelieu.
1639 - 28 avril, lettre de Nicolas Poussin à Chantelou, mentionnant Stella comme étant à Lyon, et le plaçant comme son intermédiaire pour la livraison de La Manne(cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- « Le dimanche 19 juin 1639, à 4h. et demie du soir fut baptisé un fils né du jour précédent et nommé François, fils de Louis de Melun, valet de pied de Monseigneur frère unique du roi; le parrain : François Stella, maître peintre à Paris; la marrine, Eugénie Gottar (Golart), femme de Nicolas Cadot, bourgeois de Paris »(Fichier Laborde, BNF, Ms. NAF 12187, fiche 61459; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- paiement « À François Stella, peintre ordinaire du roi, la somme de 1200 livres pour avoir peint et doré tous les lambris du petit oratoire de la Reine dans le vieux château et y avoir fait dix tableaux représentant les principales actions de la Vierge, suivant le prix verbalement fait avec lui » (Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d’histoire, 1867, p. 1150; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
* L’Éloquence sous les traits de Mercure invitant Minerve qui rengaine son épée, personnification de la Tempérance en réthorique (?), accompagnée de Cupidon qui brise ses flèches et son arc, à entrer dans un temple portant au linteau le titre, gravure de Jean Picart d’après Stella pour le titre de Prolusiones ethicae, publié à Paris en 1639 chez Cramoisy (Kerspern 1994, p. 126 - erreur sur la date, reprenant celle, 1636, de la figure dans l’ouvrage de Marc Fumaroli; I. de Conihout in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40).
* Frontispice de Jean Picart inventé par Jacques Stella pour L’ombre du comte de Gormas et la mort du Cid (ci-contre), publié à Paris en 1639 chez Cardin Besongne (achevé d’imprimer de septembre) (I. de Conihout in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40).
* Date portée sur la Nativité sur cuivre de Barnard Castle, Bowes museum (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46, 123-124; Thuillier 2006, p. 106-107).
* Date portée au dos du dessin pour les oeuvres de Saint Bernard éditées par l’Imprimerie Royale en 1640; Rome Istituto Nazionale di Archeologia e di Storia dell Arte (Thuillier 1960, p. 103 n.121, fig. 78; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40, 139; Thuillier 2006, p. 217).

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François, comme Jacques, a apparemment obtenu un brevet du roi, pour qui il travaille au château-vieux de Saint-Germain. Je ne suis pas persuadé qu’il ait agi sous la direction de son frère. Malheureusement, cette rare mention le concernant ne peut être rapprochée de quelque peinture que ce soit.
De son côté, Jacques s’absente de Paris quelques semaines. Il donne peut-être alors le dessin du frontispice de la nouvelle édition du
Tractatus du père jésuite Fagundez, publié à Lyon en 1640 sous le titre In quinque priora Praecepta Decalogi (et remploi pour De Justitia... du même auteur dès 1641). Gilles Chomer supposait que le séjour dans sa ville natale avait pu également le cadre de la commande de la Visitation (ou de son installation) au retable du maître autel des Visitandines de la ville. À Paris, il reprend son travail d’illustrateur pour l’édition par deux gravures faites par Jean Picart. L’une prolonge l’activité romaine puisqu’elle accompagne un ouvrage de Mascardi (voir 1625), la seconde se plaçant sous la protection de Richelieu, grand amateur de théâtre.
1640 - 5 mars : reçu signé Bertrand pour la somme de 750 livres « payée audit Bertrand par mon oncle, M. Stella, pour tous les ouvrages fait par ledit Bertrand en l’oratoire de la reine au château de Saint-Germain-en-Laye » (Testament, Guiffrey 1877, p. 97; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46)
- « du 20 may 1640, Marie fille d’Estienne Doyart, maître serrurier, et de Françoise Mytier, sa femme, demeurant rue de la Boucherie de Saint-Honoré, a esté baptisée; le parrain, Jacques Stella, peintre du Roy, demeurant aux Galleries du Louvre, paroisse de Saint-Germain, la marraine Lazare Le Febvre, femme de Nicolas Messier, masson du roy, demeurant rue Saint-Denis, paroisse de Saint-Sauveur » (Saint-Roch, n°6)(Fichier Laborde, BNF, Ms. NAF 12094, fiche 22835)(cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- 16 juillet, Jacques prise avec Simon de Vaux la collection de tableaux laissés par Pierre Dupont, tapissier ordinaire du roi, demeurant aux Galeries du Louvre (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
* gravure de Karl Audran d’après Stella pour le frontispice du Tractatus du père jésuite Fagundez, publié à Lyon en 1640 sous le titre In quinque priora Praecepta Decalogi (voir 1639).
* gravure de Claude Mellan d’après Stella pour le frontispice de Divi Bernardi opera, publié par l’Imprimerie Royale (voir 1639).
* gravure de Claude Mellan d’après Stella pour le frontispice de De imitatione christi, publié par l’Imprimerie Royale (Thuillier 1960, p. 103 n.121, fig. 77; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40, 138; Thuillier 2006, p. 215-216; Kerspern 2008-15 juin).

Jacques intervient comme expert et ex-voisin, après le décès de Pierre Dupont, tapissier également logé au Louvre. On fait à nouveau appel à lui en 1648 pour les biens de Claude Maugis, et ses talents de connaisseurs, dont sa propre collection témoigne, ont dû être mis à contribution en d’autres occasions.

Le reçu de Jean Bertrand, conservé encore en 1697, suppose une prudence envers un artiste qui ne semble pas avoir été d’un commerce facile : sa précédente collaboration avec Aubin Vouet sur le chantier de Fontainebleau avait nécessité un acte devant notaire mettant un terme à leur désaccord. L’oncle est-il Jacques ou François? On peut rappeler que ce dernier mourra d’une pleurésie pour s’être « échauffé » lors d’un procès.

Mystère des restaurations, il semble qu’une date,
1640, ait été lue sur la Sainte Anne conduisant la Vierge au Temple de Rouen. On n’en voit plus rien. Une telle date m’a toujours semblée un peu tardive. On n’oubliera pas que les peintures de la voûte sont commandées dès le 12 décembre 1634 à Aubin Vouet - qui prendra d’ailleurs Jean Bertrand comme collaborateur. De celles demandées à Simon Vouet pour le maître-autel, que les peintures de Stella encadraient, l’Allégorie du Verbe divin de Saint-Denis est datée autour de 1638; quant au tableau principal qu’il tarde à remettre, il finit par lui échapper dès l’arrivée de Poussin, en décembre : le roi lui commande alors les retables de ses chapelles de Saint-Germain (L’institution de l’Eucharistie, Louvre) et de Fontainebleau (finalement peint par Jean Dubois en 1642, toujours en place). Je renvoie à ma recension pour la Tribune de l’art pour une proposition autour de 1638, que les dessins et gravures repérés depuis me semblent confirmer.
1641 - 3 octobre : « Jacques, fils de François Langlois, dit Chartres, marchand de livres et imager, et de Madeleine de Collemont, fut baptisé le 3 octobre 1641. Fut parrain, Jacques Stella, peintre du roi; et marraine, Catherine de Bray, femme de Pierre Mariette, marchand imagier » (Jal 1872, p. 735; Henri Herluison, Artistes orléanais, peintres, graveurs, sculpteurs, architectes..., Orléans, 1863, p. 92; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
Jacques Stella est porté sur l’état de 1641 des logements des artistes et artisans du roi dans la galerie du Louvre, comme installé dans le second (Huard 1939).
* gravure de Claude Mellan d’après Stella pour le frontispice de Introduction à la vie dévote (ci-contre), publié par l’Imprimerie Royale (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40; Thuillier 2006, p. 216).
* gravure de Jean Couvay d’après Stella pour le frontispice de La clef des philosophes, ou Abrégé curieux et familier de toute la philosophie, logique, morale, physique et métaphysique, et des matières plus importantes du théologien françois par Léonard de Marandé (Minerve devant le Sphinx; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 41 - cité mais non retrouvé; Kerspern 2006, fig. 14).
* gravure de Pierre Daret d’après Stella pour le frontispice de La lyre du sieur Tristan de Tristan L’Hermitte (Orphée charmant les animaux; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 38, 41; Thuillier 2006, p. 210).
* gravure de Pierre Daret d’après Stella pour le frontispice de Les lettres du sieur Tristan de Tristan L’Hermitte (Mercure et Minerve lisant; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 38, 41; Thuillier 2006, p. 211).
* gravure de Gilles Rousselet d’après Stella, Le Génie des arts et des sciences distribuant à de jeunes enfants les instruments des arts sous les auspices de Minerve, thèse allégorique à la gloire de Sublet de Noyers; elle est soutenue le 28 février 1642 mais le marché de la gravure est du 19 décembre 1641 (Véronique Meyer, Gilles Rousselet, Paris, 2004, p. 232-236; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 33; Thuillier 2006, p. 124)

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Jacques ralentit sa production pour l’Imprimerie Royale, notamment par le fait des commandes passées auprès de l’ami Poussin. Ses travaux pour l’édition ne s’arrête pas pour autant : commence alors une suite d’illustrations pour des ouvrages de Tristan L’Hermitte, qui l’occuperont jusqu’en 1645-1646; l’achevé d’imprimer des Lettres, du 12 janvier 1642, place le dessin de Stella vraisemblablement en 1641. On ne s’étonne pas, en conséquence, de le voir parrain dans le milieu des libraires. Il est vrai qu’il s’agit d’un enfant de son vieil ami François Langlois (dont la « clique », selon les termes de Pierre-Jean Mariette, descendant de Pierre, comprenait notamment Jean Couvay).

Formellement, comme Jacques Thuillier l’a souligné, le frontispice royal de cette année accomplit la mutation de la page en tableau, concédant au titre la portion congrue. Il répète le processus remarqué pour les images illustrant les sermons jésuites à Rome autour de 1630 (voir 1631). Ce constat suggère la forte implication de Stella dans cette modernisation de l’illustration de livre, en Italie comme en France.

Durant l’hiver, il peint une de ses oeuvres capitales,
L’enfant Jésus retrouvé par ses parents dans le Temple pour le Noviciat des Jésuites (aujourd’hui aux Andelys), commande qui le confronte à Nicolas Poussin et Simon Vouet, nécessairement achevée avant son départ pour Lyon, en avril 1642.
1642 - « Le dimanche 9 février1642 environ 6 h. du soir fut baptisé un fils né du 6, et nommé François, fils de Pierre Carcaville, conseiller au Grand Conseil; le parrain : François Stella, peintre du roi; la marraine, Catherine Vandoffesvat (Van Obstal?), veuve de Monsieur Doin (Fichier Laborde, BNF, Ms. NAF 12187, fiche 61460). » (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- 18 avril, lettre de Nicolas Poussin mentionnant le départ le 16 de Jacques Stella pour Lyon « où il restera tout l’été », les lettres des 22 et 30 mai, 13 et 27 juin, 25 juillet, le 18 septembre le confirment (Charles Jouanny, Correspondance de Nicolas Poussin, Paris 1911, p. 138; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- 18 juillet, selon la lettre de Nicolas Poussin du 28 juillet, un envoi destiné à Cassiano dal Pozzo est posté par Jacques Stella au courrier de Lyon ce jour-là (Charles Jouanny, Correspondance de Nicolas Poussin, Paris 1911, p. 169-170).
- 18 septembre, lettre de Nicolas Poussin à Cassiano dal Pozzo annonçant son départ imminent pour Rome en passant par Lyon où Stella doit encore séjourner (Charles Jouanny, Correspondance de Nicolas Poussin, Paris 1911, p. 169-170).
- 4 décembre : mort du cardinal de Richelieu.
* gravure de Gilles Rousselet d’après Stella pour le frontispice de L’instruction du chrestien, publié par l’Imprimerie Royale (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40; Thuillier 2006, p. 218).
* gravure de Pierre Daret d’après Stella pour le frontispice de Poemata (Poésies d’Urbain VIII), publié par l’Imprimerie Royale (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 38, 41; Thuillier 2006, p. 219).
* Le triomphe de Louis XIII, h./lapis-lazuli signé et daté Jacobus Stella Gallus 1642. Versailles, Palais (acquis en 1932) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46, 146; Thuillier 2006, p. 296 - rejeté).


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Il est toujours passionnant de rechercher quel réseau peuvent révéler les actes d’état-civil, mais pas toujours facile d’identifier avec certitude les présents. Pierre Carcaville, dont le fils a pour parrain le cadet des Stella, semble bien se confondre avec le mathématicien qui a voulu publier Galilée, ami de Fermat, correspondant de Pascal ou Descartes (vers 1600-1684), orthographié plus volontiers Carcavi ou Carcavy, qui avait cette charge au Grand Conseil et était de Lyon comme eux. Doit-on rétablir le nom de la marraine en van Obstal, ce qui pourrait en faire la soeur du sculpteur, qui figure parmi les fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture (voir Jal 1867)?

Stella séjourne longuement dans sa ville natale. Il y joue notamment les intermédiaires pour son ami Poussin mais prépare aussi sans doute le rapatriement de sa mère, voire de sa soeur Françoise, toujours célibataire et que l’on retrouvera bientôt marraine à Paris.

Enfin, selon Mariette, les deux frontispices gravés par Abraham Bosse pour l’Imprimerie Royale (
Térence et Heures du Louvre) traduiraient des dessins de Jacques Stella. Le style me semble le contredire et désigner le seul Bosse comme inventeur (voir cependant cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 41; Thuillier 2006, p. 220-221). En revanche, celui de Daret pour la publication des Conciles, de 1644, est daté de 1642 par Isabelle de Conihoult, possible confusion avec les Sacrosancta concilia ad regiam editionem..., entreprise inaugurée en 1671-1672 avec la reprise du frontispice de l’Imprimerie royale mais par Landry. La commande avait initialement été passée à Nicolas Poussin, selon une lettre du peintre du 20 mars 1642 à Chantelou qui nous apprend que Trichet du Fresne doit lui en donner le sujet, donc que le dessin n’est toujours pas fait. La commande sera passée à Stella après le départ pour Rome de son ami.
1643 - 5 février : mariage de son frère François avec Jeanne Hette (Jal, 1872; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 46).
- 10 mai : mort de Louis XIII.
- 22 juin : testament de Claudine de Masso, installée aux galeries du Louvre chez son fils, exécuteur et légataire universel, “attendu qu’il l’a toujours assistée en toutes ses nécessités (...) tant audit Lyon qu’en cette ville de Paris et qu’il la nourrit, loge et entretient à présent” (Arch. Nat., M.C., VII, 32; publication incomplète, Fleury, 1969, I, p. 646; transcription complète, dans mon mémoire de DEA sous la direction de Daniel Ternois, Université de Paris-1, 1987; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47; Thuillier 2006, p. 26-27).
* Gravure de Gilles Rousselet d’après Stella, La Sagesse tenant d’une main le livre sculpté des sept sceaux et de l’autre l’écu de Sublet de Noyers sous la porte d’un temple, avec deux anges à l’entrée portant le trophée de Louis XIII, pour une thèse soutenue par Michel le Vayer en mai 1643 (Mariette, n. mss.; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 40; Thuillier 2006, p. 125).
* Le Christ mort, h./cu.; signé et daté; Galerie Éric Coatalem. Gravure de Claudine Bouzonnet Stella d’après cette composition (Weigert 1951, CBS 28; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47, 145; Thuillier 2006, p. 138-139).
* Premier état (?) de la gravure de Gilles Rousselet d’après Stella, Godefroy de Bouillon couronné par la Victoire, pour le frontispice de la Gerusaleme liberata de Torquato Tasso publié par l’Imprimerie Royale (Mariette, n. mss.; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 36, 41; Thuillier 2006, p. 125).

La gravure de Claudine Bouzonnet Stella d’après le Christ mort (Weigert 1951, CBS 28) suggère que le petit tableau sur cuivre (17,5 x 12 cm) est resté dans l’atelier, comme une méditation personnelle. Il ne figure plus dans le document testamentaire de Claudine, en 1693.

La mort de Richelieu à la fin de 1642 impose une retraite à Sublet de Noyers, pourtant toujours courtisé. Le nom de Stella semble naturellement y être associé. Au vrai, Michel Le Vayer (1620- 1691) appartient à une famille du Maine, sans doute en relation avec les frères Fréart. Semblables liens vaudront bientôt à Poussin de se voir imposer de contenter Scarron. La composition faite par Stella pour Le Vayer est une des plus majestueuses qu’il ait produites.

Le jeune frère François prend son indépendance en se mariant. La disparition ensuite de Louis XIII ne semble pas remettre en cause la présence à Paris de Stella : sa mère passe plus d’un mois plus tard, son premier testament à Paris. Deux autres suivront après la mort de Jacques, dont un, conservé et de 1660, est transcrit ici.

Enfin Véronique Meyer (2004) a repéré un état daté de 1643 du frontispice gravé par Gilles Rousselet pour les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola, qui suppose que le dessin de Stella date de cette année.

Les temps incertains : les débuts de la Régence (1644-1647)

« En 1644, il fit dans l’Église de Saint-Germain-le-Vieil, un tableau où Saint Jean Baptiste Notre Seigneur; & ce fut dans la même année que le Roi l’honora de l’Ordre de Chevalier de Saint-Michel. »

(Félibien, 1688)

1644 - 8 décembre, promesse concernant l’Office de la sainte Vierge de Tristan L’Hermitte « enrichies de huit planches gravées par le sieur Bosse sur les desseins du sr Stella ». (I. de Conihout in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 37-38, 41; Thuillier 2006, p. 26-27).
- 30 décembre, l’inventaire après décès de Jean-Baptiste Lambert mentionne un tableau sur marbre de Stella représentant La Vierge et Joseph.
- selon Félibien (1688, éd. 1725, t. 4, p. 411), il reçoit alors le collier de l’ordre de Saint-Michel, « la même année » que le Baptême du Christ de Saint-Germain-le-Vieil de Paris (aujourd’hui à Saint-Louis-en-l’Île, Paris) signé et daté de 1645. (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47; Thuillier 2006, p. 26-27).
* Deuxième état (?) de la gravure de Gilles Rousselet d’après Stella, Ignace de Loyola dans la solitude écrivant sous la dictée de la Vierge et de l’Enfant Jésus, pour le frontispice des Exercices spirituels du saint publiés par l’Imprimerie Royale (Mariette, n. mss.; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 36, 41; Thuillier 2006, p. 125).
* Gravure de Pierre Daret d’après Stella, La Religion tenant un bouclier sur lequel le Saint-Esprit répand ses lumières et éblouit les hérétiques renversés, pour le frontispice des Conciliorum omnium... (Livre des Conciles) publiés par l’Imprimerie Royale (Mariette, n. mss.; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 36, 41; Thuillier 2006, p. 223).
* Gravure de Gilles Rousselet d’après Stella, Godefroy de Bouillon couronné par la Victoire, pour le frontispice de la Gerusaleme liberata de Torquato Tasso publié par l’Imprimerie Royale (Mariette, n. mss.; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 36, 41; Thuillier 2006, p. 222).
* Date portée sur La nativité de la Vierge sur bois du musée des Beaux-Arts de Lille, peint pour l’oratoire de la reine au Palais-Royal (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 151; Thuillier 2006, p. 143-145).
* Date portée sur Le retour d’Égypte sur toile du musée des Beaux-Arts de Rennes (ci-contre; Gilles Chomer in cat. expo. Rennes, 1995, p. 10-11).
* Date portée sur Sainte Cécile sur toile (loc. inconnue) (Gilles Chomer in cat. expo. Rennes, 1995, p. 10-11).

La gravure de Daret pour les Conciles, datée MDCXLIIII, pourrait avoir connu une conception voisine de celle de Rousselet pour le livre de saint Ignace de Loyola. Il avait initialement été commandé à Poussin. Celui de Bosse pour Suetone, sans figure caractéristique, doit rester sous réserve, malgré l’autorité de Mariette : le constat fait pour les frontispices du graveur en 1642 revenant sur le fait que Stella soit leur inventeur pourrait également le concerner, en l’absence du dessin.

Les commandes pour le Palais-Royal sont abordées à propos de la monographie de Jacques Thuillier, et de nouveau dans un point sur l’ensemble du décor, auquel participent aussi Vouet, Corneille, Poerson, Sarazin, Bourdon, Dorigny et La Hyre. Elles se comprennent dans le contexte de la succession de Louis XIII, affaiblissant le régime, et plus encore l’honneur fait à Stella, rare pour un artiste, du collier de Saint-Michel.
1645 - Le 8 février, Françoise Stella, soeur de Jacques, est marraine de Laurent fils de Mathurin Duchesne, me paumier, et de Françoise Gabouleau (Gadoutran?), paroisse Saint-Germain-L’Auxerrois; elle est certainement auprès de sa mère et de son frère (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47);

- 16 juillet, nouveau marché pour huit planches supplémentaires de Bosse sur des dessins de Stella pour l’Office de la sainte Vierge de Tristan (I. de Conihout in cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 37-38).

Versement de 750 livres, pour trois-quarts de ses appointements annuels de 1000 livres comme peintre ordinaire du roi (Guiffrey 1872; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47; Thuillier 2006, p. 26-27).
* Gravure de Edme Boullonois d’après Stella pour le frontispice de Les éloges des premiers présidents au Parlement de Jean-Baptiste L’Hermitte, frère de Tristan, achevé d’imprimer le 22 mai, chez Cardin Besongne (I. de Conihout cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 41).

* Gravure de Pierre Daret d’après Stella pour le frontispice de La mort de Crispe de Tristan L’Hermitte, paru le 20 juillet; chez Cardin Besongne (I. de Conihout cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 38; Thuillier 2006, p. 125).

* Date portée sur Jésus enfant retrouvé par ses parents dans le Temple, h./b.; signé et daté; 0,655 x 0,545. Lyon, musée des Beaux-Arts. (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 152; Thuillier 2006, p. 159).

* Date portée sur Le baptême du Christ, toile signée et datée (ci-contre) qui figure parmi les chefs-d’oeuvre mentionnés par Félibien (3,50 x 2,06, Paris, église Saint-Louis-en-l’Île). (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 154; Thuillier 2006, p. 154).

* Date portée sur le dessin préparatoire au Triomphe de David, signé (mais transformé en « Poussin ») et daté, Châlons-en-Champagne, Musée (détail ci-contre en bas) (Kerspern 2006-3, fig. 31).

La collaboration avec les frères L’Hermitte bat son plein, et Stella travaille encore au Palais-Royal. Françoise, la soeur de Jacques et marraine de Françoise Bouzonnet, fait son apparition à Paris, auprès de Jacques. On peut penser qu’elle ait accompagné leur mère lors de son installation en 1643.

Le dessin de Châlons-en-Champagne, ambitieuse composition (détail ci-contre), pourrait préparer directement l’un des chefs-d’oeuvre mentionnés par Félibien, peut-être le grand tableau inventorié dans le cabinet du financier Particelli, passé ensuite à sa fille Marie, épouse de Louis Phelypeaux de la Vrillière (
David triomphant de la teste de Goliath, prisé 200 livres; Arch. Nat., M.C., LXXXVI, 323, 1er août 1650; Arch. Nat., M.C., XI, 239, 29 août 1672). Le succès de l’artiste ne se dément donc pas, aussi bien dans les grands retables, auprès de la couronne, que pour l’illustration de livres ou les tableaux de cabinet.
1646 - 24 mars : « Jacques, fils de François Langlois, marchand libraire, et de Madeleine de Colemon, fut baptisé le 24 mars 1646. Parrain : Jacques Carabel (selon Laborde; Herluison avait lu Cuvalet) , architecte; et marraine : Françoise Stella, fille de feu Jacques (pour François) Stella, peintre » (Herluison, 1863, p. 92; 1873, p. 208; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47).

- 19 mai, parrain à Saint-Sulpice d’Anne, fils de Mathurin Duchesne, paumier (Jal, 1872, p. 1150; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47)
* Publication de l’Office de la Vierge de Tristan L’Hermitte abondamment illustré par Abraham Bosse sur des dessins de Stella (I. de Conihout cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 41).

* Date portée sur Sainte Hélène embarquant la Sainte Croix, h./toile, peut-être le tableau figurant dans le testament et inventaire de Claudine. Localisation inconnue. (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 168; Thuillier 2006, p. 156-157).
* Date portée sur Le repos pendant la fuite en Égypte, dessin. Coll. part. (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 172).

Le compagnonnage avec François Langlois, commencé en Italie (voir 1633) se poursuit par l’intermédiaire de sa soeur Françoise. Il faut dire que Stella produit de nombreux dessins pour Couvay, Mellan, Jérôme David, tous amis de l’éditeur. L’architecte compère au baptême est en fait Jacques Curabelle, architecte du roi (né en 1585 selon Mariette), qui avait notamment produit un ouvrage publié par Langlois en 1644 critiquant les écrits de Girard Desargues.
Ce n’est sans doute pas un hasard si Stella donne vers le même temps des dessins pour les frontispices de la nouvelle édition de l’ouvrage du père Dubreuil, jésuite, sur la perspective, que publiera sa veuve en 1647-1649 mais dont le privilège avait été accordé le 7 juillet 1645. La permission du provincial datait du 18 juillet 1646 et l’achevé d’imprimer du 8 mai 1647 pour le tome 2 (gravure de Ladame) et le 20 octobre 1648 pour le 3 (gravure de François de Poilly). Le premier tome, imprimé en 1642 conjointement avec Melchior Tavernier, porte un frontispice anonyme dont l’angelot replet évoquerait plutôt La Hyre, qui en semble l’inventeur.
Ceci dit, les relations de Stella avec Bosse durent être particulièrement délicates à cette période...
1647 - 26 juillet : mort de son frère François, “maistre peintre, demeurant rue de la Coutellerie”. Leur mère et Jacques renoncent à la succession au profit de sa veuve; le document qui en fait état, publié par Marie-Antoinette Fleury (1969), signale un petit atelier qui confirme l’indépendance prise par le cadet (Jal, 1872, p. 1150; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47);

- 3 novembre : dans une lettre adressée à Chantelou, Poussin prend soin de préciser : « j’ai oublié à vous dire que je connais bien Stella » (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47)
* Publication de Le Vray trésor de l’histoire sainte sur le transport miraculeux de l’image de N. D. de Liesse, de Jean de Saint-Pères, chez la veuve Denis Moreau orné de gravures de Jean Couvay et François de Poilly d’après Stella pour sept illustrations. (I. de Conihout cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 41; Thuillier 2006, p. 224-229)

* Publication du second tome de la nouvelle édition de l’ouvrage du père Dubreuil, jésuite, sur la Perspective pratique... (achevé d’imprimer du 8 mai 1647, et date portée sur la gravure de Ladame sans nom d’inventeur mais les angelots font signatures).
Félibien consacre une courte notice au jeune frère de Jacques; la date qu’il donne de sa mort, confirmée par les documents, atteste de la qualité de ses sources, certainement les Bouzonnet : le biographe est parti à Rome deux mois avant. Année funeste pour Stella puisque son ami Langlois meurt en janvier.

Que Poussin prenne soin de dire à Chantelou qu’il connaît bien Stella a de quoi étonner : il faut croire que ce n’est qu’alors que le commanditaire et ami du Normand se rapproche de notre artiste. La disgrâce de Sublet, dont les frères Fréart étaient des fidèles, leur aura donné du temps pour se consacrer aux arts, et, selon Mariette, Chantelou gravera en 1648 sous la conduite de Stella. C’est sans doute aussi vers ce temps que ce dernier peint pour Roland Fréart de Chambray deux chefs-d’oeuvres perdus,
Le miracle des cailles au désert et La captivité des Israëlites, cités par Félibien.

Les temps incertains : la Fronde (1648-1651)

« Il fit pour M. de Chambray la Captivité des Israëlites, & le miracle des Cailles au désert. Entre les autres tableaux que l’on voit de lui, il y a le Triomphe de David; la Reine de Saba qui apporte des présents à Salomon; celui où Salomon donne de l’encens aux Idoles; un Ravissement des Sabines; un Jugement de Pâris, et un Bain de Diane. »

(Félibien, 1688)

1648 - 29 février, expertise avec Jean Morin (qualifiés tous deux de maîtres peintres) les tableaux de Claude Maugis, abbé de Saint-Ambroise de Bourges, pour son inventaire après décès. Il avait joué, rappelons-le, un rôle capital auprès de Marie de Médicis et de Richelieu pour le mécénat, notamment, et sa collection atteste de son grand intérêt pour la peinture, principalement italienne et flamande : nombreux tableaux anonymes, notamment sur pierre; copies d’après Raphaël, Corrège, Léonard, Caravage, Valentin, Guide, Dominiquin, Fouquières, Carlo Venitien (Saraceni, La mort de la Vierge); originaux de Pérugin, Saint Sébastien, Georges Boubar, Une teste avec une petite fraise, du Vieux Pourbus, Un Flamand, Une Flamande, Van Dyck, Paris et La Vierge, Carrache, La descente de croix, Guide, Saint Sébastien attaché à un arbre, L’annonciation, Véronèse, Sainte Catherine, Une courtisane, Rubens, dix sept originaux sur bois (avec deux copies) sur l’Histoire de la reine mère Marie de Médicis (projets pour le Luxembourg); un dessin original de Raphaël, La dispute du saint sacrement (Arch. Nat., M.C., LXXIII, 391).
- 2 juin, assiste, comme ami, au mariage du sculpteur Henry Legrand avec Denise Begouin (Arch. Nat., M.C., XLII, 112).
* Date portée sur La mort astrologue, dessin d’une composition que conserve Théophraste Renaudot, qui occupe un logement au Louvre depuis cette même année (Huard 1939; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47, 208; Thuillier 2006, p. 158; Kerspern 2008 (mai).
Selon Mariette, Chantelou grave cette année-là deux compositions sur des dessins de Stella (voir aussi Kerspern 1993-1994, fig. 1). Le protecteur et ami de Poussin, en disgrâce, doit alors mettre à profit les projets familiaux de Jacques en faveur de ses neveux, qu’il fait venir, au fur et à mesure, de Lyon pour les former aux arts du dessin : Claudine, 12 ans, et Antoine, 11, pourraient bien être à Paris dès cette année, qui fait suite à la disparition de leur autre oncle, François.

Ce projet, outre les privilèges dont Stella jouit déjà (pension, logement au Louvre, collier de Saint-Michel), doit aussi expliquer qu’il reste à l’écart de la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture, dont les premières réunions ont lieu en février. Le testament de Claudine atteste, par ailleurs, de liens maintenus avec l’Académie de Saint-Luc, institution séculaire rivale, qui compte encore dans ses rangs, à cette date son ami Vignon et que Vouet, furieux, tentera de reprendre en main pour contrer la toute jeune institution royale. Quant au sculpteur Henry Legrand, au mariage duquel Jacques assiste, il eut assez de talent pour être employé alors par Mazarin, participer en 1651 au rapprochement entre Académie et Maîtrise, à laquelle il appartenait, puis travailler pour le roi aux Tuileries, comme stucateur (Nicolas Sainte-Fare-Garnot,
Le décor des Tuileries sous le règne de Louis XIV, Paris, 1988) et à Versailles, notamment pour des consoles devant servir de support de bustes.
1649 - septembre, lettre de Poussin à Stella commentant son Frappement du rocher, peint pour notre artiste, et les critiques faites à son sujet. Antoine Bouzonnet en fera une copie (Grenoble, Musée des Beaux-Arts, vraisemblablement).
* Date portée sur la gravure de François de Poilly ouvrant le dernier tome de la nouvelle édition de l’ouvrage du père Dubreuil, jésuite, sur la Perspective pratique... (achevé d’imprimer du 20 octobre 1648)
* Date portée sur Le Christ retrouvé par ses parents dans le Temple (Schiedam) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 170, 176; Thuillier 2006, p. 158).
Les troubles provoquent la fuite de Mazarin, du jeune roi et de sa mère. Cela n’empêche apparemment pas Stella de continuer une vie sociale dédiée aux arts : à peine reçu, il doit montrer le Frappement du rocher peint pour lui par son ami Poussin. Cette période semble propice aux travaux pour amateurs : des peintures citées par Félibien et mises en exergue de cette partie, celles connues se placent dans les dix ou douze dernières années de sa vie voire plus précisément à cette époque. Ce qui ne suppose pas un repli personnel mais un changement dans la demande au regard des évènements.
1650 - 1er août, l’inventaire du financier et collectionneur Michel Particelli d’Emery, avec Simon de Vaux et Noël Quillerier comme expert pour les peintures, mentionne, dans le cabinet du rez-de-chaussée un grand tableau de Stella représentant David triomphant de la teste de Goliath, prisé 200 livres (Arch. Nat., M.C., LXXXVI, 323, 1er août 1650); le tableau figure encore dans celui de sa fille Marie, en 1672 (à requêtre de Louis Phelypeaux de La Vrillière, son veuf), avec la même prisée (Arch. Nat., M.C., XI, 239, 29 août 1672).
* Date portée sur la gravure de Karl Audran, frontispice d’un Livre de psaumes publié chez Sébastien Huré (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 41 : « non localisé »; reproduction ci-contre).
* Date portée sur le Le jugement de Pâris (Hartford, Wadsworth Atheneum, The Ella Gallup Sumner & Mary Catlin Sumner coll.; détail ci-contre) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 188-189; Thuillier 2006, p. 160-161).
* Date portée sur La Vierge, l’enfant Jésus et saint Jean (coll. part.) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 192; Thuillier 2006, p. 123).
Le David Particelli peut être rapproché de la mention d’un Triomphe de David par Félibien parmi les chefs-d’oeuvre de Stella, et du dessin, signé et daté (et falsifié...) de 1645, du musée municipal de Châlons-en-Champagne.
1651 - lettre de Poussin écrivant à Stella à propos du Pyrame et Thisbé, peint pour Cassiano dal Pozzo.
* Date de publication du premier tome de l’ouvrage du père Goutoulas, jésuite toulousain Universa Historia Profana, orné du frontispice gravé par Karl Audran d’après le peintre (L’Histoire debout près d’un piédestal, accompagnée de Minerve et du Temps; sur une nuée, la Renommée à côté d’un écu aux armes de Séguier ) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 193; Kerspern 2013, septembre).
* Date portée sur la Sainte famille, la Vierge tenant l’Enfant sur le dos d’un agneau à qui saint Jean donne des fleurs à manger, un ange prépare la bouillie, sur ardoise (Dijon, Musée des Beaux-Arts) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 193; Thuillier 2006, p. 164-165).
Jacques Goutoulas a obtenu son privilège le 3 février 1650 et dès le lendemain le transfère au libraire. La publication doit avoir pâti de la Fronde (selon le style du frontispice de Stella) : la guerre civile fait rage, Mazarin exilé, le roi et sa mère qui semblent otages des puissants du moment, tout semble possible, les plus grandes ambitions comme les plus grandes chutes.

Les dernières grandes commandes (1652-1654)

« En 1652, il peignit dans l’Église des Carmélites du Fauxbourg Saint-Jacques deux grands tableaux. Dans l’un est représenté le miracle des cinq pains, & dans l’autre la Samaritaine.
Quelques années (en note : en 1656 - en fait en 1654) après, il fit pour les Cordeliers de Provins un tableau d’autel où est peint Notre Seigneur qui dispute dans le Temple. Il se peignit parmi ceux qui écoutent la dispute. On voit aussi à Lyon quelques Tableaux d’Autels qui sont de sa main, entr’autres celui qu’il fit pour les Religieuses de Sainte Élisabeth de Bellecour, fille du Roi de Hongrie, accompagnée de Saint Jean & Saint François, & dans une Gloire paroît la Vierge qui tient l’Enfant Jésus. (...) Il entendoit fort bien la perspective & l’architecture. Il étoit tellement pratique que le tableau qu’il fit pour les Cordeliers de Provins, étant trop grand, & ne pouvant plus agir comme autrefois à de grands ouvrages, il fut obligé de faire renverser le haut en bas pour peindre le fonds, qui est une architecture fort belle et bien coloriée. »

(Félibien, 1688)

1652
* Date de publication de l’ouvrage du père Pierre Le Moine, jésuite, La dévotion aisée, orné du frontispice gravé par Jean Couvay d’après le peintre (Le Christ adolescent soupesant la croix et les insignes de pouvoir); le privilège du roi date de juin 1651 (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 38, 41; Thuillier 2006, p. 164-165).
* Date portée sur le Repos de la Sainte famille, la Vierge tenant l’Enfant à qui Joseph présente une grappe de raisin; des angelots préparent une collation, l’un d’eux puise de l’eau, sur toile (Madrid, Prado) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47, 194; Thuillier 2006, p. 166-167).
* Date donnée par Félibien pour sa contribution au cycle commandé par Édouard Le Camus pour les Carmélites du faubourg Saint-Jacques (complété par celles de La Hyre et de Le Brun) : Jésus et la Samaritaine (Paris, Notre-Dame-de-Bercy) et Le Miracle des cinq pains (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 190, 195-196; Thuillier 2006, p. 174-177).
Suivre la chronologie conduit à inverser le discours du biographe : il cite en fait les peintures pour cabinets d’amateur après les derniers grands retables.

Jacques Thuillier (2006) avait noté la recherche dans le drapé du frontispice pour
La dévotion aisée du père Le Moyne (ci-contre). Il faut le rapprocher de celui du Christ dans le tableau pour les Carmélites, dans lequel il discute avec la Samaritaine, pour toute la partie basse mais aussi pour le bras indicateur. Fait notable, il diffère de celui visible dans les dessins préparatoires connus pour cette importante commande, des cabinets du Louvre et de l’Albertina. Quoiqu’il en soit, cela tend à confirmer la date fournie par le biographe pour les peintures du Carmel.
1653 11 novembre, date du voeu rendu, sous la forme d’un Autoportrait peignant la Vierge et l’Enfant, par Claudine à Notre-Dame de Fourvière pour sa guérison, selon le dessin fait pour Mariette conservé à l’Ashmolean Museum (en dernier lieu cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 234)
* Date lue par Mariette et portée au dos du relevé de l’ex-voto de Claudine Bouzonnet autrefois à Fourvière (Oxford, Ashmolean Museum; en dernier lieu cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 234).
Le dessin de Mariette, témoin de son admiration pour Claudine, est un repère précieux pour situer la formation des Bouzonnet : en 1653, manifestement, Claudine, née en 1636, est capable de peindre, sinon d’inventer non sans ambition : le tableau devait apparemment instaurer l’illusion que le Christ enfant indique la jeune artiste à sa mère, comme pour signifier l’accord de sa grâce. Rappelons que son père, Étienne Bouzonnet, poursuit alors sa carrière à Lyon : il est notamment garde de la confrérie des orfèvres en 1646, et maître garde en 1652 (G. Godefroy, Les orfèvres de Lyon, Paris, 1965; Kerspern 1988-1989, p. 43 n. 4; Kerspern mai 2013).
1654 - Stella change de logement au Louvre avant le 2 juillet, date du brevet de son remplacement au second logement, qu’il occupait depuis au moins 1641 (voir à cette date), par Jean Valdor (Huard 1939; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47).
- juillet, marché avec les Cordeliers perdu, mais connu par la mention dans le répertoire du notaire de Beaufort (Arch. Nat., M.C.);
- Selon Félibien, Poussin peint pour Stella Moïse exposé sur les eaux (Oxford, Ashmolean Museum)
* Date de publication de La vie de soeur Marguerite du S.Sacrement de Denis Amelote, orné de la gravure de (François?) de Poilly d’après Stella (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 38 et 41 (Ledoyen).
* Date portée par Claudine dans la lettre du Saint Louis donnant l’aumône, gravure d’après son oncle (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 234; Thuillier 2006, p. 120).
* Date portée au bas du Christ retrouvé par ses parents dans le Temple des Cordeliers de Provins (Provins, église Saint-Ayoul); et sur son dessin préparatoire (Worms) (Kerspern 1989; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 198-199; Thuillier 2006, p. 202-203).
* Date portée sur la Vierge adorant l’Enfant endormi (Coll. part.) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 199).
* Date portée sur le Portrait de Claudine de Masso, sa mère, âgée de 80 ans (Oxford, Ashmolean Museum.) (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 55; Thuillier 2006, p. 190-191).

Gravure de Poilly, Soeur Marguerite du Saint-Sacrement, détail.



La gravure de Pierre Ledoyen mentionnée par Isabelle de Conihout en 2006 est sans doute une copie de celle, originale, et qui figure dans l’exemplaire de la bibliothèque de Lyon, de Poilly. Ce qui ne règle pas tout : selon José Lothe (1994, p 162), le graveur, qui omet de préciser au moins l’initiale de son prénom, ne peut être Nicolas, comme le dit Mariette, mais François. Or ce dernier est apparemment à Rome entre 1648, date de la mort de la soeur, et 1655... Quoiqu’il en soit, et pour en rester à l’ inventeur, on notera que l’achevé d’imprimer est du 12 août 1654.

J. Stella, autoportrait du retable de Provins, 1654.

1654 constitue l’ultime tournant dans la vie de Jacques Stella. C’est apparemment en peignant le retable de Provins qu’il ressent les premiers signes du mal qui devait l’emporter : Félibien relaye sans doute, en soulignant sa grande pratique technique, les témoignages des Bouzonnet sur sa difficulté, désormais à entreprendre de grands ouvrages. Est-ce pour cela qu’il situe ce tableau en 1656? La date accompagnant la signature ne peut être lue autrement que 1654, et le dessin de Worms comme le marché hélas! perdu mais autrefois chez le notaire de Beaufort, de juillet, viennent la confirmer. On peut, par ailleurs, avancer celle généralement donnée pour le retable (1655-1660), grâce aux recherches de Jean-François Viel, dont il m’a aimablement fait part : Pierre Blasset passe marché avec les Cordeliers de Provins dès juillet 1653 (avec un délai de 18 mois à compter d’octobre), un an avant Stella.

Gravure de Claudine Bouzonnet Stella d’après son oncle, 1654.

C'est aussi l’année de la première publication de l’atelier des Stella. Claudine signe déjà en accolant le nom de Stella au sien; le sujet est éminemment royal, reprenant, avec variantes sinon actualisation, sa contribution au décor de la chapelle du château de Saint-Germain : l’oncle doit ainsi songer à assurer l’avenir des siens, et il prend date. Ce qu’il fait encore en dessinant l’émouvant - et souriant - visage de sa mère, sans doute au moment de prendre ses 80 ans; et en insérant le sien, tenant en sa main
droite le collier de Saint-Michel, dans le retable de Provins.

Enfin, il change de logement au Louvre. Au bénéfice d’une vacance, il cherche sans doute un lieu mieux adapté à ce qu’il peut encore ambitionner, à 58 ans, pour lui et les siens : vraisemblablement de quoi accueillir les neveux et nièces ne l’ayant pas encore rejoint, comme Antoinette qui atteint ses treize ans et Sébastien, dix ans, voire l’ensemble de sa famille. C’est dans ce lieu que mourront leur mère-grand, leur père et leur tante, en 1660, leur mère en 1662, et jusqu’à Claudine, dernier membre vivant de la tribu, trente ans après son oncle.

« Comme un pur effet de son grand amour pour la Peinture. » (1655-1657)

« Durant l’hyver, lorsque les soirées sont longues, il s’appliquoit ordinairement à faire des suites de Desseins, tels que ceux de la vie de la Vierge, qui sont fort finis, & dont les figures sont assez considérables : il y en a vingt-deux. On voit cinquante estampes gravées d’après lui où sont représentés différents jeux d’enfants. Il a dessiné plus de soixante vases de différentes sortes; plusieurs ouvrages d’orfèvrerie; un recueil d’ornements d’architecture; toute la passion de Notre Seigneur qu’il a peinte depuis, en trente petits tableaux : c’est le dernier ouvrage qu’il a achevé.
Il avoit fait auparavant seize petits tableaux des plaisirs champêtres, & un nombre d’autres grands sujets concernant les arts. On auroit peine à croire qu’il eût produit tant d’ouvrages, considérant le peu de santé qu’il avoit : aussi doit-on les regarder comme un pur effet de son grand amour pour la Peinture. »

(Félibien, 1688)

1655
* Date portée sur la gouache montrant un Paysage avec un laboureur (Ottawa, Musée des Beaux-Arts du Canada; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 227; Kerspern mai 2013).
* Date portée sur la Fuite en Égypte nocturne protégée par les anges (Localisation inconnue; Chomer 1989, p. 72, ill. 26; cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47).

Paysage avec un laboureur

Pastorale 6 : la danse

Fuite en Égypte
Les oeuvres de 1655 ne peuvent qu’être rapprochées de deux des ensembles entrepris au soir de sa vie : l’une reprend le cadre paysager des Pastorales, la seconde, l’essentiel de la composition de l’un des 22 sujets dessinés sur la vie de la Vierge (Metropolitan Museum). Les raisons d’être de ses suites (auxquelles il faut au moins ajouter la Passion) ont été exposées par ailleurs (notamment en 1994 à propos de Claudine et ici) : fournir aux Bouzonnet un répertoire de sujets, de formes pour soutenir autant leur style que leur activité, notamment pour les soeurs destinées plus particulièment à la gravure. Cela vient conforter l’idée, déjà largement partagée, que Stella les a entrepris à la toute fin de sa vie, ce que Félibien affirmait au moins pour la Passion.

Ainsi, devant le constat des forces qui l’abandonnent, fait en peignant le retable de Provins, Jacques ne fait que changer de format, et ne fait pas même relâche en hiver, « lorsque les soirées sont longues » : renonçant au pinceau, il passe alors au dessin. Félibien s’en émerveille :
« On auroit peine à croire qu’il eût produit tant d’ouvrages, considérant le peu de santé qu’il avoit : aussi doit-on les regarder comme un pur effet de son grand amour pour la Peinture ». Si tous les travaux visés par cette remarque ne relève pas strictement de cette période (les Jeux de l’enfance, par exemple, ont sans doute été entrepris environ dix ans plus tôt - mais il doit en superviser la fin de la traduction par Claudine...), les seules suites sur la vie du Christ et de la Vierge et les Pastorales regroupent 68 sujets - sachant que Stella a fait les dessins de la Passion, vraisemblablent aussi pour les Pastorales et les traits préparant la traduction en gravure de la vie de la Vierge. A quoi il faut ajouter au moins nos deux oeuvres datées de 1655...
1656 19 juillet, Jacques Stella reçoit de la confrérie des peintres une somme de 404 livres 11 sols (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 48).
Selon le compte conservé pour cette année, Jacques Stella ne reçoit que 200 des 1000 livres de sa pension de peintre du roi, « attendu les nécessités de Sa Majesté » (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 47-48).
Le document de juillet montre que Stella n’a pas renoncé à toute vie sociale mais ce qui l’a amené à recevoir une telle somme de la communauté des peintres demeure mystérieux. On note tout de même que Stella, plusieurs années après la création de l’Académie royale, a gardé de bonnes relations avec la maîtrise. Il faut dire, Antoine Schnapper (Le métier de peintre au Grand Siècle, Paris, 2004, p. 138-141) l’a bien montré, que les relations entre les deux institutions, séparées de fait depuis 1655 après la tentative de jonction de 1651-1653, n’étaient pas encore rompues ni clarifiées, et la situation de celle devant bénéficier de la protection royale, loin d’être assurée. Lors d’une action contre les maîtres en 1660 rappelée dans leurs statuts de 1672, on trouve mentionnés François Belin, Paul Goujon et Jean Cotelle, trois des peintres travaillant avec Charles Le Brun à Vaux-le-Vicomte. Il se peut enfin que des relations personnelles entre Stella et certains maîtres aient prévalu.

On peut penser que Stella ait conseillé à son neveu de rejoindre l’institution royale à son retour de Rome : il s’est empressé de faire candidature en 1663 mais les enjeux n’étaient pas les mêmes, encore moins après la réforme des statuts qui intervient alors. Au vrai, il n’y entrera pas pour bénéficier des chantiers royaux, mais avant tout pour la tranquilité : Antoine ne peindra quasi rien pour le roi.

« Enfin, étant d’une complexion fort délicate, il demeura malade, & six jours après mourut. »

(Félibien, 1688)

1657 - 23 avril, les problèmes de santé de Jacques Stella s’aggravent (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 48).
- 28 avril, Jacques Stella passe testament dans l’étude du notaire Gigault (acte perdu mais mentionné dans son répertoire et par l’inventaire de Claudine, en 1697); (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 48).
- 29 avril, Jacques Stella meurt au Louvre (Jal, 1872, p. 1150; Herluison, 1873, p. 416); aussitôt, le roi confirme à ses neveux par brevet la conservation du logement selon des dispositions sans doute discutées par Jacques dans les jours qui précèdent (A.A.F., III, 1853-1855) : «(...) Jacques Stella l’un des peintres de Sa Majesté estant décédé aujourdhuy, au moyen de quoi le logement qu’il occupait au-dessus de la grande galerie de son chasteau du Louvre dans lequel il avait fait plusieurs réparations et accomodements à ses dépens estant vaccant, sa Majesté désirant le remplir de personnes dont la vertu et suffisance dans les arts correspondent au désir qu’elle a que lesdits logements soient toujours remplis de gens rares et excellents, et ayant particulière connaissance du soin extraordinaire que ledit défunt Stella a pris depuis de longues années d’instruire et élever dans l’art de peinture et de gravure Anthoine Bouzonnet Stella son nepveu, et Claude Bouzonnet Stella sa niepce, frère et soeur, qu’il a rendus capables de mériter par leur intelligence et capacités digne rang parmi les plus vertueux”, le logement vacant leur est attribué, conjointement ou par moitié, aux mêmes conditions que celles accordés au défunt; “même pour d’autant gratifier et favorablement traiter lesdits Anthoine et Claude Bouzonnet Stella, sadite Majesté veut qu’après le décès de l’un d’eux, le survivant jouisse seul dudit logement entier, si ce n’est que pour lors sadite Majesté aimât mieux disposer de la moitié vacante en faveur de l’un des autres neveux ou nièces dudit Stella, lesquels font pareillement profession desdits arts de peinture et de gravure, le tout à la charge que Claudine (de) Masso, mère dudit défunt Stella demeurera sa vie durant, dans ledit logement et que Claude Bouzonnet Stella venant à se marier, prendra un artisan agréable à sa Majesté». (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 48; Thuillier 2006, p. 29).
- 19 juillet, acte de donation de Claudine de Masso à ses filles et ses petits-enfants, mentionné par son testament du 11 avril 1660 (Arch. Nat., M.C., CXIII, 46) reconnue par devant Gigault, notaire, le 24 août 1658 (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 48).
- 10 août, Claudine Bouzonnet Stella obtient le privilège de « graver, faire graver et imprimer tous les desseins de Jacques Stella son oncle, vivant peintre ordinaire du Roi, tant qu’autres, ou de son invention particulière, ou qu’elle auroit recouvrés de quelqu’autre (...) » (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 241; Thuillier 2006, p. 231).
- 17 novembre, lettre d’Antoine Bouzonnet Stella à Nicolas Poussin proposant ses services dans la perspective de son séjour à Rome (cat. expo. Lyon-Toulouse, 2006, p. 241; Thuillier 2006, p. 231).
- Selon Félibien, Nicolas Poussin peint alors La naissance de Bacchus pour Stella.

Christ devant Pilate, n°11. Peinture vendue chez Sotheby’s Londres en 1996

Apparition du Christ à la Vierge après la Résurrection, Coll. John D. Reilly
Stella aura manifestement préparé suffisamment à l’avance sa disparition : dès le jour de sa mort, brevet de continuation du logement est accordé aux Stella avec pour recommandation spéciale d’y inclure leur mère-grand; quatre mois plus tard, Claudine obtient le brevet pour exploiter le fond de "desseins" de son oncle, confirmant le caractère concerté et la raison d’être de ses suites tardives. Les circonstances (où ce qu’en dirent les Bouzonnet...) font que le dernier thème mené à bien fut le cheminement du Christ vers sa mort et par-delà.

La lettre d’Antoine porte au verso un dessin de Poussin. Est-ce en rapport avec la promesse faite d’un tableau de sa main (« un de vos chefs d’oeuvre »)? Ou le dessin fut-il fait au dos de la lettre d’Antoine? Etant donné le prix accordé aux ouvrages de Poussin aussi bien qu’au dessin en général, dont témoigne Claudine en inventoriant une par une, en 1693, une cinquantaine de feuilles sans doute héritées de Jacques et expertisées par lui, on peut douter qu’Antoine ait renvoyé le projet; surtout, aucun tableau du maître n’en a apparemment découlé, et la composition a servi, on ne sait par quel biais, à des peintures aujourd’hui attribuées à Dufresnoy.
Au demeurant, que peut-on en déduire de la part de Poussin? Son précédent envoi fut sans doute adressé aux Bouzonnet, comme je l’ai expliqué ici; on peut croire aussi, de fait, que cette lettre avait renoué le contact avec les Stella, d’autant qu’apparemment, le Normand avait pris soin de demander des nouvelles de Claudine de Masso, dont il avait pu faire connaissance à Lyon lors d’une escale entre Paris et Rome (vraisemblablement en 1642).
Dans la mesure où Antoine semble se réjouir de la promesse d’un tableau de Poussin comme d’une nouvelle apportée par ce courrier, il y a tout lieu de croire que le tableau en question ne fut pas initialement commandé par Jacques. Il est de fait tentant de mettre cette annonce en regard de la mention de Félibien : cette peinture aurait bien été peinte
pour Jacques Stella mais à destination de sa famille, comme méditation sur le caractère cyclique de la vie et de la mort; sujet approprié à la consolation que Poussin pouvait souhaiter apporter aux proches de son vieil ami. Le document concernant le partage des tableaux de Poussin entre les Bouzonnet pourrait en apporter confirmation, puisque La naissance de Bacchus n’y figure pas; mais il ne concerne évidemment pas toutes ses peintures réunies par l’oncle...
Courriels : sylvainkerspern@gmail.com - sylvainkerspern@hotmail.fr.
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